Retraite : le piège de la désindexation des pensions élevées qui va éroder votre pouvoir d'achat pendant des années

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Retraite : le piège de la désindexation des pensions élevées qui va éroder votre pouvoir d’achat pendant des années

À l'approche du budget 2027, l'exécutif envisage de geler ou de sous-indexer les retraites jugées aisées pour combler le déficit. Entre économies rapides et confiance des futurs retraités, cette piste pourrait coûter bien plus cher qu'elle ne rapporte.

À la veille des arbitrages budgétaires, un mot technique crispe les conversations entre retraités : désindexation. Depuis plusieurs semaines, l’exécutif laisse filtrer l’idée d’un gel partiel des pensions des retraités aisés, alors que les dépenses de retraite pèsent lourd dans les comptes publics.

Rien n’est décidé, mais la piste est loin d’être anecdotique : selon les seuils retenus et le choix entre sous-indexation ou gel total, le gain irait de 2 à 6 milliards d’euros, tout en rompant avec la règle d’indexation des pensions sur l’inflation. Cette stratégie pose pourtant une question entiere sur la solidité du système pour les prochaines décennies.

Pourquoi la désindexation des retraites aisées revient dans le débat

Dans le droit commun, les pensions de base suivent les prix à la consommation, pour préserver le pouvoir d’achat. Concrètement, il s’agit de revaloriser les retraites d’un montant équivalent à l’inflation mesurée, là où une sous-indexation reviendrait à augmenter moins que la hausse des prix, voire pas du tout en cas de gel. Entre janvier 2022 et janvier 2026, la flambée des prix a déjà provoqué une hausse d’environ 15 % des pensions de retraite de base, ce qui alimente aujourd’hui l’idée d’une revalorisation plus modérée alors que l’inflation attendue en 2026 est proche de 2 %.

Jeudi, le ministre de l’Économie Roland Lescure a estimé que « la question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, méritait d’être posée », à condition de « préserver les retraités les plus modestes », a-t-il déclaré sur BFMTV. Selon les pistes évoquées, un gel ou une revalorisation limitée des pensions au-dessus d’un certain niveau, parfois situé autour de 3.000 euros brut mensuels, pourrait générer entre 2 et 6 milliards d’euros d’économies. Pour Patrick Aubert, « Si on revalorise les retraites en deçà de l’inflation, cela ne doit pas être sur le postulat que les retraités actuels seraient « trop riches » mais que d’autres dépenses publiques, comme la transition climatique, ou l’éducation sont jugées prioritaires par l’exécutif », souligne le chercheur à l’Institut des politiques publiques, qui estime qu’il faut éviter de voir dans ces pensions élevées une anomalie : « si certains retraités ont des pensions élevées, c’est aussi le résultat des règles du système auxquelles ils ont cotisé ».

Une fausse bonne idée sur le long terme pour le système de retraite ?

Lorsqu’il s’agit de cibler spécifiquement les retraités aisés, l’économiste nuance l’efficacité de l’outil. « Si l’objectif premier est de faire contribuer davantage les retraités les plus aisés à l’effort de finances publiques, la sous-indexation générale des retraites de base n’est probablement pas l’instrument le plus efficace », pointe Patrick Aubert. Il évoque d’autres leviers, comme une évolution des taux de contribution sociale généralisée pour les retraités les plus aisés, une réforme des retraites complémentaires ou de certains abattements fiscaux et sociaux, et plaide pour agir en amont sur la formule de calcul des droits : « L’ajustement du taux d’annuité pourrait notamment servir de levier de pilotage du système, afin de mieux anticiper les évolutions démographiques et financières ». Plusieurs travaux récents donnent un ordre de grandeur des économies possibles.

Mesure Périmètre Économies estimées Enjeu à long terme
Sous-indexation de 2 points d’ici 2030 Pensions de base, tous retraités Retour à l’équilibre au lieu de -6,8 Md€ (CSR) Érosion progressive du pouvoir d’achat, pilotage fin
Gel partiel des pensions élevées en 2027 Pensions au-dessus d’un seuil (ex. 3.000 € brut) 2 à 6 Md€ selon le seuil retenu Risque de sentiment d’injustice, seuil contesté
Report de 6 mois de la revalorisation Toutes pensions concernées une année donnée 3,4 Md€ en 2024 (OFCE) Perte temporaire, mais signal durable pour la confiance

Pour autant, la cible et la durée de ces mesures interrogent. « Si on a un seuil élevé, on ne touchera effectivement que des retraités aisés, mais cela rapporterait peu. Si on a un seuil bas, cela rapporterait davantage, mais cela toucherait finalement des retraités pas si aisés que cela », résume Patrick Aubert. En juillet, le comité de suivi des retraites a estimé qu’une sous-indexation de deux points au total d’ici à 2030 permettrait de ramener à l’équilibre le système, au lieu du déficit de 6,8 milliards d’euros anticipé par le Conseil d’orientation des retraites, tout en appelant à « donner de la visibilité » aux retraités pour éviter un surcroît d’épargne de précaution. En 2024, l’OFCE a de son côté chiffré à 3,4 milliards d’euros les économies qu’aurait générées le simple report de six mois de la revalorisation proposé par Michel Barnier. Sur le terrain social, les organisations syndicales dénoncent un glissement qui finirait par toucher tout le monde : « La moyenne des retraites est plutôt à 1.710 euros, donc on est en train de tenter toujours la même recette en essayant de baisser les niveaux de pensions en commençant par, entre guillemets, les plus hautes pour ensuite s’attaquer à toutes les pensions », a fustigé Denis Gravouil, membre du bureau confédéral de la CGT, sur BFMTV. Pour l’économiste Michael Zemmour, « le pouvoir d’achat des retraités est en baisse depuis plusieurs années en raison notamment de la désindexation déjà effective des retraites complémentaires » et « La seule catégorie de retraités qui ont vu leurs revenus protégés sont ceux avec du patrimoine » ; « Si l’idée est de faire contribuer cette catégorie de population, il serait plus efficace de cibler directement ces revenus », estime-t-il sur BFMTV, tandis que d’autres responsables politiques, comme Thierry Breton, s’opposent à une désindexation partielle en jugeant que l’exécutif doit « assumer » la suspension de la réforme des retraites.

En bref

  • À l'approche du budget 2027, le gouvernement français remet sur la table la désindexation ou sous-indexation des pensions des retraités dits aisés pour réduire les dépenses de retraite.
  • Entre seuil à 3 000 euros brut, scénarios de gel partiel ou de report de revalorisation, les économies iraient de quelques milliards à un retour à l’équilibre au prix d’une érosion durable du pouvoir d’achat.
  • Experts et syndicats alertent toutefois sur les effets de seuil, le sentiment d’injustice et la perte de confiance, ouvrant le débat sur des alternatives comme la CSG ou le ciblage du patrimoine.
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La rédaction Bourse Inside

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