Ex-conjoint divorcé : en 2026, ce droit à la pension de réversion que vous gardez même après remariage peut vous coûter jusqu'à 1 500 € par mois sans le savoir

Par Paul Graph - Publié le

Divorcé, vous pensez que le remariage a effacé vos droits à la pension de réversion ? Entre partage des montants, plafonds de ressources et délais, les règles 2026 réservent des surprises aux ex-conjoints.

Ex-conjoint divorcé : en 2026, ce droit à la pension de réversion que vous gardez même après remariage peut vous coûter jusqu’à 1 500 € par mois sans le savoir

Vous avez divorcé il y a des années et votre ex s’est remarié : beaucoup pensent que le chapitre est clos, y compris pour la retraite. En France, environ 4,4 millions de personnes perçoivent aujourd’hui une pension de réversion, mais entre 8 et 10 % des Français qui pourraient y prétendre ne la demanderaient jamais, selon les travaux du Conseil d’orientation des retraites.

Ce flou pénalise particulièrement l’ex-conjoint divorcé, persuadé de perdre ses droits dès que l’autre refait sa vie ou que le divorce remonte à loin. Or la réversion peut représenter plusieurs centaines d’euros, voire plus de 1 500 euros par mois, et le gouvernement prépare une réforme d’ampleur pour 2027 avec, notamment, une éventuelle ouverture aux couples pacsés. De quoi donner envie de vérifier sérieusement sa situation.

Pension de réversion et ex-conjoint divorcé : ce que le remariage ne supprime pas

Le principe reste largement méconnu : lorsqu’un assuré décède, la pension de réversion peut être répartie entre tous les conjoints et ex-conjoints qui ont été mariés avec lui. Le remariage du défunt n’efface donc pas les droits des précédents époux. La part de chacun se calcule au prorata de la durée du mariage : si une première épouse a été mariée 20 ans et la seconde 5 ans, elles recevront respectivement 80 % et 20 % de la réversion. Avec une retraite de base de 2 000 euros, la réversion du régime général atteint 54 %, soit 1 080 euros bruts mensuels à partager : environ 864 euros pour la première épouse, 216 euros pour la seconde.

C’est tout l’enjeu rappelé par Maître Dominique Attias : « Beaucoup de personnes divorcées pensent, à tort, qu’elles perdent automatiquement tout droit dès lors que leur ex-conjoint refait sa vie. Or le divorce ne supprime pas nécessairement les droits à réversion acquis pendant le mariage », rappelle Maître Dominique Attias, avocate spécialisée en droit de la famille, citée par Capital. Autrement dit, un ex-conjoint divorcé peut conserver des droits, même si le divorce date de plusieurs décennies, même s’il vit aujourd’hui en concubinage ou est pacsé. À ce jour, seul le mariage ouvre des droits propres à réversion, mais une réforme pour 2027 envisage d’ouvrir le dispositif aux couples pacsés et possiblement aux concubins.

Montants et conditions 2026 : combien peut toucher un ex-conjoint divorcé ?

En 2026, les règles du régime général restent centrales pour les ex-époux. L’âge minimum pour demander la réversion est fixé à 55 ans et les ressources annuelles ne doivent pas dépasser 25 001,60 euros pour une personne seule ou 40 002,56 euros pour un couple. La pension correspond à 54 % de la retraite de base du défunt, avec un minimum garanti de 334,92 euros par mois si celui-ci a cotisé au moins 15 ans à l’Assurance retraite, et un plafond à 1 081,35 euros mensuels. Les caisses examinent les revenus des derniers mois ou de l’année précédente, certains revenus professionnels n’étant pris en compte qu’à hauteur de 70 %.

À côté, les retraites complémentaires Agirc-Arrco appliquent en général un taux de 60 % sans condition de ressources, et la fonction publique un taux de 50 % de la pension du défunt. Selon le niveau de retraite et la durée de chaque mariage, les sommes en jeu peuvent devenir très élevées : pour une retraite globale de 3 500 euros mensuels, la réversion totale peut approcher 1 900 euros, dont près de 1 580 euros pour un ex-conjoint marié 25 ans sur 30 années de mariage total. Autre point souvent ignoré : lorsque l’un des bénéficiaires décède, ou perd ses droits, la part peut être redistribuée aux autres ex-conjoints survivants. « Beaucoup de personnes ignorent que leurs droits peuvent évoluer dans le temps. Il faut donc continuer à suivre sa situation auprès des caisses de retraite », souligne Maître Dominique Attias.

Ex-conjoint divorcé : démarches, rétroactivité et erreurs qui coûtent cher

Dernier piège, et pas des moindres : la pension de réversion n’est jamais versée automatiquement. Une demande formelle est indispensable, que ce soit via le portail en ligne, directement auprès des caisses de retraite ou avec l’aide d’un conseiller. Dans le régime général, la rétroactivité est limitée à 12 mois après le dépôt de la demande : au-delà, les mois antérieurs sont perdus, même si toutes les conditions étaient remplies depuis plusieur années. « Beaucoup d’ex-conjoints découvrent trop tard qu’ils auraient pu demander une pension de réversion depuis plusieurs années », alerte Maître Dominique Attias.

Pour monter un dossier solide, plusieurs justificatifs restent indispensables, en particulier pour un ex-conjoint divorcé :

  • acte de mariage avec le défunt ;
  • jugement de divorce complet ;
  • relevés de carrière du défunt ;
  • pièces d’identité et justificatifs de ressources ;
  • acte de décès.

Ces droits acquis pendant le mariage peuvent aussi évoluer si un autre bénéficiaire décède ou voit sa propre pension modifiée : l’ex-conjoint a donc intérêt à rester en contact avec ses caisses de retraite pour ne pas laisser dormir des montants qui lui reviennent potentiellement au titre de son ancien mariage.

Sources

En bref

  • En France, 4,4 millions de personnes touchent une pension de réversion mais de nombreux ex-conjoints divorcés ignorent qu’ils peuvent encore y prétendre, même après un remariage.
  • Les règles 2026 prévoient un partage de la pension de réversion au prorata des durées de mariage, avec des montants pouvant dépasser 1 500 € par mois et des droits qui évoluent si un autre bénéficiaire perd sa part.
  • Démarches obligatoires, rétroactivité limitée à 12 mois et pièces à fournir : mal anticiper ces points peut coûter cher aux ex-conjoints qui laissent dormir leurs droits potentiels.