« Drogue douce » : ces paiements en 4 fois et mini-crédits qui font exploser le surendettement des 18-25 ans, la sévère alerte de la Banque de France
En France, près de 150 000 dossiers de surendettement ont été déposés en 2025, avec une flambée chez les 18‑25 ans. Minicrédits et paiements en 4 fois, qualifiés de « drogue douce » par la Banque de France, sont-ils en train de piéger toute une génération ?

Quelques clics pour un achat en ligne payé en 4 fois sans frais, un mini-prêt pour finir le mois, un crédit renouvelable accepté en quelques minutes : ces facilités font désormais partie du quotidien de nombreux ménages. Face à cette banalisation du recours au crédit, la Banque de France observe pourtant une remontée des situations de blocage financier.
Selon le dernier rapport de l’Observatoire de l’inclusion bancaire, 148 013 dossiers de surendettement ont été déposés en 2025, soit une hausse de 9,8 % en un an, pour atteindre près de 150 000 situations. « Nous voyons repartir depuis deux ans le nombre de dossiers de surendettement », a mis en garde François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, lors de son audition devant la commission des Finances du Sénat, cité par Capital. Une formule a retenu l’attention : « De la drogue douce ».
Surendettement : une remontée portée par les crédits à la consommation
Les chiffres de la Banque de France montrent que les dettes de consommation représentent 44 % de l’endettement total des ménages. Crédits renouvelables, paiements fractionnés en 4 fois sans frais, mini-prêts accessibles depuis une application : ces produits se sont diffusés très vite, notament chez les plus jeunes, avec des montants parfois modestes mais qui s’additionnent.
Les 18-25 ans sont particulièrement exposés : le nombre de dossiers de surendettement les concernant a bondi de 65 % en 2025, d’après les données mises en avant par la Banque de France. Pour certains jeunes adultes aux revenus irréguliers, plusieurs paiements fractionnés et minicrédits coexistent sur le même compte, avec des prélèvements qui tombent tout au long du mois et finissent par déséquilibrer un budget déjà serré.
Paiements fractionnés et minicrédits, une « drogue douce » sous surveillance
À propos de ces crédits à la consommation, François Villeroy de Galhau parle désormais d’ »une drogue douce ». Il évoque ces facilités qui donnent l’impression de ne pas vraiment s’endetter, puisque l’on rembourse 20 ou 30 euros par-ci, par-là, alors que le total cumulé peut rapidement atteindre plusieurs centaines, voire milliers d’euros. Pour le gouverneur, il s’agit bien d’une simple « drogue douce », dont les effets paraissent indolores au départ mais fragilisent progressivement les finances des ménages.
Ces produits sont proposés aussi bien par des start-up comme Alma ou Younited que par des acteurs historiques du crédit comme Cofidis ou Cetelem. Ils intègrent les paiements fractionnés et différés, les mini-crédits de quelques centaines d’euros ou encore certaines locations avec option d’achat. Pour limiter la casse côté consommateurs, quelques signaux doivent alerter avant de cliquer sur le « payer en 4 fois » :
- avoir déjà plusieurs échéances de crédit ou de paiement fractionné en cours sur le même compte ;
- ne pas être certain de pouvoir assumer les prélèvements sur les trois ou quatre prochains mois ;
- utiliser ces solutions pour des dépenses courantes (courses, factures), et non pour un achat vraiment exceptionnel.
Les pouvoirs publics préparent aussi un encadrement plus strict. Un décret, qui transpose une directive européenne sur les contrats de crédit aux consommateurs adoptée fin 2023, prévoit qu’à partir du 20 novembre 2026, les règles entourant les crédits à la consommation seront renforcées. Les prêteurs devront fournir davantage d’informations au client et sont invités à consulter le Fichier national des incidents de remboursement des crédits (FICP) lors de l’analyse de solvabilité, y compris pour les crédits sans frais, les prêts de moins de 200 euros, les paiements fractionnés et différés ou certains contrats de location avec option d’achat.
Sur le terrain, les associations de consommateurs rappellent que ces facilités doivent rester l’exception. Juliette Woods, chargée de mission Banque et Assurance à l’UFC-Que Choisir, recommande de réserver les paiements fractionnés à des situations ponctuelles et de toujours vérifier sa capacité à régler les prochaines échéances. « Il faut surtout éviter le cumul parce que quand on lisse un achat, puis un deuxième, puis un troisième, ça peut vite fragiliser un budget », prévient-elle. L’idée est que ce qui est présenté comme « De la drogue douce » ne se transforme pas, pour les plus jeunes et les ménages fragiles, en spirale de dettes difficile à enrayer.
En bref
- En 2025, la Banque de France recense 148 013 dossiers de surendettement, en hausse de 9,8 %, avec une explosion des cas chez les 18‑25 ans.
- Minicrédits et paiements fractionnés en 4 fois, qualifiés de « drogue douce », se multiplient et fragilisent des budgets déjà précaires.
- Entre alerte du gouverneur, nouvelles règles prévues en 2026 et conseils des associations, les ménages restent-ils armés face à cette spirale de dettes ?








