Arnaque au faux conseiller bancaire : en une soirée, elle perd 8 mois de salaire et ce que lui propose sa banque derrière est encore pire

Par Paul Graph - Publié le

Un simple SMS de livraison, un appel du prétendu service fraude, et le compte d’Harmonie se vide de plus de 14 000 euros en une soirée. Comment cette arnaque au faux conseiller bancaire piégeant plus d’un million de Français peut-elle encore frapper si vite ?

Arnaque au faux conseiller bancaire : en une soirée, elle perd 8 mois de salaire et ce que lui propose sa banque derrière est encore pire

Un simple SMS pour un colis en attente, quelques euros demandés pour des frais d’affranchissement, puis un appel d’un prétendu « service fraude » de votre banque : le scénario paraît banal. Pour Harmonie, préparatrice en pharmacie et mère de famille célibataire, cette succession d’événements a pourtant fait disparaître en une soirée l’équivalent de près de huit mois de salaire, vidant son compte sous ses yeux.

Son histoire, racontée dans l’émission Sept à Huit Life sur TF1, commence après l’achat en ligne d’une paire de chaussures jamais livrée. Deux semaines plus tard, elle reçoit un texto lui proposant de reprogrammer la livraison et lui réclamant 2,50 euros de frais. En cliquant et en renseignant ses coordonnées bancaires, elle ouvre sans le savoir la porte à une arnaque au faux conseiller bancaire aujourd’hui en plein essor en France.

Arnaque au faux conseiller bancaire : du SMS de livraison à l’appel du “service fraude”

Le premier piège repose sur un SMS de livraison frauduleux, typique du phishing. Harmonie choisit un créneau, paie les 2,50 euros demandés et renseigne les données de sa carte, persuadée d’effectuer une simple formalité. « On me donne un créneau horaire à choisir, je valide et à la fin, on me demande des frais de livraison de 2,50 euros. Donc, je donne mon numéro de carte bleue, mon cryptogramme et la date de validité. Jamais je me suis dit : ‘ce matin, j’ai subi une arnaque’. », raconte Harmonie dans Sept à Huit Life sur TF1. Ce petit paiement permet aux escrocs de vérifier que la ligne est active et de récupérer des éléments bancaires clés.

Très vite, le téléphone sonne : sur l’écran, c’est le vrai numéro de l’agence ou du service fraude qui apparaît grâce au spoofing, cette technique qui permet d’usurper un numéro officiel. L’interlocuteur, calme et rassurant, affirme qu’une opération suspecte est en cours et demande d’installer un logiciel de partage d’écran comme AnyDesk ou TeamViewer pour « protéger » le compte. Une fois le partage lancé, il voit tout : espace client, codes, validations de paiements. Sous couvert d’annuler des débits frauduleux, il récupère les identifiants et valide en direct des opérations, profitant au passage de ficelles bien rodées comme le sentiment d’urgence, le vocabulaire du « service fraude » et la réutilisation d’informations personnelles déjà connues pour paraître interressant.

Huit mois de salaire envolés, double peine et premières ripostes des banques

Quand Harmonie réalise ce qui s’est passé, il est trop tard : plus de 14 000 euros se sont envolés. « Il y a eu des locations de voitures, apparemment, qui ont été faites, pour la somme de 4.731 euros, et d’autres dépenses qui ont été faites aussi pour des achats de jeux de consoles. Aujourd’hui, je me sens bête, je me sens stupide d’être tombée dans ce piège. », confie-t-elle à TF1. Sa banque, la Caisse d’Epargne, refuse de la rembourser, estimant qu’elle a validé les opérations. Pour éviter l’interdit bancaire lié à un prélèvement de carte bleue de 14 200 euros non provisionné, l’établissement lui propose un prêt de 16 500 euros sur 10 ans à 7 %, soit près de 6 000 euros d’intérêts supplémentaires. « Elle (la Caisse d’Epargne, Ndlr) ne m’a pas donné le choix parce que sinon je me retrouvais interdit bancaire le mois suivant comme il allait y avoir un prélèvement de 14 200 euros de carte bleue qu’il n’y avait pas sur le compte. C’est la double peine. On me vole 14 000 euros et en plus derrière, on me demande encore de repayer sur ce vol. », déplore Harmonie, qui a saisi le médiateur de la Fédération bancaire française, sans succès.

Le cas d’Harmonie n’est pas isolé : plus d’un million de Français sont victimes d’escroqueries chaque année, pour un préjudice estimé à 1,2 milliard d’euros, et en 2024, quelque 382 millions d’euros auraient été détournés via des fraudes par manipulation. Certaines victimes, comme Patrice, 67 ans, cité par Midi Libre, ne sont toujours pas remboursées des années après : « J’ai fait ça pour faire plaisir à tout le monde, et au total, ça m’a coûté beaucoup d’argent », raconte-t-il, avant de résumer la réponse de sa banque : « Ils ne veulent rien savoir. Pour eux c’est statué, fini, au revoir et merci. » « Je me suis retrouvé en vacances sans un centime. Heureusement que ma compagne était avec moi. » Face à ce fléau, la néobanque Revolut, qui revendique 6 millions de clients en France, a lancé une bannière de vérification qui s’affiche pendant les appels : « Si l’appelant n’est pas Revolut, l’utilisateur voit apparaître une bannière claire et urgente l’informant qu’il n’est pas en ligne avec Revolut », a indiqué Revolut, selon Capital. « la nouvelle fonctionnalité est déjà active pour tous les clients Revolut disposant d’un appareil iOS ». Une tentative de couper court, en temps réel, à l’arnaque au faux conseiller bancaire, tandis que les établissements traditionnels continuent souvent de contester les remboursements en invoquant la « négligence » de leurs clients.

En bref

  • En France, Harmonie, préparatrice en pharmacie, tombe dans une arnaque au faux conseiller bancaire après un SMS de livraison frauduleux et un appel du pseudo service fraude.
  • En quelques minutes, un partage d’écran permet aux escrocs de vider son compte de plus de 14 000 euros, avant que sa banque refuse le remboursement et lui impose un crédit coûteux.
  • Sur fond de plus d’un million de victimes par an, les banques invoquent la négligence tandis que de nouvelles protections comme la bannière d’alerte de Revolut tentent de réduire ce fléau.