Assurance vie : cumuler plusieurs contrats plutôt qu’un seul PEA, la stratégie méconnue pour doper vos gains, payer moins d’impôts et protéger vos économies

Par Paul Graph - Publié le

Un seul PEA par personne, mais autant d’assurances-vie que vous le souhaitez : derrière cette liberté se cachent des enjeux de rendement, de fiscalité et de transmission. Comment structurer vos contrats sans vous disperser ?

Assurance vie : cumuler plusieurs contrats plutôt qu’un seul PEA, la stratégie méconnue pour doper vos gains, payer moins d’impôts et protéger vos économies

Un seul PEA par personne, mais autant de contrats d’assurance vie que l’on veut : la règle surprend souvent les épargnants. Pourquoi la loi encadre-t-elle strictement le premier, quand le second peut se multiplier sans limite, chez le même assureur ou auprès de plusieurs compagnies, sans plafond de versements ? La question devient concrète dès que l’on commence à accumuler du patrimoine financier.

En pratique, les Français utilisent largement cette liberté : on dénombre aujourd’hui près de 56 millions de contrats d’assurance vie pour 19 millions de détenteurs, selon le site spécialisé Le Revenu. Beaucoup choisissent de répartir leur argent sur plusieurs enveloppes plutôt que de tout concentrer sur un seul contrat, pour des raisons de performance, de transmission, de fiscalité ou de sécurité. Derrière cette apparente complexité, une logique se dessine.

PEA, assurance vie : ce que change la possibilité de cumuler plusieurs contrats

Le plan d’épargne en actions reste un outil très ciblé. D’après les éléments rassemblés par Ramify, le PEA permet d’investir à long terme en actions européennes et ETF, avec des frais généralement faibles et une fiscalité avantageuse après cinq ans, période à partir de laquelle les gains ne supportent plus d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux restant dus. La contrepartie est double : un plafond de versement de 150 000 euros pour un PEA classique, et l’impossibilité d’ouvrir plus d’un plan par personne, ce qui limite les marges de manœuvre.

L’assurance vie, à l’inverse, n’impose ni plafond de versements, ni limite de nombre de contrats. Elle offre en plus une grande flexibilité de retraits, possibles sans clôturer le contrat, et un rôle central dans la préparation de la retraite ou la transmission de patrimoine, avec des abattements spécifiques en cas de décès, par exemple 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans et 30 500 euros à se partager pour les versements après 70 ans, comme le rappelle Ramify. Cette liberté d’ouvrir plusieurs contrats devient alors un levier d’organisation patrimoniale à part entière.

Cumuler plusieurs assurances vie : performance, transmission, fiscalité

Premier enjeu, la recherche de rendement. Tous les fonds en euros ne se ressemblent pas : en 2024, leur rendement moyen tournait autour de 2,6 % nets de frais de gestion, mais certains contrats dépassaient 3 % quand d’autres restaient sous 2 %. Avoir plusieurs assurances vie permet de ne pas rester bloqué sur un fonds en euros durablement peu performant et d’accéder à davantage d’unités de compte, comme des ETF, des SCPI ou des fonds immobiliers, selon les contrats. « J’ai tout misé sur un seul contrat pourtant réputé à l’époque. Aujourd’hui, je le regrette. Le rendement du fonds en euros est décevant », confiait ainsi un épargnant cité par Le Revenu, illustrant le risque de tout concentrer sur une seule enveloppe.

Concrètement, détenir plusieurs contrats peut répondre à quatre grands objectifs :

  • rechercher de meilleures performances financières avec des fonds euros et unités de compte variés ;
  • organiser plus finement la transmission aux différents bénéficiaires ;
  • affiner la fiscalité de ses rachats en choisissant d’où provient l’argent retiré ;
  • renforcer la protection de son épargne en cas de défaillance d’un assureur.

Côté transmission, certains épargnants choisissent par exemple de dédier un contrat à leur conjoint, un autre à leurs enfants et un troisième à leurs petits-enfants. Cette organisation simplifie la rédaction des clauses bénéficiaires et peut éviter des blocages au moment du décès. Autre aspect souligné par les professionnels : les bénéficiaires d’un contrat distinct ne connaissent pas forcément les montants transmis aux autres héritiers, ce qui préserve une certaine discrétion. Ouvrir un nouveau contrat après 70 ans permet aussi de bien distinguer les versements effectués avant et après cet âge, soumis à des règles successorales différentes.

Sécurité et garanties : pourquoi certains répartissent aussi entre plusieurs assureurs

Sur le plan fiscal courant, lors d’un rachat, seuls les gains inclus dans la somme retirée sont imposés. Disposer de plusieurs assurances vie donne la possibilité de piocher en priorité dans le contrat qui a le moins progressé, afin de limiter la part de gains taxés. Ramify rappelle par ailleurs qu’après huit ans, l’assurance vie bénéficie d’abattements annuels de 4 600 euros pour une personne seule et 9 200 euros pour un couple sur la part imposable des retraits. Ce jeu sur l’antériorité fiscale et sur le choix du contrat à désinvestir intéresse particulièrement les épargnants fortement imposés, qui cherchent à mieux maitriser le coût de leurs rachats au fil du temps.

Il faut aussi reflechir à la protection en cas de défaillance. Les dépôts bancaires classiques (compte courant, livrets bancaires) sont couverts par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution, à hauteur de 100 000 euros par client et par établissement. « Quelqu’un qui possède moins de 100 000 euros sur ses comptes peut considérer que ses dépôts bancaires sont protégés », explique Eliott Amsellem, conseiller en gestion de patrimoine, interrogé par Capital. Pour l’assurance vie, c’est un autre dispositif qui intervient : le Fonds de garantie des assurances de personnes couvre jusqu’à 70 000 euros par assureur et par personne. Répartir ses contrats entre plusieurs compagnies permet donc, pour les gros encours, de rester sous ce plafond chez chaque assureur. « Répartir son épargne entre différentes banques peut constituer une stratégie supplémentaire de protection », souligne encore Eliott Amsellem, qui voit régulièrement revenir ces inquiétudes. « Un client me posait encore récemment des questions sur la sécurité de ses fonds en cas de faillite bancaire », raconte le conseiller en gestion de patrimoine. Il rappelle toutefois le caractère extrême d’un tel scénario pour une grande institution : « Les grandes institutions financières sont fortement encadrées et considérées comme systémiques. Historiquement, les États interviennent généralement pour éviter un effet domino sur toute l’économie », précise-t-il.

En bref

  • En France, le PEA est limité à un plan par personne avec un plafond de versement, alors que l’assurance-vie permet d’ouvrir autant de contrats que souhaité sans limite de montant, ce qui en fait un outil central de l’épargne patrimoniale.
  • Cumuler plusieurs assurances-vie aide à diversifier fonds en euros et unités de compte, à organiser la transmission via des clauses bénéficiaires dédiées, et à optimiser la fiscalité des retraits selon la performance et l’antériorité de chaque contrat.
  • La répartition de l’épargne entre plusieurs assureurs permet aussi de rester sous le plafond de garantie du FGAP et s’intègre dans une stratégie globale où PEA et assurances-vie se complètent plutôt qu’ils ne se concurrencent.