Permis de conduire : coup dur en 2026, le CPF ne financera plus le permis B pour la plupart des actifs, qui pourra encore y avoir droit ?

Par Paul Graph - Publié le

En 2026, la loi de finances rebat les cartes du permis de conduire financé par le CPF, au risque de pénaliser des centaines de milliers d'actifs. Entre demandeurs d'emploi préservés et salariés exclus, à qui profitera vraiment ce tri brutal ?

Permis de conduire : coup dur en 2026, le CPF ne financera plus le permis B pour la plupart des actifs, qui pourra encore y avoir droit ?

Pour beaucoup de jeunes actifs, financer leur permis de conduire avec leur CPF était devenu un réflexe. Depuis 2019, le permis B, dont le prix est en moyenne de 1 500 à 2 000 euros, est même devenu la formation la plus financée par le CPF, avec 23 % des formations prises en charge en 2023 selon la Dares. Mais avec la loi de finances 2026, ce levier de mobilité va être profondément restreint.

L’article 81 de cette loi acte la fin du financement du permis B par le CPF pour une grande partie des actifs, afin de réaffecter environ 300 millions d’euros par an vers les bilans de compétences et les reconversions professionnelles. Salariés, apprentis, demandeurs d’emploi ou indépendants s’interrogent déjà sur le sort de leurs droits, alors que le coût moyen du permis tourne autour de 1 200 à 2 000 €. Le tri sera serré.

Permis de conduire et CPF en 2026 : ce que prévoit la loi

Dans le détail, la réforme est frontale pour les actifs en poste : à partir de 2026, les salariés ne pourront plus mobiliser leur CPF pour financer le permis B. Le texte prévoit aussi la suppression de l’aide forfaitaire de 500 € qui bénéficiait aux apprentis pour leur permis de conduire, ce qui leur laisse la totalité du reste à charge, évalué autour de 1 200 € sans soutien public. Pour ces publics, le permis B est donc retiré du catalogue des formations directement finançables via leurs droits CPF, désormais recentrés sur les formations certifiantes et les bilans de compétences.

Les demandeurs d’emploi, eux, conservent la possibilité de financer leur permis grâce au compte personnel de formation. France Travail restera l’interlocuteur central, avec une nouvelle procédure annoncée pour avril 2026 et un contrôle plus strict de la pertinence du projet professionnel. Les règles précisées par la loi du 21 juin 2023 et le décret du 17 mai 2024 continuent de s’appliquer : le passage du permis doit servir à sécuriser ou développer le parcours professionnel du titulaire, et il est interdit d’utiliser son CPF pour un permis A1, A2, B1 ou B si l’on dispose déjà d’un permis du groupe léger en cours de validité, à l’exception de la catégorie BE. Les permis du groupe lourd restent, eux, éligibles car directement liés à un objectif professionnel.

Qui pourra encore financer son permis avec le CPF en 2026 ?

Concrètement, en 2026, vous pourrez encore financer votre permis de conduire grâce au CPF si vous êtes inscrit comme demandeur d’emploi et que l’absence de permis constitue un frein identifié à un projet d’embauche ou de retour à l’emploi validé avec France Travail. Cela vaut pour un premier permis léger (B, A1, A2, B1), dans le respect des conditions déjà en vigueur, mais aussi pour des permis purement professionnels comme ceux du groupe lourd, lorsqu’ils sont indispensables pour occuper un poste de conducteur routier ou de chauffeur. Pour les autres, il faudra se tourner vers un cofinancement employeur, un dipositif régional ou les aides recensées sur la plateforme « 1 jeune 1 permis », le CPF ne venant plus qu’en complément éventuel.

Pour la grande majorité des salariés, jeunes actifs, indépendants et alternants, le message est donc clair : hors cas particuliers de cofinancement par un employeur, un opérateur de compétences ou une collectivité, ils devront assumer seuls le coût de leur permis ou négocier une prise en charge directe. Cette bascule fait bondir les associations. Philippe Nozière, président de 40 millions d’automobilistes, dénonce « un mépris total pour ceux qui travaillent et vivent en dehors des métropoles ». « La mobilité n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour vivre et travailler », a-t-il abondé, dans des propos rapportés par Capital. De son côté, Edouard Rudolf, vice-président de la Fédération des enseignants et auto-écoles d’avenir (Fenaa), parle d’une « bombe sociale » et d’ »une fracture sociale énorme » qui écarte selon lui « les principaux utilisateurs du CPF sont les plus précaires » et « les gens qui en ont le plus besoin pour travailler ». Il s’alarme aussi pour la santé économique des auto-écoles : « Arrêter du jour au lendemain un flux important [de candidats] c’est aussi fragiliser économiquement toutes les auto-écoles de France », avant de prévenir : « On est en train de leur dire : « il faut que vous soyez au chômage pour pouvoir vous former » ».

En bref

  • Adoptée via la loi de finances 2026, la réforme du CPF recentre près de 300 millions d’euros sur les bilans de compétences au détriment du permis de conduire.
  • Seuls les demandeurs d’emploi et certains bénéficiaires d’un cofinancement tiers pourront encore utiliser leur CPF pour un premier permis léger ou un permis professionnel.
  • Salariés, apprentis et jeunes actifs perdent ce levier de mobilité et doivent désormais se tourner vers aides locales, employeurs ou nouvelles stratégies de financement.