Agents de nettoyage : l'alerte de l'Anses sur les risques santé méconnus, "un cocktail explosif"

Par Paul Graph - Publié le

L'Anses alerte sur les risques multiples menaçant la santé des agents de nettoyage en France. Entre efforts physiques et expositions chimiques, quelles solutions pour ces 1,2 million de travailleurs souvent précaires ?

Agents de nettoyage : l’alerte de l’Anses sur les risques santé méconnus, « un cocktail explosif »

Bureaux impeccables, couloirs propres, mais des corps mis à rude épreuve. Un avis de l’Anses met en lumière un cumul de facteurs de risque qui dégrade la santé des agents de nettoyage en France.

L’étude pluridisciplinaire vise celles et ceux qui interviennent dans les bureaux et halls d’immeubles : entre 1,2 et 1,4 million de personnes, à 73 % des femmes, plus souvent d’origine étrangère, souvent précaires et peu syndiquées. Le secteur se distingue par des accidents du travail fréquents, un taux de travailleurs avec une maladie professionnelle reconnue deux fois plus élevé que la moyenne et des licenciements pour inaptitude près de deux fois plus fréquents que pour l’ensemble des CDI. La clé se joue aussi dans l’organisation.

Anses : santé des agents de nettoyage, un cocktail lié au métier et à l’organisation

« exposées à une combinaison de risques professionnels qui pèsent lourdement sur leur santé, liés à la nature même du travail qu’elles exercent – des efforts physiques, des expositions à des produits chimiques, à des agents biologiques- mais aussi à l’organisation du travail, en horaire décalé, travail isolé, avec des cadences importantes », a résumé Henri Bastos, directeur scientifique Santé et Travail de l’Anses, auprès de BFMTV.

Sur le terrain, cela recouvre des efforts physiques soutenus, des postures contraignantes et des gestes répétés, le port de charges, des déplacements prolongés, mais aussi des expositions à des produits chimiques et à des agents biologiques. S’y ajoutent des horaires décalés et fragmentés, le travail isolé tôt le matin ou tard le soir, et des cadences élevées. Environ 35 % des salariés passent par la sous-traitance, une part en forte hausse qui s’accompagne d’une baisse du temps alloué par site et d’une intensification du travail, ce qui entraine davantage de TMS et d’accidents du travail.

Accidents, TMS, asthme : chiffres clés et recommandations de l’Anses

Les indicateurs sont parlants. Selon l’Anses, citant l’Assurance Maladie, en moyenne les professionnels de la propreté sont arrêtés 93 jours pour cause d’accident du travail, contre 88 jours pour l’ensemble des salariés. L’indice de gravité atteint 23,5 et le taux de gravité 3,1, contre respectivement 12,3 et 1,5 chez l’ensemble des salariés. Le taux de travailleurs du nettoyage avec une maladie professionnelle reconnue est deux fois plus élevé, et les licenciements pour inaptitude sont près de deux fois plus fréquents que pour l’ensemble des CDI.

Du côté des pathologies, les plus fréquentes sont les troubles musculosquelettiques et les atteintes respiratoires ou dermatologiques. La revue de littérature réalisée par les experts de l’Anses signale aussi un lien, même moins documenté, avec la bronchopneumopathie chronique obstructive, des rhinites, des cancers de la vessie, du poumon, de la tête et du cou, des leucémies et des maladies cardiovasculaires ; l’utilisation de produits de nettoyage pendant la grossesse est associée à des anomalies congénitales, à la prématurité et à un faible poids de naissance. Le suivi médical se complique encore pour des salariés qui ont souvent plusieurs employeurs et interviennent sur différents sites. Face à ce tableau, l’Anses recommande de renforcer la prévention des TMS, de promouvoir le travail en journée, de développer des formations via des supports visuels adaptés aux publics concernés, de responsabiliser les entreprises qui ont recours à ces services en rappelant leur devoir de vigilance, et de mieux étudier les pathologies chroniques ainsi que les grossesses.