Réformes sociales : le Sénat s'oppose à l'Assemblée, tensions sur les retraites et prestations gelées jusqu'en 2026

Par Paul Graph - Publié le

Le Sénat et l'Assemblée nationale s'affrontent sur la réforme des retraites, avec des implications majeures pour le budget de la Sécurité sociale. Quels enjeux se cachent derrière ce bras de fer législatif?

Réformes sociales : le Sénat s’oppose à l’Assemblée, tensions sur les retraites et prestations gelées jusqu’en 2026

Au Palais du Luxembourg, les lignes bougent vite. Sur fond de budget de la Sécurité sociale, la majorité sénatoriale prépare une contre‑offensive sur plusieurs marqueurs sociaux, des retraites aux prestations, alors que l’Assemblée nationale avait desserré l’étau ces derniers jours.

La bataille ne se joue pas seulement sur des chiffres, mais sur une lecture opposée des priorités publiques et du calendrier politique. Et le match promet des étincelles.

Sénat vs Assemblée sur la réforme des retraites

Adoptée à l’Assemblée, la suspension jusqu’en 2028 de la réforme des retraites a été balayée en commission au Sénat. « C’est de la poudre de Perlimpinpin », a regretté la sénatrice Les Républicains Pascale Gruny, relevant le fait que le financement de la mesure reposerait « sur les retraités eux-mêmes », selon Le Figaro avec AFP. « Le Sénat ne peut pas se renier sur une réforme qu’il a soutenue depuis des années », assume la rapporteure générale centriste Elisabeth Doineau.

La gauche dénonce un blocage. « La majorité sénatoriale se met dans une posture de refus de tout accord et de tout compromis », a regretté Bernard Jomier, s’inquiétant d’un « raidissement très net » de la droite et des centristes. « Quand on détruit dans une chambre tout ce qui a été fait dans l’autre chambre du Parlement, ce n’est pas une démarche de construction », s’est insurgée l’écologiste Anne Souyris. Côté gouvernement, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a appelé les sénateurs à « œuvrer au compromis ». « Il y aura une suspension de cette réforme s’il y a un vote sur le budget », a‑t‑elle assuré. Prochaine étape au Sénat à partir de mercredi, avec un texte qui repart du vote des députés et des amendements de la commission à revoter en séance.

Gels 2026, déficit de la Sécu et autres fronts sociaux

Au‑delà des retraites, la commission a rétabli le gel en 2026 des prestations sociales habituellement indexées sur l’inflation, et le gel des pensions de retraite avec protection des pensions inférieures à 1 400 euros à ce stade. Les sénateurs ont aussi rejeté la hausse de la CSG ciblée sur les revenus du capital qui devait rapporter 2,8 milliards d’euros en 2026. Objectif affiché de la majorité sénatoriale : améliorer la trajectoire budgétaire. « Notre ambition, c’est de nettoyer tout ce qui nous paraît aberrant en termes de prélèvements nouveaux et de déficit accru, pour tenir le cap des 17,5 milliards d’euros de déficit » de la Sécu, estime le centriste Olivier Henno. Selon les rapporteurs, les travaux de commission ramènent le déficit à 15,1 milliards d’euros, quand des estimations gouvernementales et parlementaires évoquent un niveau supérieur à 24 milliards après le passage du texte à l’Assemblée.

Dans ce climat, d’autres chantiers clivent. Deux sénateurs Place publique, Bernard Jomier et Grégory Blanc, proposent d’assouplir la réserve héréditaire pour les très hauts patrimoines afin de favoriser les dons d’intérêt général. Grégory Blanc veut s’attaquer à un « système d’héritage qui favorise le conservatisme », pour « aller chercher l’argent qui dort ». « Tout en maintenant la part nécessaire de transmission dédiée aux enfants, nous donnons la liberté aux plus hauts patrimoines de nourrir l’économie du pays », défend Bernard Jomier. A noter aussi, pour les assurés, que tant que la navette n’est pas arrivée à son terme et les textes publiés, le droit en vigueur continue de s’appliquer selon le Service des retraites de l’État. La CFDT voit dans la suspension votée par les députés une première étape et un gel de l’âge et de la durée jusqu’au 1er janvier 2028, mais tout dépendra de l’issue parlementaire. A ce stade, les sénateurs ont choisit de préserver certains minima, tout en durcissant l’équation budgétaire.