Le déficit de la Sécurité sociale explose : vers une crise de liquidité et un impact sur le pouvoir d'achat dès 2027 ?

Par Paul Graph - Publié le

Le déficit de la Sécurité sociale pourrait atteindre 24,3 milliards d'euros en 2026, bien au-delà des prévisions initiales. Quels impacts économiques cela pourrait-il engendrer ?

Le déficit de la Sécurité sociale explose : vers une crise de liquidité et un impact sur le pouvoir d’achat dès 2027 ?

Le trou de la Sécu ne se referme pas, il s’élargit. À l’heure où l’institution souffle ses 80 bougies, ses dépenses atteignent 642,9 milliards d’euros en 2024, soit environ un quart du PIB, quand ses ressources ne suivent plus la cadence. La Cour des comptes, comme le Sénat, a tiré la sonnette d’alarme sur la trajectoire financière.

En 2025, le déficit devrait atteindre 21,9 milliards d’euros selon la Commission des comptes, et 23 milliards d’euros pour l’ensemble régimes de base et FSV d’après la Cour des comptes. Pour 2026, l’exécutif visait 17,5 milliards d’euros de déficit via le PLFSS 2026, mais la copie issue de l’Assemblée pointerait plutôt vers 24,3 milliards. Le choc peut être large.

Déficit de la Sécurité sociale 2026 : d’où vient l’écart et qui l’alimente

« nous passerions d’un déficit de 17,5 milliards d’euros » à un déficit « d’environ 24,3 milliards d’euros », a expliqué Thibault Bazin, rapporteur général de la commission des Affaires sociales, selon BFMTV. Dans ses comptes, « l’Assemblée a réduit les mesures d’économies (…) d’environ 3,8 milliards d’euros et les recettes supplémentaires de 4,8 milliards d’euros », avant un transfert supplémentaire de 1,8 milliard d’euros de l’État vers la Sécu.

Côté mesures, la suspension de la réforme des retraites votée en première lecture alourdirait le déficit de 300 millions d’euros en 2026 et 1,9 milliard en 2027, tandis que le rejet du gel des prestations et pensions prive la Sécu de 2,5 milliards d’euros d’économies. Le doublement des franchises médicales pourrait rapporter 2,3 milliards d’euros, mais les députés y sont largement opposés. Structurellement, la branche maladie concentre l’écart avec un déficit de 17,2 milliards d’euros en 2025, quand la branche vieillesse et le FSV affichent 5,8 milliards d’euros de déficit. La Cour des comptes dénonce une « trajectoire hors de contrôle ».

Conséquences économiques : liquidité, pouvoir d’achat, coût du travail

Le risque immédiat, c’est la liquidité. Cette situation « conduit à un risque de plus en plus sérieux de crise de liquidité » avec un « défaut de paiement » qui pourrait « se matérialiser dès 2027 », mettaient en garde les magistrats financiers. « La taille du marché des capitaux à court terme » auquel recourt l’agence de financement de la Sécu « pourrait ne pas être suffisante » pour absorber ses besoins. Un signal critique pour l’Acoss et, au-delà, pour la continuité des versements de prestations en cas de tension de marché.

Sur les ménages, l’équation se joue entre économies et reste à charge. Si l’exécutif confirme les franchises, le pouvoir d’achat sera touché aujourdhui côté santé, à l’inverse d’un gel des prestations écarté par l’Assemblée qui aurait comprimé la consommation. Sur les entreprises, le débat porte sur le coût du travail et les exonérations : l’État n’a pas entièrement compensé près de 80 milliards d’euros d’allègements de cotisations, avec un manque à gagner pouvant atteindre 5,5 milliards selon la Cour des comptes. « Le financement de notre protection sociale repose majoritairement sur des prélèvements assis sur le travail à 65%, soit significativement plus que la moyenne de l’Union européenne », a rappelé Sébastien Lecornu, en appelant à « une réforme d’ampleur du financement de la protection sociale » pour « réduire le poids des prélèvements pesant sur le travail et permettre ainsi, d’une part, d’augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs et d’autre part, de rendre notre économie attractive pour contribuer à l’effort de réindustrialisation ». S’ajoute un facteur pérenne : « Ce qu’on n’a pas dit aux Français, c’est que le Ségur de la Santé, c’est-à-dire l’augmentation des salaires des personnels hospitaliers en 2020 après le Covid (…) nous coûte aujourd’hui 13 milliards d’euros par an et cela creuse le déficit. Cela n’a jamais été financé, on n’a pas mis en face de cela des recettes supplémentaires », reconnaît Agnès Buzyn.

La Cour des comptes va plus loin en matière de gouvernance : la dérive de la dette sociale et sa reprise par la Cades supposeraient de définir les conditions d’un retour à l’équilibre et d’adopter une loi organique. En 2025, elle estime que « le doublement du déficit de la sécurité sociale entre 2023 et 2025 atteste une perte de contrôle de la trajectoire des finances sociales dans une période qui n’est pas caractérisée par une crise économique ou financière aiguë ». Dans ce contexte, l’alerte démographique pèse : « En 1950, il y avait cinq actifs pour un retraité, aujourd’hui moins de deux pour un et en 2050, ce devrait être 1,2 actif pour un retraité », rappelle Éric Chenut, auteur de Sauver notre modèle de protection sociale. « Il y a des défis très importants sur la durabilité du système, donc sur sa transmission aux générations futures », avertit Dominique Libault.