Pensions de retraite : pourquoi les femmes touchent encore 37 % de moins que les hommes en 2023, malgré les promesses du PLFSS 2026 ?
En 2023, l'écart de pension entre femmes et hommes reste à 37 %, malgré des carrières plus hachées et des dispositifs de solidarité. Que promet le PLFSS 2026 ?

Au moment de liquider leurs droits, les femmes ne touchent pas la même retraite que les hommes. Les nouvelles données de la Drees, compilées dans l’édition 2025 de son panorama, confirment un écart persistant. En filigrane, des carrières moins linéaires et des dispositifs de solidarité qui atténuent sans effacer. La question se pose : pourquoi l’écart tient-il encore ?
En 2023, les femmes ont perçu une pension brute moyenne de 1 306 € par mois, contre 2 089 € pour les hommes, soit environ 37 % d’écart selon la Drees. En 2004, l’écart atteignait 50 % ; il recule, mais lentement. L’Insee rappelle que le salaire moyen demeure 22,2 % plus faible chez les femmes, un différentiel qui pèse ensuite sur les droits. Et ce n’est pas qu’une question de salaires.
Écart de pension femmes hommes : les chiffres 2023 et l’évolution
La Drees mesure un écart de pension femmes hommes qui trouve d’abord ses origines dans la vie active. Les femmes sont sous-représentées dans les professions les mieux rémunérées, travaillent plus souvent dans des secteurs moins lucratifs et plus à temps partiel. Les interruptions de carrière, notamment pour raisons familiales, restent plus fréquentes. Autant de trajectoires qui réduisent l’assiette et la durée des droits ouverts.
Ces écarts ont des effets très concrets sur le niveau de vie. L’UNSA Retraités signalait en octobre que 17,7 % des femmes retraitées seules vivaient sous le seuil de pauvreté. Les montants perçus évoluent à la baisse ou restent modestes pour une partie d’entre elles, ce qui les expose davantage quand la vie conjugale se rompt. La réalité statistique rejoint des parcours interompues.
Pourquoi l’écart persiste et ce que promet le PLFSS 2026
Depuis les années 1970, des mécanismes de solidarité cherchent à compenser l’incidence de la maternité et de l’éducation des enfants sur les carrières : assurance vieillesse des parents au foyer, majoration de durée d’assurance pour enfants. À l’horizon 2060, les pensions des femmes atteindraient 97 % de celles des hommes selon le Conseil d’orientation des retraites, grâce à des carrières féminines en amélioration, une participation accrue au marché du travail et moins de temps partiel. Ces perspectives restent fragiles et dépendantes du contexte économique. Dans ce débat, Sébastien Lecornu a promis une « amélioration constante concernant les retraites des femmes » dans le budget de la Sécurité sociale 2026, au cœur du PLFSS 2026.
Des experts alertent toutefois sur la portée des mesures envisagées, par exemple le renforcement de la prise en compte du nombre d’enfants dans le calcul du salaire annuel moyen. « Le risque, pour les femmes qui ont eu des carrières hachées ou mixtes (une partie dans le privé, une autre dans le public), est que la mesure ne change rien puisqu’elles afficheront de toute façon moins d’années que le nombre requis », a expliqué Patrick Aubert, économiste et statisticien à l’Institut des politiques publiques, auprès d’Alternatives Économiques. « On continue de considérer que la retraite typique est celle d’un homme qui affiche 42 ans de carrière, à temps plein, ce que les femmes ont du mal à atteindre », a ajouté Bruno Palier, politiste et directeur de recherche du CNRS à Sciences Po.




