PER après 64 ou 70 ans : ces limites cachées des assureurs qui peuvent empêcher les retraités d'ouvrir un nouveau contrat et plomber l'avantage fiscal
À l’heure où la retraite approche, nombreux sont les épargnants persuadés de pouvoir ouvrir un PER à tout moment. Entre loi très souple et contrats verrouillés par les assureurs, jusqu’où pouvez-vous réellement aller ?

À 65, 70 ans, voire déjà retraité, l’idée d’ouvrir un nouveau plan d’épargne retraite peut être tentante, surtout quand on entend parler de la déduction fiscale des versements. Beaucoup de seniors imaginent encore pouvoir souscrire « quand ils veulent », pour alléger l’impôt ou replacer une épargne qui dort sur un compte courant.
Sur le papier, la loi ne fixe aucune limite d’âge ni de statut pour ouvrir un plan d’épargne retraite (PER). Dans la réalité, ce sont les assureurs qui verrouillent l’accès avec leurs propres critères : âge maximal, obligation d’être encore en activité, parfois même lieu de résidence. Un cocktail de petites lignes qui peut tout changer.
PER : que dit vraiment la loi sur l’âge limite ?
Le PER a été créé par la loi Pacte en 2019 avec une philosophie très ouverte : aucune restriction d’âge, aucune condition de statut professionnel. Juridiquement, rien n’empêche donc une personne de 70 ans, déjà à la retraite ou non, d’ouvrir un nouveau contrat de retraite individuelle. Un assureur a parfaitement le droit de proposer un PER à un septuagénaire, s’il le souhaite.
Le cadre légal est donc volontairement souple. Il a même été assoupli sur un autre point : la possibilité, à l’époque, d’ouvrir un PER pour un mineur. Ce n’est plus le cas depuis 2023, le législateur ayant décidé d’interdire l’ouverture d’un PER aux moins de 18 ans. Plus récemment, à la fin de l’année 2024, des parlementaires ont tenté d’aller plus loin en instaurant un âge maximal de souscription, sans qu’un texte ne soit finalement adopté.
PER : les limites d’âge et de profil imposées par les assureurs
Si la loi reste large, les pratiques des compagnies sont beaucoup plus serrées. Dans les faits, la majorité des PER sont fermés aux nouvelles adhésions après 64 ans, ou dès l’atteinte de l’âge légal de la retraite. On trouve encore des contrats acceptant de nouveaux titulaires entre 64 et 70 ans, mais très souvent à condition que la personne exerce toujours une activité professionnelle. À 66 ans, on peut donc être retraité… ou encore salarié, ce qui change tout.
Au-delà de 70 ans, les contrats ouverts deviennent rares, mais ils existent : certains acceptent encore des adhésions jusqu’à 80 ans. La contrepartie est presque systématique : il faut percevoir des revenus professionnels, ces offres visant souvent des professions libérales ou des indépendants suivis par des courtiers en ligne. Pour compliquer encore le tableau, certaines notices restent floues, sans limite d’âge clairement affichée, avec parfois des dérogations accordées au cas par cas. À cela s’ajoute, chez certains acteurs, une exigence de résidence fiscale en France, qui exclut de fait les retraités installés à l’étranger, chez qui l’intérêt fiscal du PER est de toute façon nul.
Retraité ou proche de la retraite : ouvrir un nouveau PER est-il encore interressant ?
À 60, 65 ou 70 ans, actif ou déjà retraité, il est encore possible de dénicher un PER adapté à son profil, à condition de chercher un peu et de décortiquer les conditions générales. Mais la vraie question est moins « ai-je le droit ? » que « est-ce que cela a vraiment du sens ? ». Une fois à la retraite, l’avantage fiscal du PER perd une bonne partie de sa force, faute de différence marquée entre la tranche d’imposition actuelle et celle qui s’appliquera au moment de la sortie. Surtout si l’on ne perçoit plus de salaire, la déduction maximale des versements reste plafonnée à 10% du PASS (4 806 euros en 2026), ce qui limite l’intérêt de l’opération.
L’enjeu principal se situe souvent ailleurs : ouvrir un nouveau PER à la retraite peut surtout servir à transférer un ancien contrat peu compétitif vers un nouveau plus avantageux. Ce transfert devient gratuit après cinq ans de détention du contrat d’origine et permet de réduire des frais parfois très lourds, en particulier si vous envisagez une sortie en rente. Certains PER, officiellement fermés aux nouvelles souscriptions pour les retraités, acceptent d’ailleurs encore les transferts de contrats existants. Avant de signer un nouveau PER après 60 ans, mieux vaut passer en revue quelques points clés :
- l’âge maximal de souscription prévu par le contrat ;
- la possibilité de continuer à verser après votre départ à la retraite ;
- l’obligation ou non d’exercer une activité professionnelle et de justifier de revenus ;
- une éventuelle condition de résidence fiscale en France ;
- l’acceptation des transferts d’anciens contrats et les frais associés ;
- le niveau des frais de versement, de gestion et de rente, qui pèseront directement sur vos revenus futurs.
En bref
- À partir de la loi Pacte 2019, tout majeur peut théoriquement ouvrir un plan d’épargne retraite, sans limite d’âge ni condition de statut professionnel.
- Dans la pratique, les assureurs fixent leurs propres barrières : âge maximal souvent calé autour de 64 ans, obligation d’être encore en activité et parfois résidence fiscale en France.
- Pour les retraités ou quasi retraités, l’intérêt d’un nouveau PER tient surtout à l’optimisation fiscale ponctuelle et au transfert d’anciens contrats, à étudier ligne par ligne.






