Budget 2026 : 2,16 milliards votés au Sénat contre l’immigration illégale, les CRA explosent, la gauche alerte sur un virage « tout répressif »
Lundi 8 décembre, le Sénat a voté une hausse inédite du budget 2026 immigration illégale et asile, dans un contexte de rigueur générale. Entre renfort des CRA et moyens d’intégration sous tension, à quoi servent réellement ces 2,16 milliards d’euros ?

Au Sénat, les chiffres de l’immigration se déclinent désormais en milliards. Lundi 8 décembre au matin, les sénateurs ont adopté les crédits de la mission « Immigration, asile et intégration » du projet de loi de finances pour 2026, l’un des volets les plus scrutés d’un budget resserré. La majorité de droite et du centre s’en félicite, convaincue que l’exécutif se donne enfin les moyens de durcir la lutte contre l’immigration irrégulière.
Cette enveloppe progresse de 80 millions d’euros par rapport à l’an dernier pour atteindre 2,16 milliards d’euros, selon les chiffres présentés aux parlementaires. Objectifs affichés : appliquer le Pacte Asile et immigration européen, renforcer les éloignements et porter la capacité des centres de rétention administrative à 3 000 places à l’horizon 2029. Derrière ces lignes budgétaires, c’est bien l’équilibre entre contrôle des frontières et intégration qui est en jeu.
Budget 2026 immigration illégale : une mission en hausse pour les CRA et l’asile
Dans un projet de loi de finances marqué par la rigueur, cette mission fait figure d’exception : en crédits de paiement, la hausse atteint environ 3,8 %, et même plus de 25 % en autorisations d’engagement, selon les documents budgétaires. Une large part de cette progression vise la lutte contre l’immigration illégale, avec un effort massif sur les centres de rétention administrative. « Des moyens à la hauteur pour atteindre l’objectif de 3 000 places de rétention à l’horizon 2029 », a expliqué la rapporteure LR Marie-Carole Ciuntu, citée par Public Sénat.
La sénatrice rappelle pourtant que « L’abondement d’un budget ne constitue pas en soi une politique publique », en pointant le taux jugé « trop faible » d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF), fixé à 11 % en 2025. Elle évoque aussi un « dévoiement du droit d’asile » avec un taux de protection de 49 % à l’issue des procédures. La présidente LR de la commission des lois, Muriel Jourda, salue pour sa part « un budget qui préservait dans l’ensemble les fonctions régaliennes » et se réjouit du renforcement de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui doit bénéficier de 48 postes équivalents temps plein en 2026. « Si nous traitons dans de meilleurs délais, nos demandes d’asile, nous pouvons espérer avoir moins besoin de places d’hébergement des demandeurs et moins d’allocations de demandeur d’asile (ADA) à verser », souligne-t-elle.
Répression ou intégration : la gauche attaque l’orientation du budget 2026
Du côté de la gauche sénatoriale, ce budget 2026 de l’immigration est tout sauf consensuel. Les élus socialistes dénoncent la stagnation des crédits consacrés à la formation linguistique, alors que l’obligation d’atteindre le niveau A2 s’appliquera aux titulaires de cartes de séjour pluriannuelles dès le 1er janvier 2026. La sénatrice socialiste Corinne Narassiguin résume : « Encore une fois, vous fixez des objectifs sans prévoir les moyens ». Elle pointe aussi une supression d’environ 2 000 places dans le parc d’hébergement d’urgence en 2026. Pour le communiste Ian Brossat, cette « hausse des crédits sert d’abord à financer la répression plutôt que l’intégration ». « Vous dites que l’immigration doit être mieux organisée, mais vous consacrez l’essentiel du budget à la répression. Vous dites que l’intégration est essentielle, mais vous ne la financez pas », insiste-t-il.
Les associations d’aide aux migrants se retrouvent aussi au centre des débats. Après l’adoption au printemps d’une proposition de loi portée par Marie-Carole Ciuntu pour écarter ces associations des centres de rétention administrative au profit de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, plusieurs amendements centristes et RN visaient à réduire les dotations d’Etat versées à des structures jugées « militantes ». Ils ont essuyé des avis défavorables de la commission et du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez. « Ce sont des associations […] avec lesquelles nous avons des conventions et des cahiers des charges. Ce serait catastrophique de réduire ces financements compte tenu de leur implication dans l’accompagnement des demandeurs d’asile », a-t-il justifié, tout en critiquant certaines pratiques d’assistance juridique en rétention et en promettant de « pousser à titre personnel » la proposition de loi sénatoriale. La mise en œuvre en juin du Pacte Asile et immigration, pour laquelle 85 millions d’euros de crédits sont prévus contre 150 millions initialement annoncés à Bruxelles, laisse enfin planer des interrogations sur la capacité réelle de ce budget à encadrer durablement l’immigration irrégulière.
En bref
- Lundi 8 décembre, le Sénat a adopté les crédits 2026 de la mission « Immigration, asile et intégration », en hausse de 80 M€ pour atteindre 2,16 Md€.
- Une part croissante du budget est orientée vers la lutte contre l’immigration irrégulière, les centres de rétention et l’exécution des OQTF, au cœur d’un vif affrontement droite-gauche.
- Entre renforts pour l’Ofpra, coupes dans l’hébergement d’urgence et débat sur le rôle des associations, ce budget soulève des interrogations sur le cap réel de la politique migratoire.







