Retraites : ce simple oubli sur votre relevé de carrière et vos points Agirc-Arrco fait perdre jusqu’à 1 000 € par an à des milliers de Français

Par Paul Graph - Publié le

En France, 1 retraite sur 7 contient une erreur sur le relevé de carrière, souvent au détriment du futur retraité. Comment un simple oubli de vérification peut-il coûter jusqu’à 1 000 € par an au moment de partir ?

Retraites : ce simple oubli sur votre relevé de carrière et vos points Agirc-Arrco fait perdre jusqu’à 1 000 € par an à des milliers de Français

Vous vous dites peut-être que votre future pension est déjà assez malmenée par les réformes et l’inflation, sans imaginer qu’un simple oubli adminsitratif peut en plus rogner ce que vous avez cotisé. Pourtant, un document que tout salarié reçoit, mais que beaucoup rangent sans le lire, suffit parfois à faire disparaître des trimestres ou des points de retraite sans que personne ne s’en rende compte.

D’après la Cour des comptes, près d’une retraite sur sept comporte une erreur financière, et ces anomalies jouent dans environ 75 % des cas contre l’assuré, avec un préjudice médian de 123 € par an et, pour 10 % des dossiers, plus de 1 000 € de perte annuelle. Quand on sait que les pensions de base, qui auraient dû être revalorisées de 0,9 %, et les retraites complémentaires Agirc-Arrco, qui auraient pu augmenter de 0,6 %, sont gelées ou menacées de l’être, chaque euro compte encore plus : l’oubli de vérification devient explosif.

Erreurs sur le relevé de carrière : un risque massif pour votre retraite

Le cœur du problème se trouve sur le relevé de carrière, ce document qui récapitule, année après année, vos salaires, vos trimestres et vos points de retraite complémentaire. Selon les données mises en avant par la Cour des comptes, près d’un dossier sur huit était erroné en 2023, et ces erreurs se traduisent très concrètement par une pension de retraite définitivement plus faible que ce à quoi vous aviez droit. Ce n’est pas une curiosité statistique, mais un manque à gagner durable pour des milliers de Français.

Les dossiers les plus exposés sont ceux des personnes ayant connu plusieurs employeurs, des changements de statut ou des passages par différents régimes. Dans ces carrières dites « hachées », les trous de transmission entre caisses se multiplient, surtout sur la retraite complémentaire Agirc-Arrco où les points dépendent des déclarations des employeurs. Une erreur de saisie ou un point manquant peut alors réduire la rente de plusieurs centaines d’euros par an, au moment même où l’absence de revalorisation des pensions rogne déjà le pouvoir d’achat des retraités.

Jobs oubliés, périodes assimilées, points Agirc-Arrco : où se cachent les pertes

Parmi les anomalies les plus fréquentes, les contrats courts et les jobs étudiants arrivent en tête. Les stages d’été, petits CDD ou missions d’intérim disparaissent souvent des radars, alors qu’un trimestre est validé dès 150 heures de SMIC cotisées. Si ces périodes n’apparaissent pas, chaque trimestre manquant entraîne une décote de 1,25 % définitive sur votre pension de base. Sans vieux bulletins de salaire pour prouver ces emplois, l’administration ne corrigera pas la ligne manquante.

Autre zone à haut risque : les salaires mal reportés, qui faussent le calcul de vos 25 meilleures années servant de base à la pension du régime général. Des migrations informatiques, voire le « bug de l’an 2000 », ont parfois gommé des historiques de rémunération, en particulier pour les revenus proches du plafond de la Sécurité sociale. S’ajoutent les périodes de chômage indemnisé ou de longue maladie, les congés maternité ou l’invalidité, qui doivent générer des trimestres assimilés mais sont parfois oubliés, tout comme le service militaire (jusqu’à six trimestres) ou les huit trimestres par enfant dans le privé. Pour faire rectifier ces manques, les caisses exigent des preuves : attestations France Travail, décomptes d’indemnités journalières, livret militaire, livret de famille ou acte de naissance.

Comment vérifier et corriger son relevé de carrière retraite avant la liquidation ?

Pour éviter ces pertes, les spécialistes recommandent de commencer à scruter sa carrière dès 45 ans, sans attendre la demande de liquidation. Un Relevé Individuel de Situation est envoyé automatiquement tous les cinq ans à partir de 35 ans, mais le moyen le plus fiable reste la consultation de votre compte retraite en ligne, où votre parcours apparaît employeur par employeur. En pratique, il s’agit de vérifier chronologiquement que chaque période de travail, de chômage indemnisé ou de maladie figure bien, que vous validez le bon nombre de trimestres par an et que vos points Agirc-Arrco correspondent aux cotisations prélevées sur vos fiches de paie. Pour cela, certains documents sont à garder toute une vie active :

  • tous vos bulletins de salaire et certificats de travail ;
  • les attestations France Travail et décomptes d’indemnités journalières (maladie, maternité) ;
  • les preuves de service national ou livret militaire, livret de famille, actes de naissance.

Depuis 2022, la démarche pour signaler une anomalie a été simplifiée : un service en ligne intitulé « Mettre à jour mon relevé de carrière », accessible depuis votre compte retraite, permet de demander une rectification, option qui s’ouvre en général à partir de 55 ans. Avant cet âge, il faut contacter directement les caisses concernées, comme la CNAV ou l’Agirc-Arrco, via la messagerie sécurisée du site Info Retraite et transmettre les justificatifs. Sans pièces probantes, aucune correction n’est possible, ce qui donne tout son poids au « simple » oubli de conserver ses preuves ou de contrôler son relevé suffisamment tôt : mieux vaut s’y prendre rapidemment que découvrir, au moment de partir, qu’une partie de votre retraite s’est envolée depuis des années.