Thermostat programmable obligatoire : reporté de 2027 à 2030, ce que les propriétaires gagnent vraiment... et ce qu’ils risquent encore

Par Paul Graph - Publié le

Annoncé pour 2027, le thermostat programmable obligatoire dans les logements français est finalement repoussé à l’horizon 2030. Entre budget, aides et économies d’énergie, comment utiliser au mieux ces trois années de répit ?

Thermostat programmable obligatoire : reporté de 2027 à 2030, ce que les propriétaires gagnent vraiment… et ce qu’ils risquent encore

Calendrier qui change, devis qui s’annoncent, menaces d’amendes relayées sur les réseaux… En quelques semaines, l’idée d’un thermostat programmable obligatoire dans tous les logements à partir de 2027 a inquiété des millions de propriétaires. Entre plan de sobriété énergétique et flambée des prix de l’énergie, beaucoup redoutaient de devoir équiper en urgence leurs radiateurs, avec à la clé plusieurs centaines d’euros à sortir.

Ce scénario se précise pourtant autrement. Jeudi 4 décembre, le ministre de l’Economie Roland Lescure a pris la parole sur le réseau social Bluesky pour démentir toute obligation dès 2027 et annoncer un décalage du calendrier. L’obligation issue du décret n°2023-444 n’est pas supprimée, mais elle est en passe d’être repoussée à 2030, offrant un sursis rare dans le paysage des normes énergétiques… et posant une nouvelle question : que faire de ces trois années de répit.

Thermostat programmable obligatoire : un report de 2027 à 2030 qui rebat les cartes

Sur Bluesky, Roland Lescure a d’abord rassuré frontalement : « Non, le thermostat connecté et programmable ne sera pas obligatoire dès 2027 », a écrit le ministre de l’Economie, cité par Capital. Il a aussitôt précisé : « L’obligation d’installer un thermostat dans les logements et bâtiments existants est en cours de report à 2030 ». Ce revirement concerne la mesure inscrite dans le décret n°2023-444 du 7 juin 2023, signé par Elisabeth Borne, qui rendait obligatoire l’installation d’un système de régulation programmable sur les chauffages des bâtiments privés et publics à compter du 1er janvier 2027, dans le cadre du plan de sobriété énergétique et de la transposition d’une directive européenne.

Contacté par BFMTV, Bercy résume la nouvelle ligne : « L’obligation est en cours de report à 2030, le gouvernement ayant lancé une consultation publique dès novembre pour ajuster le décret. Cette volonté de décalage a été actée il y a quelques semaines. Elle vise à laisser plus de souplesse aux ménages et aux professionnels pour s’équiper ». Selon Adcf.org, ce glissement de calendrier offre trois années de plus aux quelque 27 millions de foyers encore non équipés pour étaler la dépense et éviter une « contrainte financière trop lourde » dans un contexte économique tendu. La mesure reste toutefois un pilier du plan de sobriété lancé en 2022 et ne constitue pas une annulation.

Qui doit installer un thermostat, quel modèle choisir et combien cela coûtera-t-il vraiment ?

Ce report ne change pas le fond du texte : tous les bâtiments résidentiels et tertiaires, neufs comme anciens, sont visés par l’obligation d’un dispositif de régulation et de programmation du chauffage. RMC rappelle que ce sont les propriétaires qui sont responsables de l’installation, les locataires n’apparaissant pas dans la liste des publics concernés. « Le thermostat doit avoir deux fonctions. Il doit à la fois pouvoir régler la température d’une ou plusieurs pièces, mais aussi faire des programmations de températures selon des plages horaires », explique Sylvain Le Falher, fondateur de la plateforme Hello Watt, à BFMTV. Il insiste sur le fait que « les consommateurs ont le choix de leur thermostat » : le décret n’impose pas un modèle connecté en particulier, mais accepte trois familles d’équipements, programmables, connectés ou dits intelligents, dès lors qu’ils permettent ce pilotage pièce par pièce et dans le temps.

Sur le plan financier, la facture peut vite grimper, surtout si l’on équipe un logement entier. Adcf.org chiffre le prix d’un thermostat programmable entre 60 et 250 euros, auxquels s’ajoutent des frais de pose par un professionnel estimés entre 150 et 300 euros. L’aide restante, après la fin de la prime « coup de pouce » en 2024, tourne autour de 10 à 20 euros par radiateur seulement. Sylvain Le Falher détaille auprès de BFMTV : « Pour un thermostat programmable à installer sur une chaudière par exemple, comptez 150 euros et 250 euros avec l’installation par un professionnel. Et pour un thermostat connecté, on est sur une moyenne de 150 euros. Après, tout dépend des modèles, la fourchette s’étend de 80 à 250 euros ». Lorsque des têtes thermostatiques doivent en plus être posées sur chaque radiateur, il évoque un budget qui « peut osciller entre 400 et 600 euros, selon le nombre de pièces du logement ».

Pour autant, l’équipement reste présenté comme interressant sur la durée. « C’est vraiment un équipement intéressant, surtout pour les personnes qui chauffent en continu et se retrouvent face à des surcoûts très importants. Avec un thermostat, les foyers peuvent faire entre 10% et 15% d’économies sur leurs factures d’énergie », explique encore Sylvain Le Falher à BFMTV. Il prend l’exemple d’une facture annuelle de 3.000 euros : « sur une facture de 3.000 euros à l’année, il y a 60% de la consommation qui provient du chauffage, soit 2.000 euros. Et avec 10% à 15% sur cette somme, vous obtenez entre 200 et 300 euros d’économie, donc le prix d’un thermostat ». L’Ademe, citée par Adcf.org, estime que ces boîtiers permettent jusqu’à 15 % d’économies d’énergie liées au chauffage, soit plusieurs millions de tonnes de CO2 évitées chaque année à terme.

Reste que ce caractère rentable ne suffit pas à tout le monde pour passer à l’acte. Sur BFMTV, Bercy assure que « la transition vers le thermostat est accompagnée d’une aide, dont le montant dépend du coût du matériel, de l’offre du fournisseur d’énergie et du nombre de radiateurs ». Mais à ce stade, il n’y a « pas de sanctions prévues » en cas de non-installation, souligne Sylvain Le Falher, qui suggère « d’instaurer plus tard quelque chose de plus contraignant ». En attendant, entre répit budgétaire grâce au report à 2030 et promesse d’économies sur la facture, chaque propriétaire doit arbitrer le moment et le type d’équipement qui lui semblent les plus adaptés.