Cumul emploi-retraite : ce changement discret depuis le 1er septembre 2023 peut vous offrir une seconde pension, mais pas si vous vous trompez de date
Depuis le 1er septembre 2023, certains retraités en France peuvent, en cumul emploi-retraite, générer une seconde pension passée quasi sous les radars. Mais la réforme prévue pour 2027 risque de rebattre les cartes et de laisser de nombreux profils sur le côté.

Le cumul emploi-retraite fait rêver ceux qui veulent augmenter leur pension sans tourner complètement la page du travail. Depuis la réforme de 2023, l’attention s’est focalisée sur le report de l’âge légal et sa suspension annoncée, au point d’avoir éclipsé une nouveauté beaucoup plus discrète : la possibilité, pour certains nouveaux retraités, d’obtenir une véritable seconde pension en reprenant une activité.
En parallèle, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prépare un durcissement en profondeur du dispositif à partir de 2027, avec des règles différentes avant et après 67 ans. Entre les droits supplémentaires ouverts depuis le 1er septembre 2023 et les coups de frein annoncés à compter du 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite change de visage, mais pas au bénéfice de tout le monde.
Cumul emploi-retraite : la seconde pension née en 2023, mais réservée à quelques profils
Depuis le 1er septembre 2023, les personnes dont la première pension de base prend effet à cette date ou après peuvent, sous conditions, acquérir de nouveaux droits en reprenant une activité professionnelle. Concrètement, les cotisations vieillesse versées pendant la période de cumul ne sont plus « à fonds perdus » : elles ouvrent droit à une seconde pension de retraite de base, qui s’ajoute à la première. Ce mécanisme concerne surtout les salariés du privé, mais aussi des indépendants et des fonctionnaires selon les règles de leurs régimes.
Pour bénéficier de ce cumul emploi-retraite intégral générateur de droits, plusieurs conditions doivent être remplies :
- avoir liquidé toutes ses retraites, de base et complémentaires, tous régimes confondus en France et à l’étranger ;
- être parti à la retraite à taux plein, soit en réunissant la durée d’assurance requise, soit à 67 ans ;
- reprendre une activité salariée ou indépendante soumise à cotisations vieillesse ;
- respecter un délai de six mois avant de retravailler pour son dernier employeur.
La nouvelle seconde pension de base est plafonnée : en 2025, elle ne peut pas dépasser 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 355 € brut par an, un peu moins de 200 € brut par mois. À cela peuvent s’ajouter des droits supplémentaires en retraite complémentaire, par exemple des points Agirc-Arrco pour les salariés, acquis pendant la période de cumul intégral. En revanche, il n’est pas possible de multiplier les étages à l’infini : la règle prévoit un maximum de deux liquidations, la pension initiale et cette seconde pension.
Beaucoup de retraités restent exclus de ce changement passé inaperçu. Ceux dont la première pension a été liquidée avant le 1er septembre 2023 restent soumis à l’ancien régime, où les cotisations versées après le départ ne créent aucun nouveau droit. Les personnes qui reprennent une activité sans taux plein, en cumul plafonné, ou qui retournent travailler chez leur ancien employeur sans respecter le délai de six mois n’acquièrent pas non plus de seconde pension. À quelques mois près ou pour une simple erreur de calendrier, les cotisations continuent donc de ne rien rapporter.
Réforme du cumul emploi-retraite en 2027 : un dispositif durci autour de 67 ans
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 va plus loin en prévoyant une « réforme complète du cumul emploi retraite en 2027 ». Il s’appuie sur un rapport de la Cour des comptes intitulé « Le cumul emploi-retraite : un coût élevé, une cohérence à établir », qui juge le dispositif actuel trop favorable et peu cohérent avec l’objectif de report de l’âge effectif de départ. Dans cette logique, le texte organise le cumul en trois étages selon l’âge.
Avant l’âge légal de départ à la retraite, la pension serait écrêtée à hauteur de 100 % des revenus d’activité dès le premier euro, ce qui reviendrait à neutraliser la retraite pendant les périodes travaillées. Entre l’âge légal et 67 ans, le cumul emploi-retraite deviendrait partiel, avec un écrêtement de la pension à hauteur de 50 % des revenus d’activité dépassant un seuil qui doit être fixé par décret à 7 000 € de revenus par an. Après 67 ans, l’âge d’annulation de la décote, le texte maintient un cumul intégral libre permettant la création de droits pour une seconde pension, comme aujourd’hui. Cette réforme s’appliquerait aux assurés dont la première retraite de base prend effet à compter du 1er janvier 2027.
Sur le plan parlementaire, l’article réformant le cumul emploi-retraite n’a pas pu être examiné par les députés lors de la première lecture, faute de temps, et a été transmis tel quel au Sénat. Ce dernier ne l’a pas remis en cause, puis l’Assemblée nationale a finalement adopté, le 5 décembre, cet article amendé dans le cadre du PLFSS 2026. Au 9 décembre, les députés ont approuvé l’ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 par 247 voix contre 234, avec 93 abstentions, tout en laissant la navette parlementaire se poursuivre, le Sénat devant encore se prononcer.
Dans les faits, les nouveaux droits liés au cumul emploi-retraite profitent surtout aux retraités partis à compter du 1er septembre 2023 qui remplissent toutes les conditions du cumul intégral et peuvent organiser une reprise d’activité dans de bonnes conditions. À l’inverse, ceux déjà partis avant cette date, ou les futurs retraités qui voudront travailler de nouveau avant 67 ans après 2027, risquent de se heurter à un dispositif beaucoup plus contraignant, avec pension écrêtée et droits additionnels limités.
En bref
- Depuis le 1er septembre 2023, le cumul emploi-retraite en France permet à certains nouveaux retraités de créer une seconde pension de base, sous conditions strictes.
- Ce changement discret, plafonné à 5 % du PASS en 2025, s’accompagne de droits complémentaires potentiels mais exclut les retraités partis avant cette date ou en cumul plafonné.
- À partir de 2027, la réforme du PLFSS 2026 durcira fortement le cumul avant 67 ans, ce qui impose de bien arbitrer dès maintenant son départ en retraite et sa reprise d’activité.





