Impôt sur le revenu : les retraités gardent l’abattement de 10 % en 2026, mais ce choix massif des députés cache une note salée

Par Paul Graph - Publié le

Le 13 novembre, les députés ont maintenu l’abattement de 10 % sur les retraites, écartant une hausse d’impôt dès 2026. Mais à quels niveaux de pension ce répit fiscal profite-t-il vraiment ?

Impôt sur le revenu : les retraités gardent l’abattement de 10 % en 2026, mais ce choix massif des députés cache une note salée

Entre les annonces fiscales qui s’enchaînent et un budget 2026 scruté à la loupe, beaucoup de retraités ont vu monter la pression ces dernières semaines. L’une des mesures les plus sensibles visait directement leur impôt sur le revenu : le fameux abattement de 10 % appliqué aux pensions, menacé par un projet de forfait fixe. Dans ce climat d’incertitude, les professionnels du patrimoine ont été assaillis de questions. Un conseiller patrimonial résume auprès de BFMTV : « Nos clients sont très inquiets et on a énormément d’appels », explique un conseiller patrimonial interrogé par BFMTV.

Au cœur de ces inquiétudes, une réforme prévue dans le projet de loi de finances 2026 proposait de transformer l’abattement proportionnel de 10 % en un forfait de 2 000 € par retraité, ce qui aurait mécaniquement redistribué la charge fiscale entre petites et grandes pensions. Après plusieurs semaines de tensions politiques, les députés ont finalement tranché en séance publique en maintenant le dispositif actuel, évitant une hausse d’impôt pour de nombreux foyers à partir de 2026. Mais derrière ce répit, les chiffres racontent une réalité plus nuancée.

Abattement de 10 % sur les retraites : ce que le gouvernement voulait modifier

Pour comprendre l’ampleur du débat, il faut d’abord rappeler comment fonctionne aujourd’hui l’abattement de 10 % des retraités. Sur le montant brut des pensions déclarées, un abattement proportionnel de 10 % est appliqué, avec un plancher et un plafond. Pour l’imposition des revenus de 2025, cette réduction ne peut pas être inférieure à 450 € par personne ni supérieure à 4 399 € par foyer fiscal. Selon le gouvernement, ce mécanisme profite davantage aux pensions élevées, puisque plus la retraite est importante, plus l’abattement grimpe jusqu’au plafond.

L’article 6 du projet de loi de finances 2026 prévoyait de modifier ce mécanisme en profondeur. L’idée était de remplacer la décote proportionnelle par un montant fixe de 2 000 € par retraité, soit 4 000 € pour un couple. Cette réforme, portée par la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, devait selon elle bénéficier à 1,6 million de retraités, avec une baisse moyenne de 139 € d’impôt sur le revenu. Autrement dit, une partie des retraités aux pensions plus modestes aurait vu sa note fiscale diminuer, tandis que les foyers disposant de retraites plus confortables se seraient retrouvés perdants.

  • Abattement actuel : 10 % sur les pensions, avec un plancher de 450 € par personne et un plafond de 4 399 € par foyer en 2025.
  • Projet abandonné : forfait fixe de 2 000 € par retraité, 4 000 € pour un couple, en remplacement de l’abattement proportionnel.
  • Selon le gouvernement, 1,6 million de retraités auraient bénéficié d’une baisse moyenne de 139 € d’impôt.
  • Mesure jugée défavorable par beaucoup de retraités aux pensions plus élevées, particulièrement les célibataires au-delà de 20 000 € de retraite annuelle.

Maintien de l’abattement de 10 % : un vote massif, un coût budgétaire élevé

Face aux critiques, l’Assemblée nationale a finalement choisi de stopper la réforme. Les députés ont adopté onze amendements identiques supprimant l’article 6 du projet de loi de finances, qui organisait le passage au forfait. Le rejet a été net : 213 voix contre 17, confirmant une opposition largement mobilisée contre cette hausse d’impôt ciblée sur les retraités les plus aisés. La suppression de l’article avait déjà été actée en commission des finances le 21 octobre, ce qui laissait présager l’issue du vote en séance publique. Il reste au Sénat de se prononcer, mais si cette position est confirmée, le système actuel continuera de s’appliquer en 2026.

Concrètement, l’écart entre les deux dispositifs devient visible dès que les montants de pension augmentent. Pour un retraité seul percevant 40 000 € de retraite annuelle, l’abattement de 10 % représente 4 000 €. Avec le forfait de 2 000 €, il n’aurait bénéficié que de la moitié de cette réduction. En étant imposé dans la tranche à 30 %, cet écart se serait traduit par environ 600 € d’impôt supplémentaire sur les revenus 2026. Le maintien du système en vigueur lui évite donc une hausse significative de sa facture fiscale. À l’échelle des finances publiques, ce choix représente toutefois environ 1,2 milliard d’euros de recettes non perçues pour l’État, ce qui alimente les interogations sur la trajectoire budgétaire, d’autant que d’autres mesures sensibles sont aussi débattues, comme la taxation des holdings, un impôt sur la fortune dite improductive, le rabotage du pacte Dutreil ou encore une hausse de la CSG.