Retrait-gonflement des argiles : ce phénomène qui fissure 12 millions de maisons est une bombe à 500 milliards d'euros

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Retrait-gonflement des argiles : ce phénomène qui fissure 12 millions de maisons est une bombe à 500 milliards d'euros

En France, 12,1 millions de maisons reposent sur des sols argileux fragilisés par la répétition des sécheresses. Comment ce risque invisible, déjà classé principal par la CCR, pourrait-il peser jusqu’à 500 milliards d’euros sur le logement d’ici la fin du siècle ?

Des façades qui se zèbrent, des portes qui coincent, des fenêtres qui ne ferment plus vraiment. Dans de nombreux pavillons, les propriétaires découvrent des fissures parfois spectaculaires, sans forcément en connaître la cause. Derrière ces dégâts se cache un phénomène encore peu connu du grand public : le retrait-gonflement des argiles

Directeur général de la Caisse centrale de réassurance (CCR), Édouard Vieillefond décrit ce risque climatique comme « le risque principal aujourd’hui […] le plus fort en France », a-t-il souligné sur BFM Business le 22 juillet. Il estime à 500 milliards d’euros le coût potentiel de la prise en charge du retrait-gonflement des argiles d’ici la fin du siècle, dans un pays où plus de 60 % des maisons individuelles, soit 12,1 millions, se trouvent en zone d’exposition moyenne ou forte. Une facture appelée à s’alourir avec le réchauffement climatique.

Retrait-gonflement des argiles : pourquoi les maisons se fissurent

Dans le jargon des experts, on parle de retrait-gonflement des argiles. Concrètement, ces terrains argileux se gorgent d’eau lors des épisodes pluvieux, ce qui correspond à la phase de gonflement, puis ils se rétractent en cas de fortes sécheresses, c’est la phase de retrait. Cette alternance fait travailler les fondations : les mouvements du sol finissent par fissurer les murs, déstabiliser les dalles, déformer les encadrements de portes et de fenêtres.

Le phénomène s’inscrit dans un contexte climatique plus large où, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), canicules, intempéries violentes et inondations rendent les logements moins adaptés aux nouvelles conditions météo. Le CESE rappelle par exemple qu’ »1 Français sur 3 vit dans une bouilloire thermique », signe que le parc résidentiel subit déjà de plein fouet la crise climatique. Pour les sols argileux, cette pression se traduit par des cycles de sécheresse et de réhydratation plus marqués, qui multiplient les sinistres sur les maisons individuelles.

Maisons fissurées : une bombe à 500 milliards d’euros et la question de qui paie

Les données publiques montrent que 72 % de la surface de la France métropolitaine est exposée au retrait-gonflement des argiles, dont 55 % à un niveau moyen ou fort. Autrement dit, les 12,1 millions de maisons déjà situées en zone d’exposition significative ne sont pas un cas marginal, mais bien le cœur du parc pavillonnaire. Les coûts suivent la même tendance : le coût annuel moyen du phénomène a été évalué à environ 375 millions d’euros par an entre 1995 et 2015, puis autour de 1,5 milliard d’euros par an sur la période 2018-2022, avec une année 2022 à elle seule autour de 3,5 milliards d’euros d’indemnisations.

Indicateur Valeur Période Impact pour le logement
Maisons individuelles en zone RGA moyenne ou forte 12,1 millions, soit plus de 60 % du parc Années 2020 Une majorité de pavillons déjà exposés au risque de fissures
Coût annuel moyen RGA 375 millions d’€ par an Période 1995-2015 Point de comparaison avec la hausse récente des sinistres
Coût annuel moyen RGA 1,5 milliard d’€ par an Période 2018-2022 Coût quadruplé par rapport aux deux décennies précédentes
Indemnisations sécheresse RGA 3,5 milliards d’€ (catastrophes naturelles) Année 2022 Montre l’effet d’un seul épisode de sécheresse extrême
Projection de sinistralité RGA +44 % à +162 % selon scénarios Horizon 2050 Anticipe une augmentation forte des indemnisations futures
Coût cumulé possible du RGA Jusqu’à 500 milliards d’€ (estimation CCR) D’ici la fin du siècle Mesure l’enjeu financier global pour le système Cat Nat

Derrière ces montants, se pose la question du financement. Le retrait-gonflement des argiles est couvert par le régime des catastrophes naturelles, financé par les assurés via leur assurance habitation et géré par la CCR, comme les inondations ou les tremblements de terre. Pour chaque sinistre reconnu, les particuliers doivent s’acquitter d’une franchise spécifique, autour de 1 520 euros pour l’habitation, avant prise en charge par l’assurance. Pour Édouard Vieillefond, la situation « ne se gère que par la prévention ». Il plaide pour des aides ciblées et un parcours simplifié pour les propriétaires.

Le dirigeant imagine « un particulier doit pouvoir appeler quelqu’un, par exemple son assureur, en disant ‘est-ce que je suis éligible ? Est-ce que je peux avoir quelque chose ? Et même est-ce que vous pouvez vous en occuper ?’ Parce que la démarche administrative est évidemment extrêmement complexe, et lourde ». En parallèle, le CESE propose de créer une mission « Habitat Catastrophes » pour intégrer pleinement l’adaptation climatique dans les politiques de logement. Entre prévention, aides publiques et évolution du régime d’assurance, les prochains arbitrages diront comment cet énorme risque sera partagé entre État, assureurs et ménages.

En bref

  • Le 22 juillet, le directeur général de la Caisse centrale de réassurance alerte sur le retrait-gonflement des argiles, un risque climatique qui menace 12,1 millions de maisons en France.
  • Les données montrent une explosion des coûts, avec un passage de 375 millions à 1,5 milliard d’euros par an, une année 2022 à 3,5 milliards et une facture cumulée qui pourrait atteindre 500 milliards d’ici 2100.
  • Prévention des fissures, aides publiques ciblées, règles Cat Nat et franchises d’assurance : l’enjeu désormais est de savoir qui supportera ce fléau du logement et comment s’y préparer.
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