Pension de réversion : ce changement discret lié à la suspension de la réforme des retraites en 2026 peut faire varier vos montants sans que vous le sachiez
À partir du 1er septembre 2026, la suspension de la réforme des retraites modifie le nombre de trimestres pour le taux plein. Une nuance en apparence technique qui peut, en euros, faire varier la pension de réversion de nombreux veufs et veuves.

Votre future pension de réversion peut-elle bouger à cause de la suspension de la réforme des retraites ? Derrière cette décision très politique, un élément très concret est en train de changer pour certaines générations : le nombre de trimestres pour le taux plein, qui sert de base à tous les calculs de pension de base.
Comme la pension de réversion est une part de la retraite du conjoint décédé versée au conjoint survivant, toute modification des modalités de calcul de la retraite de base se répercute mécaniquement sur son montant. En jouant sur la durée d’assurance requise, la suspension de la réforme peut donc faire varier, parfois de quelques euros par mois, la somme réellement perçue par le veuf ou la veuve.
Pension de réversion : comment le calcul de la retraite de base pèse sur les montants
Pour comprendre qui est concerné, il faut d’abord rappeler comment est calculée la retraite de base du régime général. Elle correspond à 50 % du revenu annuel moyen, multipliés par le rapport entre la durée d’assurance effectuée et la durée d’assurance exigée pour la génération. Ce taux de 50 % peut être réduit en cas de trimestres manquants, via une décote de 1,25 % par trimestre.
Les exemples donnés pour un assuré né en 1963 illustrent bien cette mécanique. S’il est parti à la retraite en 2025 avec le taux plein, avec un revenu mensuel moyen de 1 400 euros et 170 trimestres validés, sa retraite de base atteint 700 euros par mois (50 % de 1 400 euros avec 170/170 trimestres). S’il est parti alors qu’il lui manquait 4 trimestres, son revenu annuel moyen n’est plus multiplié par 50 %, mais par 47,5 %, avec 166 trimestres sur 170, ce qui ramène sa pension de base à 649,35 euros. Or la pension de réversion du régime général représente 54 % des droits de retraite de base du défunt, ce qui signifie qu’elle intègre directement l’effet de la décote.
En 2026, les règles de base de la réversion restent les mêmes. Pour les principaux régimes, les montants se fondent sur ces taux de pourcentage :
- pour le régime général (Assurance retraite, MSA, CNAVPL), la pension de réversion s’élève à 54 % des droits de retraite de base du défunt, avec un minimum de 334,92 euros par mois si celui-ci totalisait au moins 60 trimestres (sinon ce minimum est proratisé) ;
- pour le régime Agirc-Arrco et certains régimes complémentaires des professions libérales, elle atteint 60 % des droits de retraite du défunt ;
- pour les fonctionnaires et certains contractuels de la fonction publique, le taux est de 50 %.
Le tout reste encadré par des plafonds de ressources pour le régime général : en 2026, les ressources annuelles brutes du conjoint survivant ne doivent pas dépasser 25 001,60 euros pour une personne seule, ou 40 002,56 euros pour un couple, afin d’ouvrir droit à la réversion de base. C’est sur ce cadre global, inchangé dans ses principes, que vient se greffer l’effet de la suspension de la réforme sur le nombre de trimestres requis.
Suspension de la réforme des retraites : pourquoi certaines pensions de réversion vont légèrement évoluer
La suspension de la réforme des retraites adoptée en 2023 agit directement sur la durée d’assurance nécessaire pour obtenir le taux plein, selon les années de naissance. Pour un assuré né en 1965, par exemple, il était prévu avant la suspension que 172 trimestres soient nécessaires pour le taux plein. Avec 166 trimestres seulement, sa retraite de base, s’il part avant septembre 2026 (date d’entrée en vigueur de la suspension), serait de 624,91 euros, et la pension de réversion de la retraite de base de 337,45 euros.
Si ce même assuré né en 1965 part à la retraite après le 1er septembre 2026, le nombre de trimestres requis pour le taux plein est revu à la baisse selon son mois de naissance. Pour ceux nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, 170 trimestres suffisent alors pour le taux plein : avec toujours 166 trimestres validés, il ne manque plus 6 trimestres mais 4. Sa retraite de base passe à 649,35 euros et la réversion possible à 348,51 euros, soit 11,06 euros de plus par mois. Pour les personnes nées entre le 1er avril et le 31 décembre 1965, la durée requise reste un peu plus élevée, à 171 trimestres, ce qui conduit à une réversion possible de 344 euros, près de 4 euros de moins par mois que pour les assurés nés en début d’année 1965. Ce type d’écart modeste peut tout de même interresser les couples proches de la retraite.
En parallèle, aucune grande réforme autonome de la pension de réversion n’entre en vigueur en 2026. Les taux (54 %, 60 %, 50 %), les plafonds de ressources du régime général et le minimum de 334,92 euros par mois restent donc les repères de base pour les veufs et veuves. La réforme des retraites de 2023 est, elle, suspendue jusqu’au 1er janvier 2028, ce qui laisse la porte ouverte à de futures évolutions plus globales du système.
Dans un rapport remis au gouvernement en novembre 2025, le Conseil d’orientation des retraites a mis en avant « la nécessité d’une adaptation des droits familiaux au regard des évolutions constatées en termes d’emploi des femmes et des écarts de rémunération entre hommes et femmes », a constaté le Conseil d’orientation des retraites, cité par Groupama. Ce même rapport envisage une harmonisation des règles de réversion entre régimes, la généralisation des conditions de ressources ou encore une nouvelle formule de calcul plafonnée au strict maintien du niveau de vie, fondée sur deux tiers de la pension du défunt moins un tiers de celle du conjoint survivant. Des pistes de réflexion, qui n’effacent pas l’effet immédiat et très concret de la suspension de la réforme sur le nombre de trimestres exigés et, au bout du compte, sur les montants de pension de réversion versés à partir de 2026.
En bref
- En France, la suspension de la réforme des retraites à compter du 1er septembre 2026 modifie le nombre de trimestres requis pour le taux plein de certaines générations.
- Cette baisse de trimestres réduit la décote sur la retraite de base, ce qui se répercute directement sur le calcul des pensions de réversion versées aux conjoints survivants.
- Entre exemples chiffrés pour les assurés nés en 1963 ou 1965 et rappels des règles 2026, l’analyse montre comment quelques euros par mois peuvent peser sur toute une retraite de veuvage.






