Or : cette corrélation inédite avec le CAC 40 qui remet en cause son statut de valeur refuge pour votre portefeuille
En pleine crise entre Washington et Téhéran, l’or recule de 20 % au lieu de s’embraser, tandis que sa corrélation avec le CAC 40 grimpe à 0,6. Faut-il y voir la fin de la valeur refuge ou un changement plus profond de régime de marché ?

En pleine montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran, beaucoup d’investisseurs s’attendaient à voir l’or s’envoler. Pourtant, le métal jaune a décroché d’environ 20% depuis le début des hostilités, alors même que le risque géopolitique restait très élevé. Plus déroutant encore, il a rebondi au moment de l’annonce d’un accord, là où le réflexe classique de « valeur refuge » aurait plutôt suggéré l’inverse.
Dans le même temps, l’or est devenu plus chahuté et s’est rapproché du comportement des indices boursiers. Depuis fin 2025, sa volatilité est environ 1,5 fois supérieure à celle des marchés actions, un niveau qui n’avait plus été observé depuis la crise financière de 2008-2009, et sa corrélation avec le CAC 40 tourne autour de 0,6, contre une moyenne de long terme proche de zéro. De quoi se demander si la célèbre valeur refuge n’est pas en train de changer de nature.
Or et CAC 40 : une corrélation en hausse qui bouscule les repères
Historiquement, l’or évoluait de façon largement indépendante des actions. Sa volatilité restait inférieure ou, au pire, comparable à celle des marchés boursiers, et la corrélation avec un indice comme le CAC 40 se situait « proche de zéro sur longue période ». Autrement dit, le métal jaune offrait un véritable contrepoint aux actions dans un portefeuille, en plus de son image de refuge en période de choc.
Depuis fin 2025, le régime a changé. Les calculs montrent que l’or est « devenu environ 1,5 fois plus volatil que les marchés actions », un niveau de tension qui n’avait « plus été observé depuis la crise financière de 2008-2009 ». Surtout, « la corrélation avec les actions a fortement progressé : autour de 0,6 pour l’or avec le CAC 40 ». Ce chiffre reste loin d’une fusion totale des trajectoires, mais il signifie que l’or réagit beaucoup plus qu’avant aux mêmes impulsions de marché que les grandes valeurs françaises. L’actif de réserve se comporte davantage comme un actif de marché, ce qui brouille la lecture traditionnelle de son rôle.
Liquidité, nouveaux flux et retour aux fondamentaux : ce qui explique la re-corrélation
Un premier élément avancé est la liquidité. L’or est décrit comme un actif « mondial, profond, facilement négociable ». En période de tension, il peut être recherché, mais aussi vendu très vite. Après le lancement de l’opération Epic Fury, les prises de bénéfices ont été importantes alors que les marchés actions reculaient eux aussi. Dans ce contexte, l’or a servi non seulement de refuge, mais aussi de « réserve de liquidité ». Autre changement de taille : l’envolée du cours de l’or depuis 2024 a suscité un interet renouvelé des particuliers, tandis que « les produits financiers adossés à l’or se sont développés, notamment en Asie ». Plus de suivi, plus d’arbitrages, plus de trading, ce qui « peut accroître la volatilité » et rapprocher encore un peu plus le comportement du métal jaune de celui des actions.
| Indicateur | Régime « historique » | Depuis fin 2025 | Effet sur l’image de refuge |
|---|---|---|---|
| Corrélation or – CAC 40 | Proche de zéro sur longue période | Autour de 0,6 avec le CAC 40 | Or plus proche des mouvements actions |
| Volatilité relative | Inférieure ou comparable aux actions | Environ 1,5 fois plus volatile | Mouvements plus amples, refuge moins calme |
| Réaction au choc géopolitique | Hausse attendue quand le risque monte | Baisse d’environ 20%, rebond à l’accord | Réflexe refuge moins automatique |
| Type de demande dominante | Achats réguliers des banques centrales | Plus de bijouterie et d’investissement privé | Marché plus sensible au prix |
| Facteurs clés suivis | Géopolitique prise isolément | Inflation, taux réels, politiques budgétaires | Retour aux fondamentaux macro |
Le rôle des banques centrales joue aussi. Celles-ci « avaient constitué une source d’achat régulière et stabilisatrice », mais elles ont « ralenti leurs programmes d’achats face à des cours élevés ». Quand cette demande institutionnelle pèse moins, « d’autres composantes plus sensibles au prix, comme la bijouterie ou l’investissement privé, reprennent de l’importance ». Les marchés, eux, se sont « habitués à un environnement plus brutal » – tensions géopolitiques, rapports de force commerciaux, déclarations imprévisibles de Donald Trump. Le risque reste présent, mais une part est déjà intégrée dans les prix, ce qui fait que l’or ne réagit plus mécaniquement à chaque épisode de tension. Enfin, la « re-corrélation » avec les actions tient aussi à des éléments techniques : l’essor de l’intelligence artificielle a porté les marchés boursiers, tandis que la crise autour d’Ormuz a remis au centre l’inflation, les anticipations de taux et l’incertitude entourant la Réserve fédérale, exposant l’or aux mêmes arbitrages macroéconomiques que les autres actifs.
En bref
- Entre tensions États-Unis–Iran et fin 2025, l’or recule d’environ 20 %, devient 1,5 fois plus volatil que les actions et voit sa corrélation avec le CAC 40 grimper autour de 0,6.
- Liquidité, nouveaux flux via ETF, banques centrales moins acheteuses et retour de l’inflation et des taux réels expliquent une re-corrélation de l’or avec les marchés actions.
- Cette mutation apparente interroge la notion de valeur refuge et oblige à repenser le rôle de l’or dans la diversification d’un portefeuille en fonction des régimes de marché.









