AAH après 62 ans : ce que le gouvernement vient de décider pour les handicaps entre 50 et 79 % inquiète les bénéficiaires à l'approche de la retraite

Par Paul Graph - Publié le

À quelques mois de leurs 62 ans, des milliers de bénéficiaires de l’AAH s’inquiètent pour leurs revenus. Pourquoi le gouvernement réserve‑t‑il le maintien jusqu’à 67 ans aux handicaps d’au moins 80 % ?

AAH après 62 ans : ce que le gouvernement vient de décider pour les handicaps entre 50 et 79 % inquiète les bénéficiaires à l’approche de la retraite

À l’approche de leurs 62 ans, beaucoup de bénéficiaires de l’Allocation aux adultes handicapés (**AAH**) se demandent s’ils vont conserver cette ressource une fois l’âge légal de la retraite atteint. Cette allocation, qui peut atteindre 1 033,32 € par mois aujourd’hui pour une personne seule sans autres revenus, reste pour plus d’un million de personnes un soutien central pour payer le loyer, les soins et les dépenses du quotidien.

Depuis la loi de finances pour 2023, une partie seulement des allocataires peut garder l’**AAH après 62 ans** : ceux dont le taux d’incapacité est le plus élevé. Plusieurs députés ont donc interpellé en juillet et août 2025 la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles de l’époque, Catherine Vautrin, pour demander un élargissement aux autres personnes en situation de handicap. Selon eux, cette évolution permettrait « de garantir l’égalité des droits, de favoriser l’insertion durable et d’éviter des situations d’exclusion sociale injustes », ont-ils fait valoir, cités par Notre Temps. La réponse du gouvernement, tombée début décembre, ferme pourtant la porte à cette piste.

AAH après 62 ans : un maintien réservé aux taux d’incapacité d’au moins 80 %

Les questions parlementaires visaient une mesure précise de la loi de finances 2023 : elle autorise certains bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés à continuer à la percevoir au-delà de 62 ans. Sont concernés les allocataires dont le taux d’incapacité permanente est supérieur ou égal à 80 %, à condition qu’ils exercent une activité professionnelle à 62 ans et qu’ils n’aient pas l’obligation de liquider leurs droits à la retraite. Concrètement, ces personnes peuvent conserver l’**AAH jusqu’à 67 ans**, tout en poursuivant leur activité.

Pour les associations, cette ouverture a été saluée, mais jugée très limitée, car elle exclut les personnes dont le taux d’incapacité se situe entre 50 % et 79 %. C’est précisément sur ce point que les députés ont demandé au gouvernement d’étendre le dispositif, au nom de la réduction des inégalités entre profils de handicap et de l’accès à l’emploi. La nouvelle ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq, a répondu le 2 décembre 2025 en rappelant que, pour les personnes en dessous de 80 %, l’AAH repose sur la notion de RSDAE (restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi). « Maintenir le droit à l’AAH résultant d’un taux d’incapacité compris entre 50° et 79° au-delà de l’âge de la retraite entre en contradiction avec la nécessité pour les bénéficiaires d’attester d’une RSDAE, alors même qu’ils sont retraités », a-t-elle estimé, citée par MoneyVox.

  • Taux d’incapacité ≥ 80 % : possible maintien de l’AAH après 62 ans, jusqu’à 67 ans, pour les personnes qui travaillent encore à 62 ans.
  • Taux d’incapacité entre 50 % et 79 % : l’extension du maintien de l’AAH après 62 ans n’est pas retenue par le gouvernement.

Entre 50 % et 79 % d’incapacité : retraite pour inaptitude, ASPA et légère revalorisation de l’AAH

Pour les bénéficiaires de l’AAH dont le taux d’incapacité est inférieur à 80 %, le gouvernement rappelle que la bascule vers la retraite se fait automatiquement à 62 ans, au titre de la retraite pour inaptitude. Ce dispositif leur garantit une retraite à taux plein dès cet âge, même s’ils ne réunissent pas la durée d’assurance nécessaire. En cas de droits à la retraite faibles ou nuls, ces personnes peuvent solliciter l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) dès 62 ans, une aide dont le montant maximal est équivalent à celui de l’AAH. Le cumul entre la pension de retraite, l’ASPA et un éventuel revenu d’activité reste possible, sous conditions, mais aucun maintien spécifique de l’AAH au-delà de 62 ans n’est prévu pour ce public.

En parallèle, le contexte financier de l’**AAH** continue d’évoluer. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (**PLFSS 2026**) prévoyait initialement un gel des revalorisations, finalement supprimé par les députés le 12 novembre. Selon les estimations reprises par les acteurs du secteur, la revalorisation prestations sociales avril 2026 atteindrait 0,9 % : le montant de l’AAH, aujourd’hui fixé à 1 033,32 €, pourrait ainsi passer à 1 042,62 € au 1er avril 2026. Mais parmis les mesures examinées figurent aussi la suppression, à partir d’avril 2026, de l’abattement spécifique de l’AAH dans le calcul de la prime d’activité, avec une perte moyenne estimée entre 100 et 150 € par mois pour les travailleurs handicapés en ESAT, des réductions de crédits pour l’emploi accompagné et les entreprises adaptées qui pourraient menacer près de 3 000 postes, ou encore un reste à charge accru pour certains soins. Dans un contexte de déficit public de 17,5 milliards d’euros (contre 23 milliards en 2025), les associations et syndicats estiment que les personnes handicapées restent très exposées aux arbitrages budgétaires, alors même que la question de leurs revenus après 62 ans demeure particulièrement sensible.