Livret A, SCPI, comptes courants : ce que le nouvel IFI 2026 à 1% pourrait vraiment taxer dans votre patrimoine au-delà de 1,3 million

Par Paul Graph - Publié le

Un impôt sur la fortune improductive doit remplacer l’IFI dès 2026 et pourrait intégrer Livret A, comptes courants, assurance vie ou SCPI. Quels placements seraient réellement visés et à partir de quel patrimoine ?

Livret A, SCPI, comptes courants : ce que le nouvel IFI 2026 à 1% pourrait vraiment taxer dans votre patrimoine au-delà de 1,3 million

Et si votre Livret A ou même votre compte courant entrait demain dans le calcul de l’impôt sur la fortune ? Le projet de nouvel IFI, rebaptisé « impôt sur la fortune improductive », adopté à l’Assemblée nationale via un amendement au budget 2026, commence à inquiéter sérieusement les épargnants. Derrière cette expression technique, une idée très concrète : élargir la taxation au delà de la seule pierre.

Car ce futur impôt ne viserait plus seulement l’immobilier, comme l’actuel IFI, mais aussi certains placements financiers et biens jugés « improductifs ». De quoi alimenter une avalanche de questions très pratiques : Livret A, comptes courants, assurance vie, SCPI, PEA… « Qu’inclura le nouvel IFI ? » C’est précisément à ces interrogations que répondent l’avocat fiscaliste Jean Pascal Michaud, interogé sur BFM Business, et l’ingénieur patrimonial Nicolo Acquari, questionné par Capital.

Nouvel IFI 2026 : ce que change l’impôt sur la fortune improductive

Le principe de la réforme est de transformer l’actuel impôt sur la fortune immobilière en un impôt « sur la fortune improductive ». L’amendement porté par le député Modem Jean Paul Mattei, remanié par les socialistes, élargit donc l’assiette de l’IFI actuel. Outre les biens immobiliers, seraient pris en compte des actifs qualifiés « improductifs » : objets précieux, or, monnaies, voitures, yachts, avions, œuvres d’art, mais aussi certaines cryptomonnaies et contrats d’assurance vie en fonds euros. Jean Pascal Michaud résume l’effet pour la pierre en expliquant que le fait que l’immobilier ne soit plus le seul actif taxé « favorise les arbitrages », comme il l’a déclaré dans l’émission Les Experts de l’immo sur BFM Business.

Autre changement majeur, le barème progressif actuel serait remplacé par un taux unique de 1% sur le patrimoine taxable, après un seuil d’entrée fixé à 1,3 million d’euros. Aujourd’hui, l’IFI se déclenche déjà à 1,3 million d’euros, avec un barème allant de 0,5% à 1,5%. Le nouvel impôt conserverait ce seuil, mais appliquerait ensuite un seul taux. En parallèle, la résidence principale ou unique pourrait être largement protégée. Jean Pascal Michaud rappelle qu’aujourd’hui, avec l’abattement de 30% sur la résidence principale, « on peut avoir un bien immobilier de valeur de 1,7 million sans payer d’impôts ». Avec le futur dispositif, il anticipe un cumul entre cet abattement de 30% et la nouvelle exonération de 1 million d’euros sur la résidence principale ou unique : « Demain, grâce à cet abattement de 30% qui va se cumuler avec l’abattement de 1 million d’euros, on va pouvoir monter non seulement à 2,7 millions d’euros mais peut-être même à 3,2 millions d’euros si on applique l’abattement de 30% sur la valeur totale de la résidence principale, ce qui est le cas en l’état actuel du droit », détaille t il. Selon lui, cela pourrait permettre à des contribuables « si on a majoritairement de l’immobilier, de sortir de l’assiette » du nouvel IFI, « même si on a plus de 2 millions d’euros d’immobilier ».

Livret A, assurance vie, SCPI, comptes courants : quels placements dans le nouvel IFI ?

La question qui revient le plus dans les courriers des lecteurs concerne l’épargne de tous les jours. Serge s’interroge ainsi sur le sort de « les comptes courants, Livrets A, ou Livrets de développement durable et solidaires (LDDS) ». Sur ce point, Nicolo Acquari reste prudent, faute de texte très détaillé, mais il prévient que ces produits ont de fortes chances d’entrer dans la base du nouvel impôt. « Concernant la nouvelle base imposable de l’impôt sur fortune improductive, il est difficile de répondre avec précision uniquement sur la base de l’amendement. L’épargne liquide, tels les comptes sur livrets, par exemple, devrait selon toute vraisemblance être imposable », confirme l’ingénieur patrimonial chez Mirabaud, cité par Capital. L’amendement mentionne en effet « les liquidités et placements financiers assimilés ». Bernard se demande à ce sujet : « Pouvez-vous me dire si l’IFI s’appliquera sur les parts sociales telles qu’elles existent par exemple dans certaines banques, ainsi que sur le montant des liquidités liées au » plan d’épargne en actions (PEA) « ou au compte-titres ? » En l’état, ces supports restent des placements financiers, ce qui laisse penser qu’ils pourraient être intégrés dans l’assiette, même si la formulation du texte rend les contours encore flous pour ces produits.

Pour les investissements de long terme, les nuances sont nombreuses. Sur l’assurance vie, l’intention affichée est de cibler les contrats en fonds euros à capital garanti, placement très répandu et considéré comme « improductif », alors que les unités de compte seraient épargnées. Diane illustre une interrogation fréquente : elle demande « si une assurance vie investie 100% en SCPI sera considérée comme un bien improductif qui rentrera dans le calcul de ce nouvel IFI, ou comme une assurance vie multisupport qui ne rentrera pas dans le calcul ? » Nicolo Acquari apporte un élément de réponse : « ce qui est exclu pour sûr à ce stade, ce sont les unités de compte (UC) », précise t il. Concrètement, des parts de SCPI détenues via des unités de compte au sein d’une assurance vie ne seraient pas comptabilisées dans le nouvel IFI, alors que les parts de SCPI souscrites directement auprès d’une société de gestion seraient, elles, bien incluses dans le calcul. Sur l’immobilier occupé, François s’interroge : « Bonjour ! L’article ne mentionne pas l’hypothèse où la résidence principale serait exclue de l’IFI… Pouvez-vous m’en dire plus ? » Le sous amendement du député socialiste Philippe Brun prévoit justement « à exclure de l’assiette de l’impôt sur la fortune improductive un bien par foyer fiscal (généralement la résidence principale ou secondaire), dans la limite d’un abattement de 1 million d’euros ». Enfin, la question du seuil global reste centrale pour les contribuables. Roger résume l’inquiétude avec cette demande : « Mais à partir de quel montant le patrimoine est-il réellement taxé ? » Là encore, Nicolo Acquari rappelle que « Le texte initial présenté par le député Matteï donnait un seuil à 2 millions d’euros, qui a été ramené à 1,3 million d’euros par l’amendement du député Philippe Brun ». Au delà de ce montant, en cas d’adoption définitive du dispositif dans le budget 2026, c’est un taux unique de 1% qui s’appliquerait sur la fraction du patrimoine taxable.