Bitcoin : pourquoi 7 investisseurs sur 10 sont des hommes et ce que cela révèle de l'épargne des Françaises
En France, les femmes restent largement minoritaires parmi les investisseurs en Bitcoin, malgré une notoriété record des crypto-actifs. Que racontent vraiment les derniers baromètres 2025-2026 sur cet écart de genre et ce qui pourrait bientôt le rebattre ?

Longtemps présenté comme un terrain de jeu réservé aux hommes, le Bitcoin en France attire aussi de plus en plus de femmes. Mais derrière cette impression de rattrapage, les dernières études de l’Autorité des marchés financiers (AMF), de l’Association for the Development of Digital Assets (ADAN) et de BlackRock montrent que l’écart de genre reste net lorsqu’il s’agit de détenir des crypto‑actifs, et donc du Bitcoin.
La notoriété des crypto‑actifs atteint pourtant 93 % dans le pays, et environ 11 % des Français en détiennent selon le Baromètre 2026 de l’ADAN. Bitcoin reste la porte d’entrée dominante : 66 % des acquéreurs français de crypto‑actifs déclarent posséder du BTC. Sous ce vernis de démocratisation, la réalité des comportements diffère fortement entre femmes et hommes, y compris quand il s’agit de ce premier crypto‑actif.
Bitcoin et crypto : l’écart femmes-hommes en France
Selon le focus 2025 du Baromètre de l’épargne et de l’investissement de l’Autorité des marchés financiers, 5 % des Françaises déclarent détenir des crypto‑actifs en investissement direct, contre 15 % des Français. La même étude indique que les femmes ne représentent que 26 % des investisseurs en crypto‑actifs, les hommes en formant donc près des trois quarts. Le Baromètre 2026 de l’ADAN, réalisé avec Ipsos, converge : 70 % des acquéreurs de crypto‑actifs en France sont des hommes, 30 % des femmes, alors même que le profil moyen de ces investisseurs est plus jeune que la population générale, avec un âge moyen de 39 ans.
| Source / année | Indicateur | Femmes | Hommes | Définition rapide |
|---|---|---|---|---|
| AMF 2025 | Détention crypto directe | 5 % | 15 % | Part des adultes équipés |
| AMF 2025 | Part dans les investisseurs crypto | 26 % | 74 % | Structure du groupe investisseur |
| ADAN 2026 | Acquéreurs de crypto‑actifs | 30 % | 70 % | Achats déjà réalisés |
| BlackRock / YouGov 2025 | Investisseurs crypto actuels | 27 % | 73 % | Personnes déjà exposées |
| BlackRock / YouGov 2025 | Futurs primo‑investisseurs crypto | 31 % | 69 % | Intention d’investir sous 12 mois |
Derrière ces pourcentages, les méthodologies diffèrent, mais un même tableau se dessine : les hommes restent clairement majoritaires parmi les investisseurs en crypto‑actifs, tandis que les femmes pèsent entre un quart et un bon tiers selon les sources. Comme Bitcoin est détenu par 66 % des acquéreurs de crypto‑actifs en France, ces chiffres décrivent d’abord la répartition femmes‑hommes sur Bitcoin lui‑même, plus que sur des niches très spécialisées.
Risque, confiance, âge : ce que révèlent les données par genre
Le baromètre de l’AMF met aussi en lumière des différences de rapport au risque qui pèsent sur l’investissement en Bitcoin. 51 % des femmes interrogées déclarent refuser toute prise de risque pour leur épargne, contre 31 % des hommes. Seules 28 % des femmes se sentent compétentes pour choisir seules des placements financiers, quand 51 % des hommes partagent ce sentiment. Et, plus largement, 24 % des femmes investissent « en direct » (actions, fonds, crypto‑actifs), contre 45 % des hommes, ce qui cadre l’écart observé sur les actifs les plus volatils.
Les études décrivent aussi un profil spécifique des investisseuses en crypto : plus jeunes et plus souvent cadres ou diplômées du supérieur que la moyenne des Françaises. L’ADAN souligne que la moitié des acquéreurs de crypto‑actifs ont entre 18 et 34 ans, et BlackRock / YouGov observent que les femmes représentent 27 % des investisseurs crypto aujourd’hui, mais 31 % des personnes se disant prêtes à investir dans les douze prochains mois. Signe que les Françaises qui s interressent au Bitcoin appartiennent surtout à une nouvelle génération plus familière du numérique et des placements risqués.
Accès, sécurité et fiscalité : qu’est-ce qui freine encore les Françaises sur le Bitcoin ?
Sur le terrain pratique, l’accès au Bitcoin en France passe désormais par des plateformes régulées disposant d’un enregistrement PSCA auprès de l’AMF ou d’un agrément européen MiCA. Pour acheter, il faut ouvrir un compte, déposer des euros et passer un ordre, le plus souvent à partir de 10 €. La vérification d’identité KYC est obligatoire : en pratique, il s’agit de transmettre une pièce d’identité et parfois un selfie vidéo, un processus largement automatisé qui dure en général moins de 10 minutes. Les virements bancaires SEPA sont souvent gratuits, alors que les achats par carte bancaire entraînent des frais de l’ordre de 1,5 à 3 %, détail qui peut peser dans la perception du coût d’entrée, en particulier pour de petits montants.
La question de la sécurité et de la confidentialité ajoute une autre couche de prudence, pour les femmes comme pour les hommes. Entrée en vigueur le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC8 oblige les prestataires à collecter les données d’identité et de transaction de leurs clients et à les transmettre automatiquement aux administrations fiscales, les premiers rapports devant être envoyés avant le 30 septembre 2027. La plateforme non dépositaire Bull Bitcoin conteste en France le décret d’application, jugeant que cette évolution transforme le « Know Your Customer » (« Connaissez votre client ») en « Kill Your Customer » (« Tuez votre client ») et centralise des données potentiellement sensibles. « Nous ne pouvons laisser cette atteinte à la vie privée ébranler les fondements mêmes de la civilisation. Il nous faut tracer une ligne rouge et refuser toute concession supplémentaire avant qu’il ne soit trop tard. Il est impératif que quelqu’un prenne position. Or, il semble que personne d’autre ne soit disposé ni capable de le faire. C’est donc à Bull Bitcoin qu’il revient de mener ce combat. » a déclaré Francis Pouliot, PDG de Bull Bitcoin, cité par Cointribune. Ces inquiétudes interviennent dans un contexte où les cyberattaques et les faits divers liés aux cryptomonnaies se sont multipliés, de la cyberattaque révélée par Coinbase en mai 2025 (moins de 1 % des utilisateurs touchés, pour un coût potentiel pouvant atteindre 400 millions de dollars, soit environ 370 millions d’euros) aux enlèvements et aux « attaques à la clé à molette » recensés en France et en Europe, autant d’éléments qui nourrissent un climat d’attention accrue autour de l’investissement en Bitcoin.
En bref
- Entre 2025 et 2026, les baromètres de l’AMF, de l’ADAN et de BlackRock décrivent un Bitcoin très masculin en France, malgré une notoriété des crypto-actifs proche de 100 %.
- Les données montrent que 5 % des femmes contre 15 % des hommes détiennent des crypto-actifs, que les hommes représentent environ 70 % des acquéreurs, et que le rapport au risque et au sentiment de compétence creuse cet écart.
- Accès via plateformes régulées, contraintes KYC, coûts, nouvelles règles comme DAC8 et montée d’une génération de jeunes investisseuses esquissent pourtant un possible rééquilibrage du paysage Bitcoin.






