Soins moins remboursés en 2026 : ce discret transfert vers les mutuelles, entre forfaits à 23 € et actes à 32 €, pourrait faire grimper vos cotisations

Par Paul Graph - Publié le

Au 1er avril 2026, la participation forfaitaire grimpe à 32 € sur les actes médicaux lourds, alors que les autres forfaits hospitaliers augmentent aussi. Entre reste à charge accru et mutuelles sous tension, jusqu'où ira l'effort demandé aux patients ?

Soins moins remboursés en 2026 : ce discret transfert vers les mutuelles, entre forfaits à 23 € et actes à 32 €, pourrait faire grimper vos cotisations

Depuis le début de l’année 2026, se soigner coûte un peu plus cher à chaque passage dans le système de santé : forfaits à l’hôpital relevés, passage aux urgences renchéri, participations fixes qui s’ajoutent les unes aux autres. Pour beaucoup de patients, la hausse paraît modeste sur le papier, mais elle se voit dès que les factures s’empilent.

Au 1er avril 2026, la participation forfaitaire appliquée aux actes de soin facturés au moins 120€ grimpe, en application du décret n° 2026‑228 du 30 mars 2026, paru au Journal officiel du 31 mars. Son montant passe de 24€ à 32€. Cette nouvelle ponction suit la hausse du forfait hospitalier, passé de 20€ à 23€ par jour d’hospitalisation le 1er mars, et du forfait patient urgences, porté lui aussi à 23€. « Jusqu’où fera-t-on payer les malades? […] Nous sommes en colère. Une nouvelle fois, on demande aux personnes malades de payer davantage pour se soigner. C’est injuste et profondément choquant », a dénoncé France Assos Santé le 20 février, citée par Notre Temps. Derrière ce cri d’alarme, c’est tout l’équilibre du financement des soins qui bouge.

Participation forfaitaire de 32 euros : quels actes lourds sont touchés ?

La participation forfaitaire de 32 euros correspond à la part de la dépense qui n’est pas remboursée par l’Assurance maladie obligatoire lorsque le tarif de l’acte atteint un certain seuil. Elle remplace le ticket modérateur pour les actes de soin supérieurs ou égaux à 120€, ou de coefficient au moins égal à 60. Elle s’applique égalemment aux actes réalisés en cabinet libéral, en centre de santé, à l’hôpital, en hospitalisation à domicile ou lors de consultations externes.

Ce forfait de 32€ reste, en théorie, à la charge du patient. Dans la pratique, la plupart du temps, c’est la complémentaire santé qui le prend en charge, surtout si l’assuré a souscrit un contrat dit « responsable ». Pour l’État, il s’agit d’un reste à charge transféré de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé : sur l’ensemble du budget de la Sécurité sociale pour 2026, ces transferts représentent 400 millions d’euros selon le PLFSS 2026. Le conseil de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), qui regroupe syndicats, patronat et associations de patients, a d’ailleurs rejeté le 3 mars cette hausse de la participation forfaitaire et critiqué la saisine en urgence du gouvernement sur l’augmentation des autres forfaits hospitaliers, jugée trop tardive pour rendre un avis éclairé.

Mutuelles et contrat responsable : pourquoi les cotisations risquent de monter

Pour les organismes complémentaires, cette montée en puissance des forfaits ressemble à un casse-tête budgétaire. En France, près de 96 % des habitants disposent d’une complémentaire santé, mais entre 2,3 et 2,5 millions de personnes n’en ont pas et doivent payer seules ces 32€ à chaque acte lourd. Pour les premiers, la facture est absorbée par la mutuelle ou l’assurance santé, dans le cadre des contrats responsables définis par le Code de la Sécurité sociale. Pour les seconds, chaque hospitalisation avec acte coûteux ou examen d’imagerie lourde se traduit par une somme fixe supplémentaire à régler.

On parle, côté experts, de véritable transfert de charges de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit à la fois ces 400 millions d’euros de dépenses basculées et une contribution exceptionnelle d’environ 1 milliard d’euros sur les cotisations des complémentaires. Dans ce contexte, l’Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie (Unocam) a rendu un avis défavorable sur ces hausses, en pointant le risque de hausse des cotisations. Le gouvernement s’est engagé en retour à revoir le contenu du contrat responsable, accusé par les mutuelles et les assurances de servir d' »instrument de défausse » face aux dépenses de l’Assurance maladie, et a lancé en février une mission sur la nouvelle articulation entre régime obligatoire et complémentaires. Reste que, pour les patients, avec ou sans mutuelle, ces évolutions se traduisent déjà par quelques euros de plus à sortir à chaque soin coûteux.

En bref

  • Au 1er mars puis au 1er avril 2026, les forfaits hospitaliers et la participation forfaitaire sur les actes médicaux lourds augmentent fortement en France.
  • Le passage de 24 € à 32 € sur les actes à partir de 120 € transfère des centaines de millions d'euros de l'Assurance maladie vers les complémentaires santé.
  • Entre risque de renoncement aux soins et hausse possible des cotisations de mutuelle, les patients se retrouvent en première ligne de cette réforme.