JO de Paris 2024 : ce nouveau calcul du Haut‑commissariat ramène la facture de 6,6 à 2,8 milliards, avez-vous vraiment payé trop ?

Par Paul Graph - Publié le

Annoncés à 6,6 milliards par la Cour des comptes, les JO de Paris 2024 n’auraient laissé qu’un coût net de 2,8 milliards pour les finances publiques. Que cachent les calculs du Haut-commissariat au Plan derrière cette facture divisée par deux ?

JO de Paris 2024 : ce nouveau calcul du Haut‑commissariat ramène la facture de 6,6 à 2,8 milliards, avez-vous vraiment payé trop ?

Quelques mois après la flamme éteinte, le débat sur le coût réel des JO de Paris 2024 vient de prendre un tournant inattendu. La Cour des comptes avait évalué l’addition publique à 6,6 milliards d’euros ; ce chiffre servait jusque-là de référence pour juger si Paris 2024 avait tenu sa promesse de sobriété budgétaire, avant qu’un nouvel acteur ne vienne rebattre les cartes.

Désormais, c’est le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan qui avance ses propres calculs, en parlant de 2,8 milliards d’euros de « coût net » pour les Jeux de Paris 2024, un chiffre « considérablement réduit » par rapport à l’estimation de la juridiction financière. Cette note, qui prend en compte non seulement les dépenses mais aussi les retombées économiques, sociales et environnementales, fait mécaniquement chuter la facture perçue pour l’évenement. Reste à comprendre comment on passe d’une facture brute de 6,6 milliards à un coût net inférieur à 3 milliards.

JO de Paris 2024 : un coût net revu à la baisse

En septembre, la Cour des comptes, institution indépendante, avait détaillé une facture publique de 6,6 milliards d’euros pour les JO 2024, répartie entre les infrastructures (3,6 milliards) et l’organisation (3 milliards). Face à ce diagnostic, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan explique dans une « note de synthèse » que « En intégrant certains bénéfices, la dimension climatique et la valeur d’héritage, encore mesurée de manière partielle, le coût total des Jeux se réduit considérablement: il serait plus que divisé par deux, inférieur à 3 milliards d’euros ». « Ce n’est pas une contestation mais un complément. On a plutôt évalué le coût réel de ces Jeux grâce à une autre approche socio-économique », confie Clément Beaune, ancien ministre chargé des Transports et aujourd’hui haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, cité par Le Parisien.

Dans cette même logique, le rapport précise que ce coût net de 2,76 milliards d’euros « serait même ramené à 1,5 milliard d’euros, soit une division par plus de quatre », en prenant en compte « des hypothèses moins prudentes », avance le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Pour arriver à ces résultats, il explique avoir « piloté une analyse coûts-bénéfices » des Jeux de Paris « visant à couvrir l’ensemble des effets économiques, sociaux et environnementaux pour la France », en s’appuyant sur le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) et un conseil scientifique. L’administration assure avoir « monétisé les bénéfices liés aux Jeux », afin d’intégrer les gains de long terme dans le calcul, et « Les bénéfices vont s’accroître car on a encore peu de visibilité sur les retombées en termes de transports, d’image de la capitale ou de pratique sportive », précise-t-elle.

Retombées économiques et écologiques des JO de Paris 2024

La note du Haut-commissariat détaille d’abord l’héritage économique des Jeux. Elle estime que « les infrastructures construites auront des retombées de long terme. Sous certaines hypothèses, qui pourront être affinées au fil du temps, leur valeur d’héritage s’élèverait à près de 3 milliards d’euros ». Le rapport recense aussi près de 9 000 emplois créés, « notamment pour des personnes éloignées du marché du travail, dont la valeur pour la collectivité peut être estimée à 200 millions d’euros », mais aussi des revenus pour les ménages, avec les primes reçues par les salariés mobilisés pour l’événement, « un bénéfice net de l’ordre de 500 millions », et environ 60 millions d’euros pour les propriétaires de locations touristiques. À plus long terme, la hausse de la pratique sportive et les bénéfices sanitaires associés à l’avenir sont « estimés à 250 millions d’euros », tandis que le « bien-être tiré par les spectateurs français de l’événement, suivi par cinq milliards de personnes dans le monde, il peut être valorisé à 300 millions d’euros ».

« Il s’agit d’une estimation à date, plusieurs de ces bénéfices pouvant se matérialiser ou augmenter dans la durée. Ce travail d’évaluation socioéconomique, plus riche et éclairant qu’une approche budgétaire, doit ainsi être affiné et poursuivi », met en avant le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, qui insiste aussi sur le bilan environnemental de Paris 2024. « Le bilan est positif. Il y avait un engagement qui était celui de faire les Jeux les plus sobres de l’histoire en matière d’émissions de gaz à effet de serre et les Jeux de Paris ont été deux fois moins émetteurs que les Jeux de Londres et de Rio », s’est félicité Clément Beaune. « C’est un niveau comparable à celui de Tokyo mais à l’époque, du fait de la pandémie, il n’y avait pas de public. Or la majorité de l’empreinte carbone des Jeux, ce sont les trajets des spectateurs », a-t-il ajouté. Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris ont été considérés parmi les moins polluants, au niveau de ceux de Tokyo 2021 organisés sans spectateurs, ce qui nourrit déjà les espoirs d’organiser des Jeux d’hiver 2030 sobres en carbone dans les Alpes françaises.

En bref

  • Quelques mois après les Jeux olympiques de Paris 2024, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan conteste de facto les 6,6 milliards d’euros avancés par la Cour des comptes en avançant un coût net de 2,8 milliards.
  • Sur la base d’une analyse coûts-bénéfices menée avec le Crédoc, le rapport additionne valeur d’héritage des infrastructures, emplois créés, primes, tourisme et bien-être des spectateurs pour réduire la facture publique apparente.
  • Entre choix méthodologiques, pari sur les retombées futures et bilan écologique jugé exemplaire, ce nouveau chiffrage relance le débat sur ce que signifient vraiment le coût réel et la sobriété des JO de Paris 2024.