TVA à 5,5% sur les climatiseurs réversibles : pourquoi cette mesure annoncée n'apparaît toujours pas sur les devis

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Entre TVA 5,5% sur le climatiseur réversible et votes simplifiés pour volets et stores en copropriété, le gouvernement promet un été plus supportable. Mais dans des logements déjà qualifiés de « bouilloires thermiques », le calendrier interroge.

TVA à 5,5% sur les climatiseurs réversibles : pourquoi cette mesure annoncée n’apparaît toujours pas sur les devis

Une nouvelle caniculle a frappé la France et remis au premier plan une question très concrète : comment garder un logement supportable l’été sans faire exploser les factures d’énergie ? Dans ce contexte, le gouvernement met en avant un paquet « confort d’été » mêlant baisse de la TVA 5,5% climatiseur réversible et facilitation de l’installation de volets ou de stores dans les copropriétés.

Vingt-trois ans après la canicule de 2003 et un mois après la première vague de chaleur de 2026, cet enjeu reste décrit comme un angle mort de la politique du logement. Selon une étude menée par IGNES et Pouget Consultants sur 9 millions de diagnostics de performance énergétique, près d’un logement sur deux est aujourd’hui considéré comme une « bouilloire thermique », et environ 43% des habitations ne disposent pas de volets ou de stores sur toutes les façades exposées au soleil. Le temps commence à manquer.

TVA 5,5% sur les climatiseurs réversibles : où en est-on vraiment ?

Pour l’instant, une climatisation réversible installée dans un logement de plus de deux ans reste soumise au régime classique : le matériel est en général facturé avec une TVA de 20% et la main-d’œuvre bénéficie d’un taux réduit de 10% lorsque l’installation, le raccordement et la mise en service sont réalisés par un professionnel, comme le rappelle Engie. Le gouvernement a promis d’alléger la note pour les pompes à chaleur air-air en ramenant la taxe à 10% sur l’équipement et à 5,5% sur la pose à partir de septembre 2026, mais Vincent Jeanbrun a indiqué que les décrets d’application de cette mesure de loi de finances doivent encore être publiés et qu’ils devraient être « signés très prochainement ». Pour y voir clair, le tableau ci‑dessous récapitule les principaux cas.

Poste / mesure Taux actuel Taux annoncé Statut au 27 juin 2026
PAC air-air : équipement (matériel seul) 20% 10% Réforme votée, décrets en attente
PAC air-air : pose (main-d’œuvre) 10% (logement > 2 ans) 5,5% Réforme votée, décrets en attente
PAC air-air : installation complète 20% matériel + 10% pose 10% matériel + 5,5% pose Non appliqué sur la plupart des devis

L’exécutif présente cette baisse de TVA comme un levier supplémentaire pour les rénovations d’ampleur financées par MaPrimeRénov’. Selon le ministère, un tiers de ces chantiers incluent déjà des gestes de confort d’été et « Lorsque les fenêtres sont remplacées, les volets le sont souvent également », commente l’entourage du ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. Ce dernier affirme que « la question du confort d’été devra systématiquement figurer dans le cahier des charges (du guichet), sur la base duquel on accepte ou pas de subventionner les travaux » et que « Nous allons former dans l’année à venir tous les interlocuteurs qui, de près ou de loin, accompagnent le parcours MaPrimeRénov’ (espaces-conseil, Mon accompagnateur Rénov’…) au confort d’été ». Il met en avant le fait que « 14.000 rénovations d’ampleur ont installé une climatisation réversible », en visant les pompes à chaleur air-air. Pour Audrey Zermati, il s’agit, dans l’univers des climatiseurs, de la solution « à privilégier ». « Une PAC air-air peut suffire l’hiver pour chauffer un logement, notamment dans les régions tempérées du sud de la France », ajoute la porte-parole d’Effy. Ces équipements rejettent toutefois de la chaleur à l’extérieur et, en cas de fuite, des gaz à effet de serre très puissants, ce qui impose une maintenance suivie. Dans le même temps, le plafond d’aides pour un ménage modeste a été abaissé de 63.000 à 32.000 euros en 2026, et les anciennes offres de climatisation à 1 euro, réservées à d’autres équipements que les PAC air-air, ont disparu depuis 2020.

Volets, stores et copropriété : la bataille du confort d’été

Sur le terrain, ces ajustements fiscaux ne suffisent pas à corriger les failles du diagnostic de performance énergétique (DPE) face aux fortes chaleurs. « Sa méthode de calcul reste très déséquilibrée en faveur de la partie hivernale », explique Audrey Zermati, porte-parole de l’entreprise de rénovation énergétique Effy. « Il n’intègre pas l’orientation des ouvrants vers le nord ou le sud, ni les gains d’une pompe à chaleur réversible (PAC dite « air-air ») », qui sera considérée uniquement comme un appareil consommant de l’électricité ». Résultat : plus d’un tiers des logements classés A ou B au DPE sont d’ailleurs « insuffisamment protégés contre la surchauffe ». Ils ont obtenu la note « insuffisante » (niveau 3/3) sur le critère du confort d’été du DPE, ce qui « interpelle sur la bonne prise en compte du confort d’été principalement dans la rénovation », précise l’étude IGNES-Pouget.

Pour limiter la surchauffe sans généraliser la climatisation, les protections solaires restent la première barrière : environ 43% des logements français ne possèdent pas de volets ou de stores sur l’ensemble des fenêtres exposées au soleil, ce qui transforme vite un appartement en logement difficile à vivre pendant les épisodes de chaleur. Le gouvernement veut donc faciliter les travaux de confort d’été en copropriété en permettant de les voter à la majorité simple, et non plus à la majorité absolue prévue par la loi de 1965. « En réalité, il y a une difficulté majeure à obtenir la majorité dans le conseil syndical pour voter ces travaux et vous avez des copropriétaires qui disent: ‘Moi, je n’ai pas les moyens, la banque ne me prêtera pas d’argent, j’ai 85 ans' », a encore déclaré Vincent Jeanbrun. « Nous travaillons donc à faire en sorte que le prêt bancaire ne soit plus un prêt à l’individu, mais à la copropriété, et que les copropriétaires puissent voter ces travaux de rénovation globale en assemblée générale à la majorité simple », a-t-il ajouté, en visant l’installation de stores, de volets, de brasseurs d’air ou de pompes à chaleur qui, mal dimensionnées, peuvent aussi renforcer les « îlots de chaleur » urbains.

En bref

  • En juin 2026, après une nouvelle canicule et l’étude IGNES-Pouget sur les « bouilloires thermiques », le gouvernement de Vincent Jeanbrun avance un plan confort d’été mêlant TVA 5,5% climatiseur réversible et aides aux protections solaires.
  • La réforme abaisse en théorie la TVA sur les PAC air-air et veut permettre aux copropriétés de voter volets, stores ou brasseurs d’air à la majorité simple, mais décrets manquants et règles de vote complexes freinent encore les chantiers.
  • Entre DPE peu adaptés aux fortes chaleurs, MaPrimeRénov’ sous contraintes et risque d’îlots de chaleur, la question demeure : ces mesures arrivent-elles assez vite pour rendre les logements supportables l’été ?
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