Observatoire des inégalités : être "riche" dès 4 300 € nets pour un célibataire en France, ce seuil choque et révèle un malaise profond

Par Paul Graph - Publié le

Selon l’Observatoire des inégalités, un célibataire est classé « riche » en France dès 4 300 euros nets par mois. Mais que vaut ce seuil choc face au coût de la vie, aux écarts de patrimoine et au malaise d’une classe moyenne sous pression ?

Observatoire des inégalités : être « riche » dès 4 300 € nets pour un célibataire en France, ce seuil choque et révèle un malaise profond

Beaucoup de Français ont le sentiment de courir après leur pouvoir d’achat sans jamais vraiment y arriver, même avec un bon salaire. Dans ce contexte tendu, être qualifié de « riche » sur la base de simples statistiques peut surprendre, voire heurter, ceux qui n’ont pas l’impression de vivre dans l’abondance.

Dans son quatrième rapport sur les riches en France, l’Observatoire des inégalités fixe le seuil de richesse d’une personne seule à 4 292 euros net par mois après impôt, soit le double d’un revenu médian évalué à 2 150 euros. Autrement dit, on est classé parmi les riches à partir d’environ 4 300 euros. Et ce chiffre fait grincer des dents.

Comment ce seuil de richesse à 4 300 euros est calculé

L’Observatoire raisonne en niveau de vie : il additionne salaires, prestations sociales et revenus du patrimoine, retire les impôts directs, puis tient compte de la taille du foyer. Le seuil est placé au double du niveau de vie médian, en miroir du seuil de pauvreté situé, lui, à 60 % de ce même niveau médian. D’où ce palier de 4 292 euros pour une personne seule. Selon le rapport relayé par Capital, les riches représentent alors 7,5 % de la population, soit 4,8 millions de personnes. « Après un pic à 9 % en 2011, le taux de richesse fluctue entre 7% et 8% de la population depuis dix ans », explique l’organisme dans des propos rapportés par Capital.

L’étude détaille aussi les montants à partir desquels un foyer est classé comme riche, toujours après impôt sur le revenu :

  • 4 292 euros par mois pour une personne seule ;
  • 6 438 euros pour un couple sans enfant ;
  • 10 730 euros pour une famille avec deux adolescents.

Au-dessus de ce seuil, les écarts se creusent vite : 5 % des Français perçoivent plus de 4 905 euros mensuels pour une personne seule, et 1 % gagne plus de 7 512 euros après impôts. Les profils sont bien identifiés : près de 74 % des riches sont des cadres supérieurs dans le privé comme dans le public, 73 % ont plus de 45 ans, et 13 % sont des chefs d’entreprise. Côté logement, la quasi-totalité est propriétaire de sa résidence principale, à hauteur de 88 %. D’après l’Insee cité par l’Observatoire, 25,5 % des cadres sont riches contre seulement 1 % des ouvriers et 2 % des employés. L’organisme rappelle par ailleurs que « au cours des 30 dernières années, les inégalités de revenus et de patrimoine se sont accrues par le haut ».

Pourquoi cette étude sur les « riches » dérange autant

Sur le papier, 4 300 euros net pour un célibataire peut paraître très confortable. Dans la vie réelle, ce n’est pas si simple. L’exemple de Momo, agent de sécurité en Suisse qui réside en Haute-Savoie, l’illustre bien. Il touche 4 500 euros nets par mois, vit seul avec ses trois enfants et fait face à des charges élevées : « Les loyers sont extrêmement chers, je paie 2 000 euros de loyer par mois. Ma fille fait ses études à Paris, je lui paie 900 euros de loyer du coup cette année, on ne part pas en vacances », raconte-t-il, ce mercredi, à RMC. Statistiquement riche, mais avec un reste à vivre très serré, il ne se reconnait pas du tout dans cette étiquette.

L’Observatoire montre aussi que la « France des riches » est très concentrée autour de Paris et des Hauts-de-Seine, avec quelques poches privilégiées en province. À Paris, il faut 6 000 euros par mois après impôts pour une personne seule afin d’entrer dans les 10 % les plus aisés localement, 12 400 euros dans le 7e arrondissement et près de 22 000 euros dans le quartier « Gros caillou », au pied de la tour Eiffel. En Haute-Savoie, le seuil d’entrée dans les 10 % les plus riches est déjà de 5 000 euros, et à Veyrier-du-Lac, commune limitrophe d’Annecy, 10 % des habitants disposent de plus de 10 000 euros mensuels. Même montant sur la fiche de paie, mais pas du tout la même vie selon l’endroit où l’on habite, ce qui rend ce seuil national interressant à discuter.

Derrière la barre des 4 300 euros, l’étude met aussi en lumière un fossé avec les plus fortunés. Selon l’Observatoire, 4,7 millions de Français sont riches au sens des revenus d’après les données 2021, soit 7,4 % de la population. Le 1 % le plus riche captait 7,7 % de l’ensemble des revenus au début des années 1980 ; cette part atteint 12,7 % en 2022 selon le World Inequality Database. Côté patrimoine, 16,9 % des ménages possèdent plus de 531 000 euros, soit au moins trois fois le patrimoine médian, les 10 % les plus fortunés détiennent plus de 716 300 euros et les millionnaires représentent déjà 5 % des ménages. Le 1 % du sommet dispose d’au moins 2,2 millions d’euros par ménage. Le poids des 500 plus grandes fortunes professionnelles a pratiquement décuplé en 20 ans, passant de 124 milliards d’euros en 2003 à 1 170 milliards en 2023 selon le magazine Challenges ; la seule famille de Bernard Arnault, à la tête de LVMH, affiche 203 milliards d’euros, soit l’équivalent de la valeur de l’ensemble des logements de Marseille et de Nantes réunis.

Les conditions de vie distinguent clairement ces ménages très aisés : 87 % des ménages riches sont propriétaires de leur logement, ils vivent en moyenne dans des habitations offrant environ 50 % de surface en plus que les autres, et près des deux tiers possèdent un autre bien (résidence secondaire, logement mis en location, terrain). Parmi les 10 % les plus riches, 40 % font appel à des services domestiques et 97 % des personnes gagnant plus de 2 500 euros par mois partent en vacances. Les revenus du patrimoine ont, eux, augmenté de 7 % en 2022 puis de 16 % en 2023, bien plus vite que les prix, au bénéfice des catégories les plus aisées. Vu de cette hauteur, le seuil de 4 300 euros par mois apparaît surtout comme une porte d’entrée dans un univers où les écarts continuent de se creuser.

En bref

  • En 2024, l’Observatoire des inégalités fixe à 4 292 euros nets après impôt le seuil de richesse pour une personne seule en France, soit le double du niveau de vie médian, ce qui classe environ 7,5 % de la population parmi les riches.
  • L’étude montre toutefois que ce seuil national ignore les écarts de coût de la vie, la composition des foyers et la géographie de la richesse, et qu’il range dans la même catégorie des cadres sous pression et des ménages très aisés dotés d’un patrimoine important.
  • En révélant le fossé entre ces « riches statistiques », les ultra-riches et une classe moyenne qui se sent compressée, le rapport met surtout en lumière un malaise social croissant autour de la définition même de la richesse.