Livret A à 1,5 % : cette décollecte historique sur votre épargne en mars 2026, le pire mois de mars depuis 2009 en France
En mars 2026, le Livret A a perdu 490 M€ et enchaîne un premier trimestre dans le rouge, du jamais-vu depuis 2009. Entre taux tombé à 1,5 %, inflation à 1,7 % et concurrence de l’assurance-vie, les épargnants doivent-ils vraiment lui tourner le dos ?

Produit d’épargne chouchou des Français, le Livret A traverse un début d’année 2026 délicat. Avec un rendement désormais limité à 1,5 %, ce livret réglementé ne suffit plus à compenser la hausse des prix, et les premiers signaux de désamour apparaissent clairement dans les chiffres publiés par la Caisse des dépôts.
En mars, les détenteurs de Livret A ont retiré plus d’argent qu’ils n’en ont déposé, au point de signer le pire mois de mars depuis que la Caisse des dépôts compile ces données, en 2009. Sur l’ensemble du premier trimestre, la décollecte atteint même un niveau inédit, laissant planer une question : cette fuite d’épargne va-t-elle se prolonger jusqu’à la prochaine révision du taux prévue cet été ?
Un Livret A à 1,5 % qui subit sa pire décollecte de mars depuis 2009
Selon les chiffres de la Caisse des dépôts, les épargnants ont retiré en mars 490 millions d’euros de plus qu’ils n’en ont versé sur leur Livret A. Ce repli signe à la fois le pire mois de mars et le pire premier trimestre pour ce produit depuis 2009, date de début de la série statistique. Sur les trois premiers mois de 2026, la décollecte cumulée grimpe à 3,1 milliards d’euros, alors qu’à la même période en 2025, la collecte restait positive de 1,73 milliard d’euros.
Le mouvement n’a rien d’un accident isolé : en janvier, les retraits nets ont atteint 1,87 milliard d’euros, puis 740 millions d’euros en février, avant ces 490 millions supplémentaires en mars. « Le Livret A a réalisé la passe de trois sur le premier trimestre 2026 », résume Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, cité par l’ADCF. Malgré cette saignée, l’encours total reste élevé, à 446,5 milliards d’euros fin mars, répartis sur environ 58 millions de comptes.
Inflation, guerre en Iran et concurrence de l’assurance-vie
Pour comprendre ce décrochage, il faut revenir sur la trajectoire du taux. Le Livret A rapportait encore 3 % jusqu’en janvier 2025. Son rendement a été abaissé à 2,4 % en février 2025, puis à 1,5 % au 1er février 2026, soit une division par deux en douze mois. Dans le même temps, l’inflation a remonté à 1,7 % sur un an en mars 2026, d’après l’Insee, portée par la hausse des prix de l’énergie et des produits pétroliers dans le contexte de la guerre en Iran. Le rendement réel du Livret A est donc redevenu négatif pour les épargnants.
Contrairement à la période du Covid ou au début de la guerre en Ukraine, ce climat anxiogène n’a pas transformé le Livret A en refuge massif. « Le caractère anxiogène de la guerre au Moyen-Orient n’a pas eu d’effet important et, dans tous les cas, d’une ampleur moindre que celui constaté lors des précédents chocs », observe Philippe Crevel. Les regards se tournent plutôt vers d’autres placements, jugés plus rémunérateurs, même s’ils sont moins souples.
LDDS, LEP et assurance-vie : à qui profite la baisse du Livret A ?
Principal concurrent du Livret A, l’assurance-vie en fonds euros profite clairement de la situation. Selon une estimation publiée fin mars par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), ces fonds ont offert en moyenne un rendement de 2,65 % en 2025. Ce taux est brut de fiscalité, contrairement à celui du Livret A qui est net d’impôt, mais l’écart reste suffisant pour attirer une partie des sommes retirées. Malgré tout, pour l’épargne de précaution, souvent limitée à trois à six mois de dépenses, le Livret A garde de sérieux atouts : liquidité quasi immédiate, capital garanti par l’État, absence totale d’impôt et de prélèvements sociaux.
Les autres livrets réglementés connaissent eux aussi un début d’année contrasté. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), rémunéré au même taux de 1,5 %, a enregistré en mars une petite collecte positive de 80 millions d’euros, bien en dessous de la moyenne de 760 millions observée sur les dix dernières années. Son encours atteint 165,3 milliards d’euros, portant le total Livret A + LDDS à 611,8 milliards d’euros. Le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux ménages modestes et rémunéré à 2,5 %, a en revanche connu une décollecte de 120 millions d’euros en mars, sa première depuis mai 2025, alors qu’il avait encore gagné 140 millions d’euros en mars 2025. Pour Philippe Crevel, « ce mouvement peut témoigner des problèmes de pouvoir d’achat rencontrés par les ménages les plus modestes au moment où le prix de l’essence est en forte hausse ». L’encours du LEP s’établit désormais à 83,9 milliards d’euros, et nombre d’épargnants interressés surveillent la prochaine révision du taux du Livret A, attendue le 1er août 2026, où plusieurs observateurs anticipent un relèvement à 1,8 %, voire 2 % en cas de nouvelle poussée d’inflation.
En bref
- En mars 2026, la Caisse des dépôts enregistre une décollecte de 490 M€ sur le Livret A, pour un premier trimestre à –3,1 Md€, pire niveau depuis 2009.
- La baisse du taux à 1,5 % sous une inflation de 1,7 %, la pression sur le pouvoir d’achat et la concurrence des fonds euros à 2,65 % expliquent ce désamour.
- Entre Livret A, LEP, LDDS et assurance-vie, les épargnants doivent arbitrer entre sécurité, rendement et liquidité avant la prochaine révision du 1er août 2026.







