Livret A : inflation et flambée de l'énergie pourraient tout changer pour votre taux au 1er août 2026 (1,70 %, 1,80 %... ou rien ?)
Entre guerre au Moyen-Orient, pétrole à 100 dollars et inflation qui remonte, le taux du Livret A à 1,50 % pourrait changer au 1er août 2026. Mais jusqu’où ira la hausse, et que pèsera le logement social dans l’arbitrage du gouvernement ?

Les détenteurs de Livret A pensaient avoir tourné la page des hausses de taux, après des mois de décrue et un rendement désormais figé à 1,50 % depuis le 1er février 2026. La situation internationale est venue rebattre les cartes : la guerre au Moyen-Orient, le blocage du détroit d’Ormuz et la flambée des prix de l’énergie ravivent l’ombre de l’inflation, au moment où approche la prochaine révision réglementaire du 1er août.
Dans sa note de conjoncture de mars 2026, sobrement intitulée « Inflation ravivée, croissance fragilisée », l’Insee décrit une économie française percutée par la hausse des prix du gaz et du pétrole. « La hausse des prix du gaz et de ceux du pétrole propulseraient l’inflation au-delà de 2 % en France au cours du printemps », a prévenu Dorian Roucher, lors d’une conférence de presse, dans des propos rapportés par Planet. Pour les épargnants, l’enjeu est interressant : une telle poussée pourrait mécaniquement tirer le taux du Livret A vers le haut, mais rien ne dit encore jusqu’où.
Inflation en hausse, pétrole cher : ce que la formule du Livret A laisse entrevoir au 1er août
Avant même le choc géopolitique, la trajectoire des prix repartait légèrement à la hausse. Dans une précédente note, datée du 17 décembre 2025, l’Insee anticipait déjà une progression de l’indice des prix à la consommation de 1,17 % en moyenne sur le premier semestre 2026. Sa nouvelle estimation relève cette prévision de 0,35 point, à 1,42 %. Pour les produits pétroliers, l’institut évoque même une hausse des tarifs sur un an qui « pourrait être de 25 % en mai ». Le ministère de l’Économie souligne que le baril de pétrole tutoie désormais les 100 dollars, soit environ 92 €, contre seulement 60 dollars auparavant, autour de 55 €, ce qui se répercute déjà sur les prix à la pompe.
Or cette dynamique nourrit directement la formule de calcul de l’épargne réglementée, inscrite dans le Code monétaire et financier. Officiellement, le taux du Livret A résulte de la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et de celle des taux interbancaires de court terme, l’€STR, avant arrondi au dixième le plus proche. Si la hausse des prix se maintient bien au-dessus de 2 % d’ici juin, les analystes de la plateforme Ramify estiment que le taux théorique pourrait se situer entre 1,70 % et 1,80 %. Capital évoque, de son côté, une possible progression du Livret A de 1,50 % à 1,70 % au 1er août, certains experts allant jusqu’à envisager 1,80 %, tandis que le Livret d’épargne populaire (LEP) oscillerait alors entre 2,70 % et 2,80 % et que le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) suivrait la même tendance que le Livret A.
Une revalorisation du Livret A loin d’être acquise, entre arbitrage politique et logement social
Ce scénario de remontée reste pourtant théorique. Le gouvernement conserve la possibilité de s’écarter de la formule, pour des motifs économiques ou sociaux. L’exécutif l’a déjà montré en 2025 en décidant de fixer le taux du Livret A à 1,70 %, alors que le calcul automatique aurait donné un niveau plus élevé, afin d’offrir un « bol d’air » au secteur de la construction immobilière, comme l’avait justifié le ministère de la Transition écologique. D’après l’Union sociale pour l’habitat, la dette des organismes HLM est étroitement indexée sur le Livret A et chaque hausse de 0,1 point du taux se traduit par un surcoût de plusieurs dizaines de millions d’euros pour ces bailleurs sociaux.
Les projections avancées pour le 1er août dépendent aussi des prochaines décisions de la Banque centrale européenne : une remontée de son taux de dépôt, en réaction à une inflation plus forte, renchérirait les taux interbancaires et, par ricochet, le taux théorique des livrets. Certains spécialistes n’excluent toutefois pas que le gouvernement choisisse de déroger à une revalorisation, voire de limiter la hausse, afin de contenir la facture du logement social. Entre un Livret A maintenu à 1,50 %, une hausse mesurée vers 1,70 % et un coup de pouce plus net proche de 1,80 %, l’arbitrage final dira où se situe la priorité : coup de pouce au pouvoir d’achat des épargnants ou soutien au financement du parc HLM.
En bref
- Au printemps 2026, la flambée des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient ravive l’inflation en France alors que le taux du Livret A est gelé à 1,50 % depuis février.
- Avec une inflation appelée à dépasser 2 % et un €STR proche de 1,94 %, les scénarios techniques évoquent un taux du Livret A entre 1,70 % et 1,80 % au 1er août 2026.
- Entre coup de pouce au pouvoir d’achat des épargnants et surcoût de dizaines de millions pour les organismes HLM, l’arbitrage politique de Bercy dira si la hausse sera pleine, limitée ou nulle.





