Inflation à 3,1% et Livret A à 1,7% : le calcul simple qui montre ce que votre épargne vous fait vraiment perdre en pouvoir d'achat

En septembre 2026, l’inflation grimpe à 3,1 % en France, tirée presque entièrement par une énergie en surchauffe. Comment ce choc de prix grignote-t-il désormais le rendement réel du Livret A et vos économies ?
L’inflation repart nettement à la hausse en France. Selon les dernières données de l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre 2026, contre 2,4 % en août, un chiffre révisé d’un dixième par rapport à l’estimation provisoire et au plus haut depuis janvier 2024. Une accélération qui tombe en pleine rentrée, alors que les ménages surveillent de près leurs factures.
En coulisses, ce retour de tension n’est pas uniforme : une composante du panier de l’Indice des prix à la consommation flambe, quand d’autres restent très sages. Pour les détenteurs d’un Livret A rémunéré à 1,7 % depuis le 1er août, la question est simple : que vaut encore cette épargne face à la hausse des prix ? Entre flambée de l’énergie et rendement réel en territoire négatif, le décalage commence à se voir. Et il pourrait encore se creuser.
Inflation à 3,1 % : l’énergie en surchauffe, le reste sous contrôle
L’Insee mesure une hausse de l’inflation à 3,1 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août, alors même que les prix reculent de 0,3 % sur un mois après +0,7 % en août. Le moteur principal tient en un mot : énergie. Sur un an, cette composante bondit de 21,3 %, après déjà +16,7 % en août et +12,6 % en juillet. Derrière ces pourcentages, il y a des chiffres très concrets pour les automobilistes : le gazole a touché 2,41 euros le litre le 20 septembre, un record, et le SP95 dépassait 2,17 euros. Ce choc s’explique aussi par les tensions au Moyen-Orient qui perturbent le trafic des tankers dans le détroit d’Ormuz, par où transite une part importante du pétrole transporté par mer.
| Indicateur | Septembre 2026 (sur un an) | Lecture rapide |
|---|---|---|
| IPC total | +3,1 % | Inflation en nette hausse |
| Énergie | +21,3 % | Flambée des carburants |
| Services | +2,4 % | Hausse modérée |
| Alimentation | +1,4 % | Pression limitée |
| Produits manufacturés | -0,3 % | Légère baisse |
| Inflation sous-jacente | +1,5 % | Pression de fond modérée |
| IPCH (zone euro) | +3,4 % | Toujours sous la moyenne |
Hors énergie et alimentation, l’inflation sous-jacente reste contenue, à 1,5 % sur un an en septembre. Dans le détail, l’alimentation progresse de 1,4 %, les services de 2,4 %, et les produits manufacturés reculent encore de 0,3 %. Autrement dit, loyers, coiffeurs ou restaurants ne s’emballent pas, contrairement au plein d’essence. Mesurée par l’indice harmonisé IPCH, utilisé pour comparer les pays européens, la France affiche 3,4 % sur un an, contre 3,8 % pour l’ensemble de la zone euro, 5 % pour l’Espagne et 6,1 % pour la Lituanie : le pays reste dans le bas de la fourchette, mais l’écart se réduit.
Livret A à 1,7 % : pouvoir d’achat grignoté et rendez-vous en février 2027
Face à cette inflation de 3,1 %, le taux du Livret A à 1,7 % depuis le 1er août ressort clairement perdant. Le rendement réel est d’environ -1,4 point : sur un encours de 10 000 euros, cela représente 140 euros de pouvoir d’achat évaporés en un an, sans que rien ne bouge sur le relevé. Le taux a pourtant été relevé de 1,5 % à 1,7 % l’été dernier, sur la base d’une inflation hors tabac proche de 1,5 % au premier semestre. Depuis, la donne a changé. La formule réglementaire combine la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et celle de l’€STR, le taux interbancaire de la zone euro. La remontée des taux directeurs de la Banque centrale européenne, avec un taux de dépôt passé à 2,50 % en septembre, a déjà tiré l’€STR vers 2,40 % en fin d’année. En appliquant cette formule aux projections d’inflation autour de 2,70 % au second semestre, le futur taux légal du Livret A au 1er février 2027 se situe autour de 2,5 % à 2,6 %. Le ministre de l’Économie pourra toutefois s’écarter de ce résultat en cas de « circonstances exceptionnelles », selon les termes mêmes de la réglementation, ce qui entretient une part d’incertitude, y compris pour le Livret d’épargne populaire, qui devrait remonter autour de 3 % pour conserver un écart d’au moins 0,5 point.
Sur le long terme, ce décalage entre inflation et rendement d’un placement garanti n’a rien de théorique. « Depuis 2000, le rendement cumulé du fonds en euros après inflation atteint 32,8 %, contre 1,5 % pour le Livret A », chiffre Guillaume Prache, Président de FRANCE EPARGNE, la fédération d’associations d’épargnants, cité par Capital. Vingt-six ans d’épargne sécurisée pour un gain de pouvoir d’achat proche de zéro : le constat est clair. « Le vrai piège sur un placement à vingt ou trente ans, c’est souvent de ne pas prendre assez de risque », précise Guillaume Prache, rappelant que pour un horizon d’au moins dix ans, une diversification en actifs plus dynamiques peut être envisagée. Il ajoute un autre point de vigilance, moins visible au quotidien mais tout aussi important pour l’épargnant : « Sur le moyen et long terme, ce sont les frais annuels sur encours qui pèsent de loin le plus sur la performance, bien plus que les frais sur versement ». À l’heure où l’inflation repasse au-dessus du rendement du Livret A, ce décalage, discret année après année, devient un chiffre vraiment interessant pour qui veut préserver son patrimoine.
En bref
- En septembre 2026, l’Insee mesure une inflation à 3,1 % en France, au plus haut depuis janvier 2024, portée surtout par la flambée de l’énergie.
- Avec une énergie à +21,3 % sur un an mais une inflation sous-jacente limitée à 1,5 %, le pouvoir d’achat se dégrade tandis que le Livret A reste bloqué à 1,7 %.
- Entre rendement réel négatif aujourd’hui et relèvement possible du taux du Livret A autour de 2,5 % en février 2027, les épargnants doivent arbitrer leurs placements.








