Retraite : cette étude Drees/IPP montre comment le passage à la pension peut, contre toute attente, améliorer le niveau de vie de nombreux seniors

Par Paul Graph - Publié le

Alors que beaucoup redoutent une chute brutale de leurs revenus au départ, les chiffres de la Drees et de l'IPP bousculent l'idée reçue d'un niveau de vie retraite forcément en berne. Pour qui la pension agit-elle vraiment comme bouclier contre la pauvreté ?

Retraite : cette étude Drees/IPP montre comment le passage à la pension peut, contre toute attente, améliorer le niveau de vie de nombreux seniors

À l’approche du départ, beaucoup de salariés ont commencer à se focaliser sur la future feuille de pension, en redoutant de perdre d’un coup une part importante de leur revenu. Dans les discussions entre collègues ou en famille, la retraite est souvent synonyme de ceinture serrée, voire de déclassement. Une nouvelle étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et de l’Institut des politiques publiques (IPP) raconte pourtant une histoire plus nuancée pour une grande partie des futurs retraités.

Cette étude, centrée sur les actifs partis à la retraite entre 2012 et 2020, croise pour la première fois les données des retraités avec celles de l’Insee. Elle permet « pour la première fois, de mettre en relation les caractéristiques individuelles des retraités avec les revenus de l’ensemble de leur ménage et, partant, d’étudier la variation du niveau de vie et du taux de pauvreté au moment du départ à la retraite selon les profils de carrière et les conditions de liquidation », explique la Drees dans un communiqué cité par Notre Temps. Derrière ces chiffres, une question se dessine : le choc de la retraite sur le niveau de vie est-il vraiment aussi brutal qu’on le craint ?

Retraite et niveau de vie : un choc moins brutal qu’on le croit

Dans l’imaginaire collectif, la retraite rime avec baisse mécanique de revenu : la pension ne représenterait qu’environ trois quarts du dernier salaire. Pour un salarié au parcours complet et en emploi à temps plein, le taux de remplacement médian tourne en effet autour de 75 %, ce qui se traduit souvent par une baisse brute d’environ 25 % entre le dernier salaire et la pension. « La vision traditionnelle est biaisée. On a la vision de la personne en emploi à temps plein jusqu’au bout et qui part à la retraite. », observe Patrick Aubert, de la Drees, dans un entretien accordé à MoneyVox.

Or beaucoup de fins de carrière ne ressemblent pas à ce modèle idéal : chômage de longue durée, invalidité, temps partiel subi ou contrats précaires tirent les derniers revenus vers le bas. « Il ne faut surtout pas oublier que toute une partie de la population, à l’approche de la retraite, n’est plus en emploi, ou travaille à temps partiel », insiste Patrick Aubert. Lorsque l’on tient compte des revenus du conjoint et des éventuels revenus du patrimoine, Drees et IPP estiment que la baisse médiane des ressources du foyer n’est plus que de 14 %, et que la chute de niveau de vie des retraités, en intégrant la composition du ménage, se limite à 9 %.

Pourquoi le passage à la retraite fait reculer la pauvreté

Pour les ménages les plus fragiles, le passage du statut d’actif à celui de retraité joue même un rôle de bouclier. En 2020, 12,4 % des futurs retraités vivaient sous le seuil de pauvreté l’année précédant leur départ, contre 8,3 % une fois la pension versée, soit une baisse du taux de pauvreté comprise entre 3,2 et 4,7 points selon les générations. « Le taux de pauvreté baisse significativement lors du départ à la retraite », conclut ainsi l’étude de la Drees, et le taux de pauvreté des retraités, à 10 % en 2022, reste inférieur à celui de l’ensemble de la population, fixé à 14,4 %.

La principale explication tient à la nature même de la retraite : un revenu mensuel, stable et garanti, qui vient remplacer des fins de carrière souvent hachées. D’après l’étude, les anciens chômeurs voient en moyenne leur niveau de vie grimper de 9 % au moment du départ, ceux qui percevaient une pension d’invalidité de 4 %, et 35 % des personnes en emploi juste avant leur retraite constatent même une hausse de leur niveau de vie. « Grâce à l’arrivée à l’âge de la retraite, de nombreux Français sortent du seuil de pauvreté mais attention, cela ne veut pas dire que leur retraite n’est pas faible pour autant ! », prévient Patrick Aubert.

Aspa, minimum contributif, conjoint : des filets qui comptent

Cette amélioration relative du niveau de vie à la retraite repose aussi sur l’architecture du système français. Sur le plan des minima sociaux, Patrick Aubert rappelle : « L’Aspa [nouveau nom du minimum vieillesse, NDLR] est un minima social dont la valeur est nettement supérieure au RSA. Donc, mécaniquement, une personne qui n’a pas du tout de revenus ni de conjoint retrouve un minimum supérieur en arrivant à la retraite. » Ce cas de figure reste minoritaire, environ 4 à 5 % des retraités touchent l’Aspa, mais d’autres mécanismes complètent le tableau, comme le minimum contributif, la validation de trimestres pour les enfants ou le taux plein pour inaptitude.

« Le terme de minimum contributif est effectivement piégeux car il laisse croire que c’est un minimum. », nuance-t-il, son montant dépendant en réalité de la durée de carrière. Pour des personnes à petite retraite, la situation conjugale pèse aussi lourd : « Pour des personnes à petite retraite, se pose aussi la question du conjoint : au décès du conjoint, la pension de réversion a beaucoup d’importance pour maintenir un niveau de vie… Mais si elles n’étaient pas mariées, là il peut y avoir risque de tomber dans la pauvreté. », avertit Patrick Aubert. L’étude souligne enfin que la moitié des nouveaux retraités restent dans la même tranche de niveau de vie qu’avant, quatre sur dix seulement changeant de catégorie, avec un léger déplacement vers les catégories modestes (+3,9 points) et un recul des plus aisés d’environ 6 points.

En bref

  • Une étude Drees–IPP croisant données Insee et parcours entre 2012 et 2020 analyse l'impact du passage à la retraite sur le niveau de vie et le taux de pauvreté des seniors.
  • Elle montre que, malgré une pension médiane inférieure d'environ 25 % au dernier salaire, la baisse de niveau de vie se limite à 9 % en médiane et que le taux de pauvreté recule de 12,4 % à 8,3 % au moment du départ.
  • Entre rôle protecteur de l'Aspa, du minimum contributif ou de la pension de réversion et fragilités persistantes des carrières incomplètes ou des personnes isolées, l'étude éclaire les profils pour qui la retraite agit vraiment comme amortisseur.