Les taux d'intérêt menacent l'emploi : la Fed face à un dilemme crucial pour décembre 2025

Par Paul Graph - Publié le

Alors que l'emploi aux États-Unis montre des signes de faiblesse, la Fed envisage une baisse des taux d'intérêt. Quels seront les effets sur le marché du travail?

Les taux d’intérêt menacent l’emploi : la Fed face à un dilemme crucial pour décembre 2025

La question n’est plus théorique : aux États-Unis, l’emploi donne des signes de fatigue et met la Fed face à ses responsabilités. Ralentissement des embauches, hausse des licenciements et consommation fragilisée pour les ménages modestes dans l’automobile et le logement composent un tableau qui pèse sur le marché de l’emploi. Par endroit, les entreprises arbitrent leurs budgets vers l’IA, au détriment des recrutements.

À l’approche du FOMC des 9 et 10 décembre, Christopher Waller plaide une baisse de 25 points de base pour donner de l’air à l’économie, estimant l’inflation proche de 2 % si l’on exclut l’effet temporaire des droits de douane. Le dossier social s’impose au cœur des décisions, avec un risque assumé de pilotage par l’assurance. Le choix des taux d’intérêt se jouera là.

Fed, taux d’intérêt et emploi : le signal donné par Christopher Waller

« Le marché du travail est toujours faible et proche de la vitesse de décrochage », a déclaré Christopher Waller, selon Reuters (via Boursorama). Face à ce refroidissement, le gouverneur soutient une nouvelle réduction d’un quart de point dès décembre et juge que les attentes d’inflation restent contenues. D’après ses remarques, l’objectif est clair : renforcer la protection de l’emploi alors que la croissance ralentit et que les ménages modestes subissent davantage les coûts du crédit.

Waller précise sa tolérance au risque côté prix et son focus sur l’activité : « Je ne m’inquiète pas d’une accélération de l’inflation ou d’une augmentation significative des attentes en matière d’inflation ». « Je me concentre sur le marché du travail et, après des mois d’affaiblissement, il est peu probable que le rapport sur l’emploi de septembre, qui sera publié plus tard cette semaine, ou toute autre donnée dans les prochaines semaines, modifie mon opinion selon laquelle une nouvelle réduction est nécessaire ». Malgré la fermeture du gouvernement fédéral pendant 43 jours, il rappelle la disponibilité d’indicateurs non officiels pour piloter la politique : « Nous disposons d’une multitude de données du secteur privé et de certaines données du secteur public qui donnent une image imparfaite mais parfaitement exploitable de l’économie américaine ». Autre point social mis en avant par le gouverneur : « Je crains que la politique monétaire restrictive ne pèse sur l’économie, en particulier sur les consommateurs à faibles et moyens revenus ». Sa ligne directrice pour décembre tient en une phrase : « Une réduction en décembre fournira une assurance supplémentaire contre une accélération de l’affaiblissement du marché du travail et fera évoluer la politique vers un cadre plus neutre ».

Taux d’intérêt et marché de l’emploi : transmission, secteurs et signaux en France

Sur le terrain, le canal de transmission se voit vite dans les secteurs sensibles au crédit. Selon des retours d’entreprises, la consommation fléchit pour les foyers modestes dans l’auto et le logement, où l’accessibilité reste un frein. Les grandes sociétés trouvent encore des conditions de financement jugées « lâches », quand les ménages affrontent des contraintes plus fortes. Par ailleurs, les investissements en intelligence artificielle sont parfois réalisés au détriment des embauches, ce qui peut retarder le redémarrage des recrutements malgré un assouplissement monétaire. Une reprise de la croissance du bilan de la Fed est même anticipée d’ici un à deux mois, signe que la liquidité redevient un sujet. La banque centrale, plus divisée qu’auparavant, évalue ce compromis au rythme des données, avec l’idée qu’un rebond soudain de l’emploi reporterait la baisse envisagée.

En miroir européen, la dégradation pointe déjà en France : au troisième trimestre 2025, le taux de chômage atteint 7,7 %, en hausse de 0,1 point sur le trimestre et de 0,3 point sur un an, soit 2,4 millions de personnes. Le trimestre est marqué par une destruction nette de 60 600 emplois salariés, et la perte atteint 112 100 postes sur un an. Les entrées en catégorie A progressent de 1,6 % sur le trimestre, ou 0,7 % si l’on neutralise les inscriptions automatiques parmis certains publics. Cette phase s’inscrit dans une tendance de repli de l’emploi salarié privé depuis 2024, avec un coup de frein visible du côté de l’alternance après la réduction des aides. Un contexte qui illustre, à sa manière, la sensibilité de l’emploi aux conditions de crédit et aux ajustements budgétaires.