Aide médicale d’État : ces 600 millions d’économies qui vont transformer l’AME en aide d’urgence dès 2027

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Aide médicale d’État : ces 600 millions d’économies qui vont transformer l’AME en aide d’urgence dès 2027

En quelques heures, un amendement de la commission des finances a rebattu les cartes de l’Aide médicale d’État pour les sans-papiers. Entre impératif budgétaire et alerte sanitaire, le bras de fer politique ne fait que commencer.

En une poignée d’heures à l’Assemblée nationale, un dispositif sanitaire longtemps resté discret s’est retrouvé au centre du débat politique. Les députés de la commission des finances viennent de cibler l’Aide médicale de l’État, ce filet de sécurité qui permet aux étrangers en situation irrégulière d’accéder à des soins en France.

Mercredi 21 octobre 2026, un amendement y a été adopté pour diviser par deux le budget de l’AME et la recentrer sur une nouvelle aide médicale d’urgence, limitée aux soins dits « d’urgence vitale ». Derrière cette formule technocratique, c’est toute la frontière entre couverture globale et prise en charge minimale qui se redessine.

AME divisée par deux : ce qu’a validé la commission des finances

Concrètement, l’amendement voté en commission des finances prévoit de réduire de moitié l’enveloppe consacrée à l’AME, avec l’objectif affiché de générer environ 600 millions d’euros d’économies. Aujourd’hui, ce dispositif offre un panier de soins large à des étrangers en situation irrégulière installés en France depuis plus de trois mois, sous conditions de ressources, qu’il s’agisse de médecine de ville, d’hôpital ou de médicaments.

Pour défendre ce virage, le député d’Eure-et-Loir Guillaume Kasbarian revendique une approche qu’il qualifie de « budgétaire et économique ». « Nous assumons de vouloir faire des économies dans un maximum de domaines et dans un contexte où on a un déficit de 5,4 %, 1 740 milliards d’euros de dépenses publiques et des taux d’intérêt qui sont en train d’augmenter », explique-t-il, en rappelant que selon lui aucun poste ne doit être intouchable face aux dérives des comptes publics. Il évoque aussi « un certain nombre de dérives » observées sur le terrain et lance aux oppositions : « On a bien compris que de l’autre côté, votre objectif est de ne faire aucune économie. Laissez-nous le droit de défendre une vision économique qui n’est pas la vôtre. »

De l’AME à l’aide médicale d’urgence : ce qui changerait pour les soins

Le cœur du texte consiste à remplacer l’AME dite « de droit commun », qui couvre aujourd’hui un large éventail de soins, par un dispositif recentré sur les seuls soins d’urgence vitale. L’amendement renvoie à la définition déjà inscrite à l’article L.254-1 du Code de l’action sociale et des familles : seraient pris en charge les soins dont l’absence pourrait mettre en jeu le pronostic vital ou entraîner une altération grave et durable de l’état de santé, ainsi que ceux liés à la grossesse et à la protection de l’enfant à naître. Selon l’exposé de l’amendement, la dépense actuelle de l’AME est proche de 1,4 milliard d’euros en 2026, avec des économies projetées de plusieurs centaines de millions par an à partir de 2027.

Critère AME actuelle Aide d’urgence envisagée Ordre de grandeur
Objectif Panier de soins global Filet centré sur l’urgence vitale AME ≈ 1,4 Md€ (2026)
Public visé Étrangers sans papiers, > 3 mois en France Même public, droits limités aux urgences Conditions de ressources inchangées
Types de soins Soins courants, hôpital, médicaments Soins vitaux, grossesse, enfant à naître Référence article L.254-1
Budget annuel Près de 1,4 Md€ Environ la moitié conservée Coût futur 600–650 M€/an
Économies visées Aucune coupe affichée Budget divisé par deux ≈ 600 M€ d’économies
Non-recours Près de la moitié des éligibles Risque d’accès encore restreint Non-recours ≈ 49 %

Sur le terrain politique, la confrontation a été immédiate. Sur X, le président de la commission des finances, Éric Coquerel, estime que « l’extrême droitisation de la vie politique franchit un nouveau cap », en visant l’alliance entre le bloc central et le Rassemblement national pour faire adopter l’amendement, dans des propos rapportés par Capital. Le député La France insoumise avance un argument sanitaire, jugeant que « restreindre l’accès aux soins est aussi une aberration sanitaire » et rappelant que « seule la moitié des personnes éligibles recourent déjà à l’AME ». Ce taux de non-recours, évalué à près de 49 % dans les travaux parlementaires, alimente les inquiétudes d’associations et de médecins sur l’accès réel aux soins.

La commission des finances n’est qu’une étape : le texte doit encore être examiné en séance publique, puis lors de la navette entre Assemblée nationale et Sénat, avant une éventuelle application via la loi de finances. Dans l’intervalle, les droits déjà ouverts à l’AME seraient maintenus jusqu’à leur échéance, mais ne seraient plus renouvelés selon le schéma décrit par l’amendement. C’est là que se jouera, très concrètement, le basculement entre un système de couverture large pour les étrangers en situation irrégulière et un dispositif recentré sur l’urgence, au cœur des débats les plus differents du moment.

Sources

En bref

  • Le 21 octobre 2026, la commission des finances de l’Assemblée nationale a voté un amendement visant à réduire de moitié le budget de l’Aide médicale de l’État.
  • Le texte propose de transformer l’AME en une aide médicale d’urgence centrée sur les seuls soins vitaux, au nom d’économies évaluées à environ 600 millions d’euros.
  • Entre arguments de maîtrise des dépenses publiques et dénonciation d’une « aberration sanitaire », le débat parlementaire s’annonce explosif sur l’accès aux soins des sans-papiers.
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