Budget de la Sécurité sociale : tensions politiques et fractures à l'Assemblée, le Sénat en ligne de mire pour 2026

Par Paul Graph - Publié le

L'Assemblée nationale a adopté la suspension de la réforme des retraites, mais les débats sur le budget de la Sécurité sociale restent tendus. Le texte, transmis au Sénat sans vote global, reflète des fractures politiques profondes.

Budget de la Sécurité sociale : tensions politiques et fractures à l’Assemblée, le Sénat en ligne de mire pour 2026

Un vote sous tension, des camps fracturés et un calendrier bousculé : la bataille autour du budget de la Sécurité sociale ouvre une nouvelle séquence politique. Entre concessions arrachées et mesures retoquées, l’équilibre du texte se joue au fil des votes, avec des conséquences directes sur les comptes sociaux et les trajectoires de dépenses.

Mercredi soir, l’Assemblée a adopté la suspension de la réforme des retraites de 2023 (255 voix pour, 146 contre), puis supprimé le gel 2026 des prestations sociales et pensions (308 pour, 99 contre). Les débats ont été interrompus sans vote global, alors que près de 200 amendements restaient à examiner, et le texte a été transmis au Sénat au titre de l’article 47-1. Et ce n’est pas le dernier rebondissement.

Budget de la Sécurité sociale 2026 : où en est le PLFSS et pourquoi ça coince

Faute de temps en première lecture, l’exécutif a enclenché la procédure prévue par l’article 47-1 de la Constitution, qui limite à vingt jours l’examen à l’Assemblée. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026, largement amendé, part donc au Sénat dès ce week-end en commission, avant un examen prévu dans l’hémicycle le 19 novembre. Le gouvernement a renoncé au 49.3 et misé sur un compromis, notamment avec les socialistes, pour garder le texte sur les rails.

Le contexte budgétaire reste lourd. Pour mémoire, la LFSS 2025 fixe plus de 666 Md€ de dépenses et un déficit attendu à -22,1 Md€, avec un ONDAM de 265,9 Md€. Sur 2026, les députés ont voté une rallonge d’environ 1 Md€ à l’ONDAM en fin de séance, tout en supprimant des économies clivantes comme la surtaxe sur les mutuelles et la désindexation des minima sociaux. La gauche a fait adopter une hausse de la CSG sur le patrimoine censée rapporter 2,8 Md€. À l’inverse, le doublement des franchises médicales reste possible car relevant d’un décret. L’exécutif chiffre la suspension de la réforme des retraites à 300 M€ en 2026 et 1,9 Md€ en 2027, et vise un déficit 2026 qui ne dépasserait pas 20 Md€.

Suspension des retraites, prestations, CSG : les votes qui fracturent l’Assemblée

Le scrutin sur la retraite a révélé des lignes de fracture nettes : socialistes et écologistes majoritairement pour, Insoumis et communistes majoritairement contre, le Rassemblement national pour, la majorité présidentielle surtout abstention, Horizons contre, Les Républicains divisés. « Voter pour le décalage de la réforme des retraites, c’est voter pour la retraite à 64 ans », a déclaré Mathilde Panot, selon TF1 INFO.

Dans le même hémicycle, Marine Le Pen a lancé : « Voici venue l’heure de vérité, celle où le pacte de non-censure entre le gouvernement, le PS et LR va, ou non, se matérialiser sous nos yeux ». Côté majorité, Gabriel Attal a assumé une posture de compromis : « Mon groupe s’abstiendra, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais avec lucidité ». En parallèle, la fiscalité dite comportementale a avancé par touches, avec l’adoption d’une taxe sur les boissons énergisantes alcoolisées, tandis que la tentative de gel des prestations sociales a été écartée. De quoi nourrir des tensions politiques durables autour du PLFSS 2026, alors que tout se jouera maintenant au Sénat et en navette.