Chute du dollar : ces fonds US et ETF World dans votre assurance-vie ou PEA peuvent déjà plomber votre épargne sans que vous le sachiez

Par Paul Graph - Publié le

Le dollar a perdu près de 11 % face à l’euro et cette glissade ne concerne pas que Wall Street. Vos assurances-vie, PEA et ETF en subissent peut-être déjà les effets sans que vous ayez encore identifié où se loge ce risque de change.

Chute du dollar : ces fonds US et ETF World dans votre assurance-vie ou PEA peuvent déjà plomber votre épargne sans que vous le sachiez

Le dollar n’avait pas été aussi faible face à l’euro depuis 2021. Le 27 janvier, la monnaie unique a franchi la barre symbolique des 1,20 dollar avant de revenir à 1,18 dollar ce lundi 2 février, signe que le billet vert a perdu près de 11 % de sa valeur en un an. Donald Trump s’est même dit « à l’aise » avec un dollar faible pour doper les exportations américaines, selon Capital. Vu de loin, ce ballet de chiffres ressemble à une affaire de cambistes, pas de particuliers.

Pour les Français, la situation joue sur deux tableaux : meilleur pouvoir d’achat pour un voyage à New York ou des achats sur des sites américains, mais casse-tête potentiel pour l’épargne. Car des millions de Français détiennent, via leur assurance-vie ou leur PEA, des actifs libellés en dollars sans toujours le savoir. Dès lors, le moindre mouvement de la devise peut faire bouger la valeur de ces placements en euros. Reste à comprendre si vos propres contrats sont dans ce cas.

Chute du dollar : comment elle se répercute sur votre assurance-vie et votre PEA

Concrètement, votre épargne est concernée si une partie est investie sur des supports en unités de compte, en particulier des fonds internationaux ou américains. Dans une assurance-vie, Capital rappelle qu’il faut regarder de près les UC dont le nom contient « America », « US », « S&P 500 » ou « Nasdaq », mais aussi les ETF estampillés « World » ou « MSCI World ». Ces derniers, très populaires, regroupent environ 60 à 70 % d’actions américaines, ce qui revient à détenir beaucoup de dollar sans le voir immédiatement. Si le doute persiste, le code ISIN de chaque fonds peut être saisi sur des sites comme Morningstar ou Quantalys pour consulter l’exposition géographique détaillée.

Deuxième zone à risque pointée par Capital : le PEA et le compte-titres. Même sans avoir acheté directement des actions américaines comme Microsoft ou Amazon, vous pouvez y être exposé via des trackers « World » ou des ETF américains. Ces produits sont parfois libellés en euros, mais les sociétés en portefeuille restent cotées en dollars ; quand le billet vert recule, la valeur de ces actifs diminue une fois reconvertie dans la monnaie européenne. La mécanique décrite est implacable : sur douze mois, avec un dollar américain en baisse de 10,95 % face à l’euro, un investissement de 10 000 euros sur un ETF américain non couvert contre le risque de change a perdu presque 1 100 euros uniquement à cause de la devise, avant même de tenir compte de la Bourse. Capital prend l’exemple du S&P 500, en hausse d’environ 17 % en 2025, mais dont la performance n’a représenté qu’environ 3 % pour un investisseur français.

  • vos unités de compte portent des mentions comme « America », « US », « S&P 500 », « Nasdaq » ;
  • vous détenez des ETF « World », « MSCI World » ou des fonds « Global » dans votre assurance-vie ;
  • votre PEA ou compte-titres contient des trackers actions américains ou « World ».

Quels réflexes adopter si vos placements sont exposés au dollar ?

Face à cette situation, le message de fond reste nuancé. Si vous devez vendre vos actifs dans les prochaines semaines, la faiblesse actuelle du dollar peut se traduire par un manque à gagner bien réel. En revanche, pour un investissement pensé sur le long terme, avec un horizon de plus de huit ans comme il est souvent conseillé en Bourse, les variations de devises ont tendance à se lisser dans le temps. Vendre au plus mauvais moment fige une perte de change qui pourrait se réduire si la tendance s’inverse. D’ailleurs, certains voient dans la force de l’euro une occasion d’acheter des actions américaines comme celles du S&P 500 à un prix plus attractif pour un investisseur européen qui croit à un rebond du billet vert.

Pour ceux qui ne souhaitent pas parier sur l’évolution de la devise, Capital évoque la piste des ETF dits « hedgés ». Ces fonds intègrent une couverture contre le risque de change : ils laissent profiter de la performance du marché américain tout en neutralisant à peu près les mouvements de l’euro contre le dollar, moyennant des frais de couverture d’environ 0,3 % par an. L’envers de la médaille, c’est que si le dollar se renforce, ce gain potentiel ne sera pas répercuté. Autre possibilité citée : réorienter une partie de ses unités de compte vers des actions européennes, via des ETF comme l’Euro Stoxx 50 ou le MSCI Europe, qui ne subissent pas l’effet de change pour un épargnant français. Avant de modifier vos allocations, la première étape consiste à bien verifier où et à quelle hauteur le dollar se cache déjà dans vos contrats.

En bref

  • Entre début 2024 et début 2025, le dollar a reculé d’environ 11 % face à l’euro tandis que des millions d’épargnants français détiennent des supports en devise américaine via assurance-vie, PEA ou ETF.
  • Cette chute de l’USD peut rogner fortement la performance réelle en euros de fonds actions américains ou mondiaux, parfois de plus de 1 000 euros sur 10 000 euros investis, même lorsque les marchés boursiers progressent.
  • Identifier où se cache le dollar dans ses contrats, arbitrer entre ETF couverts ou non et rééquilibrer vers des actifs en euros offre des leviers concrets pour limiter l’impact du change ou profiter d’un futur rebond.