Polymarket banni de France : pourquoi l’ANJ considère vos paris comme illégaux et soupçonne des manipulations
Depuis le 16 juillet 2026, Polymarket est soudainement inaccessible en France sur décision de l’Autorité nationale des jeux. Derrière ce blocage des marchés prédictifs, l’ANJ invoque des jeux illégaux et des risques troublants pour les parieurs.

Depuis le 16 juillet 2026, la plateforme de marchés prédictifs Polymarket n’est plus accessible depuis le territoire français. L’Autorité nationale des jeux (ANJ) a demandé aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer ce site, devenu en quelques années un acteur majeur des paris sur l’actualité, des élections à la météo.
En juin, Polymarket avait encore enregistré 578 751 visites et 205 057 visiteurs uniques en France, selon Similarweb, pour une offre qui s’adressait à une nouvelle génération de parieurs curieux de monétiser leurs anticipations. Fondée en 2020 par Shayne Coplan sur la blockchain Polygon, la plateforme s’est fait connaître particulierement lors de l’élection présidentielle américaine de 2024. Le blocage de Polymarket en France intervient au terme de près de deux ans de tensions entre le régulateur et l’opérateur panaméen Adventure One QSS Inc., sur fond de soupçons de paris faussés et d’absence totale de vérification d’identité.
Blocage de Polymarket : ce qui change pour les internautes français
Au départ, l’ANJ s’était concentrée sur les flux financiers. Dès novembre 2024, une première mise en demeure adressée à Adventure One QSS Inc. avait conduit Polymarket à instaurer un géoblocage des transactions depuis la France : les utilisateurs ne pouvaient plus théoriquement miser d’argent, même si l’accès au site restait possible et que la mesure était largement contournée. Depuis le 16 juillet 2026, la logique est tout autre : ce sont les fournisseurs d’accès qui coupent directement l’accès à l’ensemble du site pour les internautes français, mettant fin à la simple restriction des paiements.
| Date | Décision / événement | Acteur | Impact en France | Motif principal |
|---|---|---|---|---|
| Novembre 2024 | Mise en demeure de l’opérateur | ANJ | Géoblocage des transactions financières depuis la France | Offre de jeux d’argent non autorisée |
| Février 2026 | Classement des sites de prédiction comme illégaux | ANJ | Avertissement général aux plateformes de marchés prédictifs | Risque d’addiction et absence de garde-fous |
| 4 mai 2026 | Ouverture d’une enquête sur des paris météo | Parquet de Paris et OFAC | Saisie de la section cybercriminalité | Soupçons de paris météo manipulés |
| 16 juillet 2026 | Ordre de blocage du site aux fournisseurs d’accès | ANJ | Accès complet à Polymarket coupé depuis la France | Promotion d’une offre de jeux illégale |
| 17 juillet 2026 | Publication du communiqué détaillant le blocage | ANJ | Annonce publique et rappel des risques pour les joueurs | Offre illégale, absence de KYC, paris faussés |
Ce recours au blocage administratif s’inscrit dans une action plus large contre les sites de jeux non autorisés : l’ANJ a fait bloquer 1 290 URL de ce type en 2025. Pour Polymarket, le régulateur conditionne tout éventuel retour à la mise en place d’un dispositif de vérification d’identité et de localisation suffisamment précoce et robuste pour exclure les joueurs français, associé à des mécanismes de protection (limitation des mises, outils d’auto-exclusion) comparables à ceux exigés des opérateurs agréés.
Pourquoi l’ANJ a ordonné le blocage de Polymarket
Sur le fond, l’ANJ estime que les marchés prédictifs proposés par Polymarket relèvent des jeux d’argent et de hasard illégaux. Chaque marché porte sur un événement précis, avec un règlement binaire oui/non, un critère de résolution rendu public et fondé sur une source de référence prédéterminée, ainsi qu’une date de clôture. Le prix du contrat résulte des positions des participants et s’interprète comme une probabilité agrégée de réalisation de l’événement. Pour l’autorité, ces mécanismes sont proches des paris sportifs, mais sans les garde-fous du marché régulé : plateformes ouvertes 24 heures sur 24, absence de limite de temps ou de plafond de mise en dehors des sommes engagées, et marketing qui présente ces produits comme une forme d’investissement plutôt qu’un simple jeu.
Ce positionnement alimente selon l’ANJ une illusion de compétence, où plus l’utilisateur se croit informé, plus il joue et s’expose au risque d’addiction, renforcé par la mise en avant de gains importants, comme pour le cryptotrading. L’intégrité de certains marchés a aussi fait basculer le dossier : des paris sur la météo laissent penser que des sondes météorologiques auraient pu être piratées. Dans son communiqué du 17 juillet, l’Autorité nationale des jeux résume la situation en une phrase : « Certains paris proposés sur cette plateforme apparaissaient faussés. » Une enquête a été ouverte le 4 mai 2026 par le parquet de Paris et confiée à l’Office anti-cybercriminalité (OFAC). Les versions de Polymarket accessibles aux publics français et européen ne comportent par ailleurs aucun dispositif de KYC (Know Your Customer), ce qui empêche de contrôler la majorité des joueurs ou l’origine des fonds. Sur fond de montée en puissance de ces marchés, plusieurs pays européens comme l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, la Suisse, le Portugal ou la Roumanie ont déjà restreint ou bloqué les plateformes de paris prédictifs, tandis qu’aux États-Unis la CFTC a autorisé Polymarket à opérer depuis novembre 2025, au moment même où le Nevada, l’Australie et la Colombie engagent eux aussi des procédures de blocage.
En bref
- Depuis novembre 2024, l’Autorité nationale des jeux cible Polymarket, très fréquenté en France avec plus de 200 000 visiteurs uniques en juin 2026.
- Le 16 juillet 2026, l’ANJ ordonne aux fournisseurs d’accès de bloquer totalement la plateforme pour offre illégale, absence de KYC et paris météo jugés suspects.
- Entre blocage administratif record, enquête pour cybercriminalité et essor mondial des marchés prédictifs, l’affaire Polymarket ouvre un bras de fer inédit avec les régulateurs.




