IKKS évite la liquidation judiciaire, reprise par le cofondateur de Veepee, mais perd la moitié de ses emplois : ce qui attend salariés et clients

Par Paul Graph - Publié le

Reprise après redressement judiciaire, IKKS sauve sa marque mais sacrifiera près de la moitié de ses effectifs et de nombreux magasins en France. Entre espoir et casse sociale, que révèle ce virage brutal pour le prêt-à-porter français ?

IKKS évite la liquidation judiciaire, reprise par le cofondateur de Veepee, mais perd la moitié de ses emplois : ce qui attend salariés et clients

Depuis l’ouverture de sa procédure de redressement judiciaire début octobre, l’avenir de IKKS tenait en haleine ses salariés comme ses clients. Symbole du prêt-à-porter français milieu de gamme, la griffe créée en 1987 voyait se refermer sur elle la tenaille d’un marché en berne et d’investisseurs décidés à tourner la page. La question était simple : l’enseigne allait-elle disparaître ou réussir à se faire reprendre au prix d’un sévère régime minceur social.

Le 12 décembre 2025, le tribunal des activités économiques de Paris a tranché en validant l’offre de Santiago Cucci, président de la holding HoldIKKS, et de Michaël Benabou, cofondateur de Veepee. Pour 700 000 euros, assortis d’un apport à court terme de 16 millions d’euros, le duo reprend l’activité et évite à IKKS une liquidation pure et simple. Mais seuls 546 emplois directs sur 1 094 sont conservés en France, et une partie importante des magasins va fermer : la nouvelle IKKS sort méconnaissable de l’opération.

IKKS reprise après le redressement judiciaire : le nouveau périmètre en chiffres

Au moment du jugement, le groupe comptait 1 287 salariés dans le monde, dont 1 094 en France, et 473 points de vente dans l’Hexagone et onze autres pays. L’offre retenue prévoit la poursuite de l’activité sur un périmètre resserré, recentré sur les lignes femme et homme, qui génèrent déjà l’essentiel du chiffre d’affaires (64 % auprès des femmes, 15 % auprès des hommes). L’activité enfant est mise en sommeil, tandis que les marques périphériques One Step et I.Code sont abandonnées pour tenter de « repartir sur une base saine ».

Concrètement, la décision du tribunal se traduit par un vaste coup de rabot sur les effectifs et le parc de boutiques :

  • 546 salariés repris sur 1 094 en France, soit près de la moitié des emplois directs supprimés ;
  • 219 points de vente conservés dans l’Hexagone, dont 92 magasins en propre, 27 corners aux Galeries Lafayette et 100 magasins affiliés ;
  • un abondement de 700 000 euros au plan de sauvegarde de l’emploi pour les salariés non repris, en plus de l’apport de 16 millions d’euros destiné à sécuriser l’activité.

Emplois supprimés, boutiques fermées : une casse sociale massive chez IKKS

Pour les représentants du personnel, l’heure est au constat amer. « Cette offre a le mérite d’exister et de maintenir plusieurs centaines d’emplois », explique à l’AFP Hélène Signoret, avocate du Comité social et économique (CSE) représentant des salariés, citée par TF1 Info. « Évidemment, ce n’est pas une offre parfaite, elle va s’accompagner de beaucoup de licenciements, notamment sur le siège de Saint-Macaire-en-Auge (Maine-et-Loire, ndlr) et de beaucoup de fermetures de boutiques », ajoute-t-elle. Selon elle, au siège, un poste sur trois seulement serait maintenu, avec le risque de créer des difficultés opérationnelles dans un groupe déjà fragilisé.

Dans les magasins, la règle est binaire : un point de vente est repris avec l’ensemble de ses salariés, ou il ferme. Avant même la décision formelle du tribunal, « Des magasins ont commencé à être fermés dès cette semaine en anticipation », explique de son côté Sébastien Hervé, représentant de la CFDT, alors que la marque a déja engagé la réduction de la voilure. Ce plan social massif intervient dans un secteur du prêt-à-porter français frappé de plein fouet par la concurrence de la fast fashion (Shein, Temu), l’essor de la seconde main (Vinted) et la baisse de 8,5 % du marché de l’habillement depuis 2019, qui a déjà emporté des enseignes comme Camaïeu, Kookaï ou Gap France. Pour IKKS, amputée d’environ la moitié de ses effectifs et de plusieurs lignes historiques, la survie passera désormais par la réussite de ce recentrage sur le cœur de marque adulte dans un environnement toujours chahuté.

En bref

  • Le 12 décembre 2025, le tribunal des activités économiques de Paris valide l’offre de reprise d’IKKS par Santiago Cucci et Michaël Benabou après le redressement judiciaire ouvert en octobre.
  • La nouvelle entité conserve 546 emplois sur 1 094 en France, recentre l’activité sur les lignes adultes IKKS et ferme de nombreux magasins, tandis que One Step, I.Code et l’enfant sont mis de côté.
  • Entre survie de la marque, plan social massif et crise structurelle du prêt-à-porter, cette reprise interroge l’avenir d’IKKS, de ses salariés et de ses clients fidèles.