Livret A : record historique en octobre 2025 avec 3,81 milliards d'euros retirés, pourquoi les Français abandonnent ce placement pour l'assurance-vie ?

Par Paul Graph - Publié le

En octobre 2025, les Français ont retiré 3,81 milliards d’euros de leur Livret A, un record pour un mois d’automne. Qui retire son argent, pour quelles raisons, et vers quels placements cet énorme flux se redirige-t-il ?

Livret A : record historique en octobre 2025 avec 3,81 milliards d’euros retirés, pourquoi les Français abandonnent ce placement pour l’assurance-vie ?

3,81 milliards d’euros envolés du Livret A en un seul mois. En octobre 2025, le placement préféré des Français a connu une décollecte spectaculaire, bien au‑delà des retraits habituels de l’automne, alors même que les ménages continuent à mettre beaucoup d’argent de côté.

Depuis cinq ans, ce livret réglementé s’était imposé comme le refuge de l’épargne de précaution, dopé par la crise du Covid-19 et un contexte économique anxiogène. Pourtant, les 58 millions de détenteurs ont commencé à piocher sérieusement dans cette réserve, jusqu’à signer un record historique en octobre. Reste à comprendre pourquoi ce symbole de l’épargne sécurisée est soudain boudé.

Livret A : un mois d’octobre 2025 en décollecte record

Selon les chiffres de la Caisse des Dépôts, les Français ont retiré en octobre 3,81 milliards d’euros de plus qu’ils n’en ont versé sur leur Livret A. Ce montant dépasse les 3,77 milliards d’euros déjà sortis en octobre 2023 et s’impose comme « le plus élevé que l’on ait enregistré un mois d’octobre », a indiqué Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, à Linternaute. En ajoutant le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), la décollecte totale atteint environ 5,10 milliards d’euros, dont près de 1,29 milliard d’euros pour le seul LDDS, alors que le Livret d’épargne populaire (LEP) reste légèrement dans le vert avec une petite collecte positive d’environ 20 millions d’euros.

Octobre et novembre restent des périodes traditionnellement difficiles pour ce type de produit. Taxe foncière, éventuelles régularisations d’impôt sur le revenu, début des achats de Noël : autant de dépenses qui incitent à puiser dans cette épargne facilement mobilisable. Philippe Crevel parle même de « mois maudits » pour le Livret A. Pour autant, la décollecte de 2025 dépasse le simple effet de calendrier et marque, selon lui, un vrai « changement de tendance ». Dès septembre, un premier signal avait été envoyé avec près de 2 milliards d’euros retirés, et ce mouvement s’inscrit dans un contexte où le taux d’épargne des ménages, autour de 18,7 % de leur revenu disponible au deuxième trimestre 2025, reste très élevé : les Français épargnent toujours, mais plus au même endroit.

Pourquoi les épargnants délaissent le Livret A pour l’assurance-vie

Le tournant s’est joué sur la rémunération. Après avoir été fixé à 3 %, le taux du Livret A est passé à 2,4 % au 1er février 2025, puis à 1,7 % au 1er août 2025. Cette dernière baisse, du 2,4 % au 1,7 %, est décrite comme le point de bascule : elle a provoqué une « véritable affliction du comportement sur les épargnes » selon Philippe Crevel. Avec un rendement jugé moins attrayant, les ménages cherchent de meilleurs taux et se tournent vers l’un des placements jugés les plus sûrs par les épargnants prudents : le fonds en euros de l’assurance-vie, dont le taux moyen avoisine 2,5 % et peut monter jusqu’à 3,6 % selon les contrats. Après une période de décollecte en début d’année, ces fonds en euros affichent désormais un solde net positif, et l’assurance-vie a enregistré environ 14,9 milliards d’euros de versements en septembre 2025, un plus haut pour un mois de septembre.

Les unités de compte, plus exposées aux marchés, continuent aussi d’attirer des capitaux : elles ont recueilli 31,8 milliards d’euros en 2024 même si leur part recule légèrement, l’attrait retrouvé du fonds euros rééquilibrant la collecte. Les fonds en unités de compte restent volatils, alors que les fonds en euros sont investis surtout en obligations d’entreprises ou d’État, mais aussi en immobilier et en monétaire, avec un capital qui ne peut pas diminuer, même en cas de baisse des marchés financiers. De quoi séduire ceux qui veulent se constituer un matelas de long terme ou préparer leur retraite, au point que « Jusqu’au début d’année, l’Assurance Vie n’était porté que par les Unités de Compte. Aujourd’hui, elle est porté par les UC et les Fonds en euros » résume Philippe Crevel. Dans le même temps, le LEP, réservé aux ménages modestes, offre un taux autour de 2,7 %, ce qui renforce encore la comparaison avec un Livret A à 1,7 %. Malgré des rumeurs de blocage des retraits qui ont circulé au printemps 2025 puis été démenties par les autorités, la liquidité du Livret A reste totale : les Français ne vident donc pas leur livret par crainte de ne plus pouvoir retirer, mais parce qu’ils arbitrent vers des supports qui leur paraissent plus interressent pour leur épargne.