Livret A : en octobre 2025, un record de retraits à 5,1 milliards d’euros, ce que cachent ces Français et où part vraiment leur argent
En octobre 2025, le Livret A enregistre une décollecte inédite, avec plusieurs milliards d’euros retirés par les ménages en France. Entre baisse des taux, dépenses de fin d’année et nouveaux placements, que traduit ce mouvement massif ?

Placement chouchou des ménages depuis des décennies, le Livret A vient de connaître un sérieux revers. En cet automne 2025, les retraits se sont emballés à un rythme inédit, au point de faire basculer l’épargne réglementée dans le rouge et de bousculer les habitudes de millions de Français. À la clé, un montant de sorties jamais observé pour un mois d’octobre depuis que la Caisse des Dépôts publie ses statistiques en 2009.
Rien qu’en octobre 2025, les épargnants ont retiré 3,81 milliards d’euros de leur Livret A, et la décollecte grimpe à 5,10 milliards d’euros une fois ajouté le Livret de développement durable et solidaire (LDDS). Du côté du Livret d’épargne populaire (LEP), la collecte reste légèrement positive, mais le signal est clair : une partie des Français vide ses livrets réglementés et réoriente son argent. Reste à comprendre pourquoi ce réflexe, longtemps impensable, s’est imposé si vite.
Un octobre 2025 record pour la décollecte du Livret A
Selon les données de la Caisse des Dépôts, les retraits sur le Livret A ont atteint 3,81 milliards d’euros en octobre 2025, un niveau inédit pour un mois d’octobre depuis 2009. En ajoutant le LDDS, qui enregistre à lui seul 1,29 milliard d’euros de décollecte, la sortie totale depuis ces deux produits atteint 5,10 milliards d’euros. L’encours cumulé Livret A et LDDS reste très élevé, à 601,7 milliards d’euros fin octobre 2025, mais le mouvement tranche avec les années précédentes, où ces livrets captaient plutôt une épargne de précaution abondante.
Octobre constitue déjà, en temps normal, un mois délicat pour l’épargne réglementée. L’économiste Philippe Crevel rappelle que cette période coïncide avec le paiement de la taxe foncière et diverses régularisations fiscales, ce qui pousse de nombreux ménages à piocher dans leur épargne. Depuis 2009, seules deux collectes d’octobre ont été positives. L’ampleur de la décollecte 2025 renvoie pourtant à un phénomène plus profond, qui s’est mis en place dès l’été : en juillet 2025, les retraits ont déjà dépassé les dépôts de 70 millions d’euros, une situation rare pour ce mois habituellement favorable, selon les chiffres de la Caisse des Dépôts repris par BFMTV.
Pourquoi les Français vident leur Livret A et réorientent leur épargne
Au cœur de ce désamour, la baisse du taux du Livret A joue un rôle central. D’un niveau de 3 % au début de l’année 2025, le taux a été ramené à 2,4 % en février, puis à 1,7 % au 1er août. Dans un contexte de désinflation progressive, un nouveau repli vers 1,4 ou 1,5 % en février 2026 est évoqué. Dans une note citée par BFMTV, le directeur du Cercle de l’épargne, Philippe Crevel, estime que le Livret A devrait continuer à « payer la baisse de son taux de rendement », même si son rendement réel reste positif car supérieur au niveau de l’inflation. Face à ce rendement jugé décevant par beaucoup, les épargnants se sentent moins interresser par le fait de laisser dormir de grosses sommes sur ce support pourtant garanti et défiscalisé.
Le calendrier budgétaire accentue le phénomène. L’économiste anticipe de « nouvelles décollectes » sur les prochains mois, le second semestre « étant marqué traditionnellement par la hausse des dépenses: rentrée scolaire, fêtes de fin d’année », rappelle-t-il, cité par BFMTV. Entre la taxe foncière, les impôts, les factures énergétiques et les achats de fin d’année, nombre de foyers utilisent leur Livret A comme caisse de secours. D’autres, au contraire, arbitrent vers des placements jugés plus rémunérateurs. L’assurance-vie en fonds euros attire ainsi massivement : son rendement moyen attendu avoisine 2,6 % en 2025, selon l’ACPR, et les dépôts ont atteint 14,9 milliards d’euros en septembre, un record pour ce mois d’après les données de France Assureurs. Le LEP, réservé aux ménages modestes et rémunéré à 2,7 %, affiche encore une collecte positive de 20 millions d’euros en octobre, pour un encours d’environ 80,7 milliards d’euros. En parallèle, certains épargnants repensent plus largement la structure de leur patrimoine et se tournent vers des valeurs tangibles comme l’or physique, les lingots d’argent ou les napoléons, perçus comme des actifs capables de protéger contre l’inflation et d’apporter une forme de débancarisation partielle.





