Réforme des retraites suspendue : ce piège dans l'attestation de carrière peut faire perdre des mois d'indemnisation aux chômeurs nés en 1964

Par Paul Graph - Publié le

En France, la suspension de la réforme des retraites bouleverse les repères des chômeurs nés en 1964 à l’approche de 2026. Entre âge légal avancé et attestations à réviser, comment éviter un trou d’indemnisation au moment de partir ?

Réforme des retraites suspendue : ce piège dans l’attestation de carrière peut faire perdre des mois d’indemnisation aux chômeurs nés en 1964

Depuis le vote, le 16 décembre 2025, de la suspension du calendrier de relèvement de l’âge légal et de la durée d’assurance prévu par la réforme de 2023, une génération se retrouve en première ligne : les personnes nées en 1964. Cette mesure, inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026, prévoit que les règles actuelles restent inchangées jusqu’au 31 août 2026 pour les générations 1964 à 1968, avant que de nouvelles dispositions ne s’appliquent à compter du 1er septembre 2026, avec à la clé la possibilité de partir un trimestre plus tôt. Elle doit encore être validée par le Conseil constitutionnel avant la fin de l’année, mais ses effets se dessinent déjà pour celles et ceux qui approchent de la retraite en étant au chômage. Pour les chômeurs nés en 1964, ce léger coup de pouce apparent ne se traduit pas seulement par un chiffre sur le papier. Et c’est précisément là que le risque se glisse.

Pour cette génération, la suspension de la réforme des retraites de 2023 se traduit par des paramètres revus : l’âge légal ne sera plus de 63 ans mais de 62 ans et 9 mois, et la retraite à taux plein sera acquise avec 170 trimestres, contre 171 auparavant. Quand on est au chômage, ces ajustements jouent directement sur la durée d’indémnisation : en principe, le versement de l’allocation s’arrête à l’âge légal, sauf si vous n’avez pas encore réuni le nombre de trimestres requis pour le taux plein. Dans ce cas, vous pouvez continuer à percevoir l’allocation jusqu’à l’âge du taux plein, ce qui permet de combler les derniers trimestres manquants. Tout se joue alors sur quelques dates clés et sur un document en particulier.

Âge légal, trimestres : ce que la suspension change pour les chômeurs nés en 1964

Jusqu’ici, les chômeurs proches de la retraite savaient à peu près à quelle date leurs droits à l’allocation prendraient fin, souvent après un échange avec France Travail et la caisse de retraite. Prenons l’exemple d’une personne au chômage née en janvier 1964 : avant la suspension, son âge légal devait être atteint le 1er février 2027 et le taux plein un trimestre plus tard, au 1er mai, avec une indemnisation prévue jusqu’à fin avril 2027. Avec la nouvelle donne, l’âge légal passe à 62 ans et 9 mois et un trimestre de moins est nécessaire pour le taux plein, si bien que l’indemnisation devrait en réalité être versée jusqu’au 1er février 2027 seulement. Autrement dit, un simple ajustement de calendrier peut décaler de plusieurs mois la frontière entre chômage et retraite.

Pour que cette prolongation soit accordée au-delà de l’âge légal, France Travail a besoin d’une confirmation écrite de votre situation : une attestation de régularisation de carrière fournie par l’Assurance retraite. Ce document indique le nombre précis de trimestres validés et la date à laquelle vous atteindrez le taux plein, en tenant compte de toute votre carrière (jobs d’été, périodes à l’étranger, trimestres pour enfants, etc.). Si l’attestation a été établie avec les anciens paramètres (âge légal à 63 ans et 171 trimestres requis), elle peut donc afficher une date de fin d’indemnisation qui n’est plus cohérente avec vos nouveaux droits. C’est ce décalage potentiel que les chômeurs nés en 1964 doivent vérifier de près.

Attestation de carrière : faut-il agir tout de suite quand on est né en 1964 ?

En pratique, cette attestation n’est pas délivrée automatiquement. « Cette attestation est à demander avant l’atteinte de l’âge légal si l’intéressé souhaite que France Travail poursuive ses paiements de l’allocation », précise France Travail, cité par Notre Temps. Les demandeurs d’emploi sont en général informés de cette possibilité entre 15 à 7 mois avant l’échéance, un laps de temps pensé pour permettre de reconstituer correctement l’historique de carrière. Ce travail de vérification est parfois long, surtout lorsque s’ajoutent des emplois saisonniers, des périodes travaillées à l’étranger ou des interruptions pour élever des enfants, mais il conditionne directement la continuité de vos revenus en fin de parcours.

Certains seniors nés en 1964 ont déjà pris les devants et obtenu une attestation avant la suspension, avec des dates calculées selon l’ancien calendrier. Pour eux, l’Assurance retraite recommande de se manifester : « Si vous êtes concerné, n’hésitez pas à vous faire connaître pour avoir une nouvelle attestation », conseille l’Assurance retraite. Pour les nouvelles demandes, le mot d’ordre est en revanche la patience : « Pour le moment, nous allons mettre ces dossiers un peu de côté, nous allons les prendre en compte mais dire qu’il est encore un peu tôt pour établir l’attestation, précise l’Assurance retraite. Il n’y a pas d’urgence absolue. Les premiers concernés sont ceux nés en janvier 1964 et dont l’âge légal est désormais atteint en octobre 2026. Tout va rentrer dans l’ordre au printemps quand les textes attendus seront publiés et les outils à jour », rassure l’organisme. D’ici là, les chômeurs de cette génération ont tout intérêt à suivre leurs échanges avec France Travail et l’Assurance retraite, et à garder sous la main tous les justificatifs utiles pour sécuriser leurs derniers mois d’indemnisation.

En bref

  • Depuis le vote de fin 2025 suspendant partiellement la réforme des retraites, les chômeurs français nés en 1964 voient leurs paramètres d’âge légal et de trimestres modifiés.
  • Ces nouveaux seuils (62 ans et 9 mois, 170 trimestres) impactent directement la durée d’indemnisation chômage et rendent obsolètes certaines attestations de régularisation de carrière déjà délivrées.
  • Entre recalcul des droits, nouvelle attestation à demander et calendrier à ajuster avec France Travail, chaque assuré doit analyser sa situation pour ne laisser échapper aucun mois d’allocation.