Réindustrialisation en France : entre promesses et réalités, pourquoi le redressement industriel cale en 2025 ?

Par Paul Graph - Publié le

La réindustrialisation en France connaît des hauts et des bas en 2025. Entre chiffres divergents et secteurs sous pression, quelles solutions pour relancer la dynamique ?

Réindustrialisation en France : entre promesses et réalités, pourquoi le redressement industriel cale en 2025 ?

Annonces d’investissements à Versailles, priorités affichées en matière de souveraineté industrielle ; sur le terrain, le redressement montre des à-coups. Derrière les promesses, les chiffres 2024 2025 dessinent un tableau plus nuancé que prévu.

Aujourdhui, les baromètres ne racontent pas tout à fait la même histoire. Le baromètre industriel de l’État affiche au premier semestre 2025 un solde net positif si l’on additionne créations et extensions, quand Trendeo et L’Usine Nouvelle pointent un retour dans le rouge sur les seuls sites. Où en est vraiment la réindustrialisation en France ?

Réindustrialisation en France : des comptes qui divergent, un coup de frein net

« La situation n’est pas satisfaisante », a reconnu Sébastien Martin, ministre chargé de l’Industrie, sur BFM Business. Au premier semestre 2025, la DGE recense 44 ouvertures et 86 « extensions significatives » face à 82 fermetures et 39 « réductions significatives », soit un solde de +9 lorsque l’on agrège ouvertures et extensions. « Au premier semestre 2025, la France continue d’ouvrir et d’agrandir plus d’usines qu’elle n’en ferme ou n’en réduit, mais le ralentissement se poursuit avec un solde net d’ouvertures et d’extensions de +9, une baisse notable », a indiqué le ministère de l’Économie. Le contraste est net avec la seconde partie de 2024, créditée d’un solde de +48 sur ce même indicateur.

En face, le décompte de L’Usine Nouvelle, entre janvier et mi novembre 2025, fait état de 80 ouvertures de sites, 57 extensions, mais 108 fermetures effectives ou menacées, soit un solde net de 28 fermetures. En 2024 déjà, la France avait bouclé l’année avec un solde négatif de 6 usines, qui passait en positif une fois les transformations significatives intégrées, à +89, deux fois moins qu’en 2023. Dans le même temps, l’attractivité reste élevée : la 8e édition de Choose France en mai s’est soldée par 20 milliards d’euros d’annonces d’investissements, et la France a été sacrée pour la sixième année de suite premier pays européen pour les investissements étrangers par le baromètre EY. De quoi soutenir la dynamique, mais pas l’empêcher de ralentir.

Où ça cale, où ça tient : régions, secteurs et obstacles

Territorialement, l’Occitanie et la Nouvelle Aquitaine tirent leur épingle du jeu, chacune avec un solde net de +8 sites industriels selon l’État, dopées par l’aéronautique et la défense. À l’échelle nationale, Trendeo observe que la France a perdu davantage d’usines qu’elle n’en a ouvertes au premier semestre 2025, et que c’est la première fois depuis 2016 que deux semestres consécutifs affichent un solde négatif. Les plus fragiles sont les petites et moyennes structures, souvent dans l’agroalimentaire, l’industrie automobile et la métallurgie, quand la pharmacie, l’aéronautique et le spatial résistent mieux.

Plusieurs freins se cumulent. Le coût de l’énergie en Europe reste supérieur à celui de la Chine et des États Unis, la fiscalité de production pèse, et l’incertitude politique a un effet mesurable. Le ministre l’a assumé : « Donc si on met [les ouvertures] avec les agrandissements de sites, on reste un solde positif », a poursuivi Sébastien Martin. Il ajoute un enjeu de concurrence internationale sans complaisance : « En face de nous, il y a des gens qui ne veulent pas nous faire de cadeaux ». Côté conjoncture, l’instabilité a coûté environ 0,3 point de croissance, soit près de 9 milliards d’euros selon le même responsable. Sur le terrain des solutions, la Cour des comptes a proposé d’ »alléger les impôts de production en fonction des marges de manœuvre financière », tandis que le Conseil des prélèvements obligatoires estime le secteur « affecté par des prélèvements obligatoires de natures diverses ». Et même de grands groupes ressentent le choc : chez Capgemini, Aiman Ezzat a parlé de « conditions de marché ont été très défavorables dans le secteur de l’industrie et en France ».

Reste l’écart de perception dans l’opinion. Un sondage Ifop pour la Société des Arts et Métiers ne compte que 32 pour cent de Français convaincus que la réindustrialisation est en bonne voie, et 16 pour cent chez les ingénieurs. À très court terme, 150 entreprises tricolores sont attendues au prochain Choose France consacré aux investisseurs français, avec de nouvelles annonces que le gouvernement annonce en milliards d’euros. Le pari est clair : transformer des promesses en usines bien réelles.