Champions de l’épargne : en 2024-2025, les Français mettent près de 19 % de leur revenu de côté, mais ces écarts entre générations révèlent un fossé inquiétant

Par Paul Graph - Publié le

Portés par l’inflation et les crises, les ménages français affichent en 2024‑2025 l’un des taux d’épargne les plus élevés d’Europe. Mais derrière ces records, qui parvient vraiment à mettre de côté et quels placements sortent gagnants ?

Champions de l’épargne : en 2024-2025, les Français mettent près de 19 % de leur revenu de côté, mais ces écarts entre générations révèlent un fossé inquiétant

Entre l’inflation qui dure, les crises à répétition et les inquiétudes pour la retraite, les ménages resserrent les cordons de la bourse. Résultat : loin du cliché de la « cigale », les Français mettent une part importante de leur revenu de côté, que ce soit sur des livrets, des contrats d’assurance-vie ou pour un achat immobilier futur.

Les derniers chiffres de taux d’épargne des ménages montrent un niveau autour de 18 à 19 % du revenu disponible en 2024 et 2025, bien au-dessus de la moyenne observée avant le Covid et parmi les plus élevés d’Europe, derrière l’Allemagne mais devant l’Espagne ou l’Italie où il tourne autour de 13 %. Une performance de « champions de l’épargne » qui se retrouve aussi dans les montants mis de côté chaque mois… mais avec de forts écarts entre les générations et selon le type de placement.

Un taux d’épargne record pour les ménages français

Par définition, le taux d’épargne correspond à la part du revenu disponible qui n’est pas dépensée en consommation mais consacrée à des placements financiers ou au remboursement des crédits. Avant la pandémie, il oscillait autour de 14 à 15 %. Pendant le confinement, il a bondi jusqu’à environ 26 % au deuxième trimestre 2020, quand les foyers ne pouvaient presque plus consommer. Depuis, il a reflué, mais reste élevé : proche de 16 à 17 % en 2022-2023, puis environ 18,2 % en 2024 et jusqu’à près de 18,9 % en 2025 selon les estimations relayées par l’INSEE et Eurostat.

Vu d’Europe, cela place les Français champions de l’épargne ou presque : la France affiche le deuxième taux d’épargne de l’Union européenne, derrière l’Allemagne aux alentours de 20 %, et loin devant plusieurs pays du Sud où l’effort d’épargne est moindre. Dans le détail, près de 7 Français sur 10 déclarent mettre régulièrement de l’argent de côté, plus de 85 % détiennent un Livret A, environ la moitié une assurance-vie et près d’un quart un Plan d’Épargne Retraite (PER). Un constat interresant pour un pays souvent décrit comme anxieux face à l’avenir.

Combien les Français épargnent-ils vraiment, et où placent-ils leur argent ?

Rapportée au niveau de vie, l’épargne moyenne atteint environ 7 306 euros par an, soit près de 609 euros par mois et par ménage. Derrière cette moyenne se cachent toutefois de fortes disparités selon l’âge. Les données disponibles indiquent par exemple :

  • autour de 80 euros par mois mis de côté chez les 18-24 ans,
  • des montants qui montent progressivement chez les actifs,
  • jusqu’à environ 721 euros par mois chez les 70 ans et plus.

La grande majorité des ménages épargne chaque mois, entre 73 et 88 % selon les baromètres, mais près de la moitié peine à dépasser 5 % de leur revenu mensuel. En clair, quelques ménages aisés tirent fortement la moyenne vers le haut, quand d’autres n’ont qu’une faible marge une fois les dépenses contraintes payées.

Côté placements, les livrets réglementés restent la base de l’épargne de précaution : Livret A et LDDS conservent leurs règles actuelles et servent de « matelas » disponible en cas de coup dur. Pour les sommes plus importantes et les horizons longs, l’assurance-vie domine avec un encours d’environ 2 068 milliards d’euros à l’été 2025, dont près de 40 % des versements orientés vers des unités de compte plus risquées mais potentiellement plus rémunératrices. Le PER poursuit aussi sa montée en puissance, autour de 130 milliards d’euros d’encours et 12 millions de détenteurs. Enfin, l’immobilier reste l’autre grand placement préféré, entre résidence principale, investissement locatif et épargne logement, renforcé par le nouveau PEL à 2 % brut en 2026 réservé aux plans fraîchement ouverts. Dans ce contexte, la loi de finances 2026 maintient une fiscalité globalement stable sur le capital, avec une flat tax de 30 % et un barème de l’impôt sur le revenu revalorisé de 0,9 %, tout en conservant l’abattement de 10 % sur les retraites et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, ce qui pèse aussi dans les choix d’épargne des ménages.

En bref

  • Entre inflation persistante, crises successives et inquiétudes pour la retraite, les ménages français ont porté leur taux d’épargne autour de 18 à 19 % du revenu disponible en 2024‑2025, l’un des plus élevés d’Europe.
  • Malgré une épargne moyenne de 609 € par mois et par ménage, les montants varient fortement selon l’âge et le niveau de revenu, tandis que livrets réglementés, assurance‑vie, PER et immobilier concentrent l’essentiel des placements.
  • Avec un PEL à 2 % brut en 2026, une flat tax maintenue à 30 % et un barème de l’impôt sur le revenu seulement revalorisé de 0,9 %, la fiscalité change peu mais continue d’orienter les choix des Français, champions prudents de l’épargne.