Revalorisation des retraites : la nouvelle règle qui va déconnecter votre pension de l'inflation dès 2027
Sous-indexer les pensions ou maintenir le lien avec l’inflation ? Entre gel de l’Agirc-Arrco et pistes budgétaires jusqu’en 2030, les retraités voient planer la menace d’un nouveau recul discret de leur pouvoir d’achat.

Faut-il encore indexer les pensions de retraite sur l’inflation, comme le prévoit le Code de la Sécurité sociale, ou les freiner pour redresser les comptes sociaux ? Depuis deux automnes, cette question revient à l’Assemblée nationale au moment du budget de la Sécurité sociale, avec à chaque fois les mêmes pistes : maintien de l’indexation, gel pur et simple ou sous-indexation des retraites pour ne plus suivre complètement la hausse des prix.
Pour l’instant, les différentes tentatives de durcissement ont échoué et les pensions ont bien été revalorisées chaque 1er janvier en fonction de l’inflation de l’année écoulée. En janvier 2026, les pensions de base ont ainsi été relevées de 0,9 %, après une hausse de 1,7 % en 2025. Selon les dernières projections de la commission des comptes de la Sécurité sociale, elles pourraient progresser d’environ 1,6 % au 1er janvier 2027, si la formule d’indexation sur les prix hors tabac mesurés par l’Insee est appliquée, mais le gouvernement conserve la possibilité de s’écarter de la formule habituelle pour des raisons budgétaires. Derrière ces pourcentages, une autre idée beaucoup plus sensible ressurgit.
Deux retraites, deux calendriers : base et Agirc-Arrco sous tension
Dans ce débat, il faut distinguer deux grands types de pensions : la retraite de base de la Sécurité sociale, qui concerne quelque 17 milions de retraités, et la retraite complémentaire du privé versée par l’Agirc-Arrco, perçue par 14 millions d’anciens salariés. Pour la première, le mécanisme est encadré : le Code de la Sécurité sociale prévoit que les pensions soient réévaluées chaque année au 1er janvier en fonction de l’inflation de l’année écoulée, hors tabac. La retraite complémentaire, elle, dépend chaque année d’une décision du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, où représentants des salariés et des employeurs fixent le taux d’évolution des pensions.
| Régime | Date de revalorisation | Qui décide / règle | Dernier fait marquant |
|---|---|---|---|
| Retraites de base (régimes Sécurité sociale) | 1er janvier de chaque année | État, Code de la Sécurité sociale, inflation hors tabac | +0,9 % au 1er janvier 2026 ; +1,7 % en 2025 |
| Retraites complémentaires Agirc-Arrco | 1er novembre de chaque année | Conseil d’administration paritaire, accord national interprofessionnel 2023 | 0 % en octobre 2025, gel de la valeur du point |
| Projection retraites de base 2027 | 1er janvier 2027 (prévision) | Indexation sur inflation estimée à 1,6 % | Sous-indexation recommandée jusqu’en 2030, effort cumulé d’environ 2 points |
Côté complémentaire, l’automne 2025 a marqué une rupture : en octobre, faute d’accord entre syndicats et patronat, les retraites complémentaires n’ont pas été revalorisées alors que les syndicats espéraient s’approcher de 1 % quand le patronat restait fixé sur 0,2 %. « Les services de l’organisme ont déduit que l’absence de décision du Conseil d’administration entraînait le gel de la valeur de service du point Agirc-Arrco », dénoncent la CGT et la CGE-CGC dans un communiqué, cité par 20 Minutes. Selon elles, cette décision n’est pas conforme à l’accord national interprofessionnel de 2023, qui prévoit une sous-indexation de 0,4 point par rapport à l’inflation mais autorise le conseil d’administration à aller jusqu’au niveau de l’inflation en fonction de la santé du régime.
Sous-indexation des retraites : l’alerte du CSR et le risque sur le pouvoir d’achat
Face à cette séquence, les deux syndicats ont annoncé : « Constatant le blocage du patronat, la CGT et la CFE-CGC décident donc de porter l’affaire en justice, afin de préserver les intérêts des retraités, actuels et futurs, et une gestion paritaire du régime conforme à ses règles », indique le communiqué. « On assigne le patronat devant le tribunal judiciaire pour non-respect de l’accord de l’Agirc-Arrco de 2023, qui précise que le conseil d’administration n’est pas une instance de négociation mais une instance où on doit appliquer les accords », a déclaré le négociateur de la CGT Denis Gravouil. En l’absence d’accord, il estime que la revalorisation aurait au moins dû être de 0,6 point et que l’Agirc-Arrco en « a largement les moyens », alors que la « règle d’or » du régime impose de conserver au moins six mois de pensions en réserve et que les réserves atteignaient plus de 90 milliards d’euros fin 2025 pour 100,9 milliards d’euros de pensions versées.
En parallèle, les experts du Comité de suivi des retraites ont ravivé le débat mi-juillet dans leur 13e avis adressé au gouvernement, au Parlement et aux caisses de retraite. L’instance indépendante chargée d’évaluer la situation financière du système estime que les comptes sont suffisamment dégradés pour menacer le fonctionnement de la répartition : « La situation de notre système de retraite est préoccupante d’ici 2045 et alarmante à plus long terme », insiste-t-elle, selon des propos rapportés par NotreTemps. S’appuyant sur les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites, qui table sur un déficit de 6,8 milliards d’euros d’ici 2030, le comité préconise à court terme de sous-indexer les pensions de retraite de tous les assurés jusque 2030, à un rythme inférieur à l’inflation. Le comité estime que les pensions devraient progresser en deçà de l’inflation « de deux points au moins, un effort réparti sur plusieurs années. » Selon le CSR, cette piste, qui toucherait environ 17 millions de retraités, permettrait de résorber le déficit.
Les experts soulignent que le niveau de vie des retraités en France est aujourd’hui proche de celui des actifs, que leurs pensions ont été régulièrement réévaluées et que leur épargne « a augmenté depuis 2019 », beaucoup étant propriétaires de leur logement. Pour eux, cette solution temporaire est préférable à une hausse des cotisations sociales qui alourdirait le coût du travail, même s’ils reconnaissent que « cette sous-indexation temporaire ne réglerait pas le problème à long terme » et qu’il faudra aussi jouer sur l’âge moyen de départ ou la durée de cotisation. Le comité propose également de revoir le pilotage du système avec le d’une « règle d’or ». L’idée serait d’imposer un « équilibrage puriannuel » des régimes, avec certaines années en déficit et d’autres en excédent, quitte à activer automatiquement des leviers comme le relèvement de l’âge légal, de la durée d’assurance ou la sous-indexation. Pour les retraités, une revalorisation plus faible que l’inflation entre 2027 et 2030 se traduirait mécaniquement par une perte de pouvoir d’achat durable, alors même que l’épisode de « l’année blanche » évoqué en 2025, finalement évité grâce à la hausse de 0,9 %, reste dans les mémoires et que les prochains chiffres d’inflation diront si le scénario d’une hausse de 1,6 % en 2027 sera confirmé ou revu.
En bref
- Entre 2025 et 2027, retraites de base et pensions complémentaires Agirc-Arrco sont au cœur de débats budgétaires intenses sur leur indexation à l’inflation.
- Avis du Comité de suivi des retraites, précédent du PLFSS 2026 et gel inédit de la valeur du point Agirc-Arrco alimentent la piste d’une sous-indexation jusqu’en 2030.
- Derrière ces pourcentages se joue une possible érosion durable du pouvoir d’achat de 17 millions de retraités, avec des jalons décisifs à suivre dès les prochains automnes.








