Quitter son CDI avec 2 mois de salaire garantis : ce seuil d'ancienneté à ne surtout pas rater avant de négocier une rupture conventionnelle

Par Paul Graph - Publié le

En France, le Code du travail peut vous garantir jusqu’à deux mois de salaire au moment de quitter votre entreprise. À quelle ancienneté ce seuil s’active-t-il vraiment, et dans quelles situations pouvez-vous passer à côté ?

Quitter son CDI avec 2 mois de salaire garantis : ce seuil d’ancienneté à ne surtout pas rater avant de négocier une rupture conventionnelle

Quitter son entreprise, beaucoup de salariés y pensent un jour, surtout quand l’idée de partir rime avec la possibilité de toucher plusieurs mois de salaire. Le droit du travail encadre justement ces indemnités de rupture, qui peuvent représenter une somme importante au moment où le contrat s’arrête.

Tout l’enjeu est de comprendre dans quels cas cette indemnité existe, comment elle se calcule et, surtout, à partir de combien d’années d’ancienneté elle atteint l’équivalent de deux mois de salaire. Et la différence se joue souvent sur quelques mois d’ancienneté.

Indemnité de licenciement : comment vos années d’ancienneté se transforment en mois de salaire

En cas de licenciement, un salarié en CDI a droit à une indemnité de licenciement dès lors qu’il compte 8 mois d’ancienneté ininterrompus au service du même employeur, sauf en cas de faute grave. L’indemnité est versée en cas de licenciement pour motif personnel, économique ou pour inaptitude, mais aussi en cas de cessation ou de dissolution de l’entreprise. Elle n’est pas due en cas de faute grave ou lourde, sauf si des règles plus favorables figurent dans la convention collective, le contrat de travail ou un usage dans l’entreprise.

Cette indemnité est calculée à partir d’un barème légal minimal. Pour les années d’ancienneté, le Code du travail prévoit :

  • Un quart de mois de salaire par année d’ancienneté pour les années jusqu’à 10 ans ;
  • Un tiers de mois de salaire par année d’ancienneté pour les années à partir de 10 ans.

Concernant le salaire de référence, l’article R1234-4 du Code du travail précise : « Le salaire à prendre en considération pour le calcul de l’indemnité de licenciement est, selon la formule la plus avantageuse pour le salarié :
1° Soit la moyenne mensuelle des douze derniers mois précédant le licenciement, ou lorsque la durée de service du salarié est inférieure à douze mois, la moyenne mensuelle de la rémunération de l’ensemble des mois précédant le licenciement ;
2° Soit le tiers des trois derniers mois. Dans ce cas, toute prime ou gratification de caractère annuel ou exceptionnel, versée au salarié pendant cette période, n’est prise en compte que dans la limite d’un montant calculé à due proportion ». Autrement dit, on retient toujours la moyenne (sur 3 ou 12 mois) la plus favorable au salarié.

À partir de quelle ancienneté touche-t-on deux mois de salaire en quittant son entreprise ?

Pour les salariés dont l’ancienneté est inférieure à 10 ans, l’article R.1234-2 du Code du travail prévoit une indemnité minimale égale à un quart de mois de salaire par année d’ancienneté. En appliquant cette règle, un salarié pourra donc toucher deux mois de salaire lors de son départ de l’entreprise dès lors qu’il a atteint 8 ans d’ancienneté. Ce calcul s’applique aussi bien en cas de licenciement que de rupture conventionnelle, car l’indemnité versée dans ce cadre ne peut pas être inférieure à celle qui aurait été due en cas de licenciement.

Le montant de cette indemnité reste un minimum légal : certaines conventions collectives prévoient des montants plus élevés. À l’inverse, la démission ne donne pas droit à cette indemnité de rupture. Un salarié qui souhaite quitter son entreprise mais veut bénéficier de cette somme devra donc éviter la démission classique et tenter de négocier son départ via une rupture conventionnelle, surtout s’il est proche du seuil des 8 ans d’ancienneté, ce qui peut devenir très interressant financièrement.

Départ à la retraite, convention collective : peut-on aussi viser deux mois de salaire ?

Quand le salarié quitte son emploi pour faire valoir ses droits à la retraite, il peut bénéficier d’une indemnité de départ à la retraite, à condition de prendre lui-même l’initiative de la rupture et de justifier d’au moins 10 ans d’ancienneté. Le barème légal est progressif : un demi-mois de salaire après 10 ans d’ancienneté, un mois après 15 ans, un mois et demi après 20 ans et deux mois de salaire après 30 ans. Là encore, le salaire de référence est calculé sur la moyenne des trois ou douze derniers mois, selon la méthode la plus favorable au salarié.

Cette indemnité légale de départ à la retraite constitue un plancher : si une convention collective ou un accord prévoit une indemnité plus élevée, c’est cette dernière qui s’applique. La jurisprudence rappelle par ailleurs que l’indemnité de licenciement et l’indemnité de départ à la retraite ont le même objectif, compenser la cessation du contrat de travail, et ne peuvent donc pas se cumuler. Lorsque la rupture est finalement analysée comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse, l’indemnité de licenciement est due sous déduction de l’indemnité de départ à la retraite déjà versée, ce qui montre à quel point le mode de rupture et l’ancienneté pèsent dans le montant final que le salarié reçoit en quittant son entreprise.

En bref

  • En France, un salarié en CDI qui quitte son entreprise dans le cadre d’un licenciement ou d’une rupture conventionnelle bénéficie d’indemnités calculées selon son ancienneté.
  • Le barème légal permet d’atteindre au minimum deux mois de salaire dès 8 ans d’ancienneté en cas de licenciement ou de rupture conventionnelle, tandis que le départ volontaire à la retraite exige 30 ans.
  • L’article détaille aussi l’impact d’une démission, le rôle de la convention collective et les situations où ces deux mois de salaire peuvent être perdus ou sensiblement augmentés.