Pendant que les mineurs de Bitcoin font faillite, certains États lancent une manœuvre pour s'emparer du réseau
Entre la faillite de Poolin aux États-Unis et le virage stratégique du Kazakhstan, le minage de Bitcoin entre dans une nouvelle ère industrielle. Mais cette montée en puissance étatique annonce-t-elle une centralisation du minage Bitcoin aux conséquences durables ?

Un ancien mastodonte chinois du minage de Bitcoin qui se place sous la protection du Chapter 11 aux États-Unis, pendant qu’un État comme le Kazakhstan grave dans la loi un minage « stratégique » pour alimenter une réserve nationale de BTC : le contraste est frappant. D’un côté, des opérateurs privés étranglés par les coûts d’électricité et la dette ; de l’autre, des gouvernements prêts à mobiliser plusieurs centaines de mégawatts pour sécuriser un nouvel actif monétaire.
Depuis le sommet d’octobre 2025, la baisse du prix du BTC a réduit les revenus des mineurs, alors que la récompense de bloc reste fixée à 3,125 BTC depuis le dernier halving. Le hashrate du réseau, monté jusqu’à 1 098 EH/s en septembre 2025, tourne autour de 834 EH/s au 23 juillet, soit une chute d’environ 24 %, signe que des fermes ont débranché tout ou partie de leurs machines. Pour les acteurs privés les moins efficaces, le minage devient de moins en moins rentable, tandis qu’il paraît de plus en plus interressant pour des États capables de mobiliser une énergie abondante et bon marché. Reste à savoir si cette bascule ne finit pas par peser sur la centralisation du minage Bitcoin.
Poolin en faillite, quand la sélection économique frappe le minage privé
Le cas de Poolin illustre ce durcissement. Fondé en Chine en 2017, longtemps parmi les plus grandes pools de minage Bitcoin, le groupe a déclenché une procédure Chapter 11 aux États-Unis, impliquant ses filiales Lonestar Dream et Lonestar Taproot. Ses deux sites texans de Pyote et Tarbush, dans l’ouest du Texas, font déjà l’objet d’une offre initiale combinée de 52 millions de dollars, soit environ 48 millions d’euros, en vue d’une vente encadrée puis d’une liquidation de l’activité. Poolin avait cessé le minage et l’hébergement sur ces sites dès le 10 juillet, ne laissant qu’une équipe réduite pour sécuriser les installations et accompagner la transaction.
La situation financière est lourde : sur près de 173,1 millions de dollars (environ 160 millions d’euros) d’obligations déclarées, environ 163,7 millions de dollars (près de 150 millions d’euros) correspondent aux reconnaissances de dette émises après le gel des retraits de Poolin Wallet en 2022, les fameux « IOU » remis à certains clients. Dans un marché où les revenus chutent pour tout le monde mais où les coûts d’électricité, de matériel et de dette restent élevés, ce sont les opérateurs disposant des contrats énergétiques les plus avantageux qui peuvent continuer à tourner, pendant que d’autres cèdent leurs sites à des acteurs plus capitalisés. Les infrastructures physiques, les raccordements au réseau et l’accès à une électricité bon marché finissent par valoir plus que le nom de la pool elle‑même, ce qui renforce mécaniquement le poids d’un nombre réduit de groupes capables de racheter ces actifs.
États, énergie et réserves : une nouvelle centralisation du minage Bitcoin ?
Au moment où Poolin cherche un repreneur pour ses installations texanes, le Kazakhstan suit un chemin inverse. Le 18 juillet 2026, le pays a adopté des règles de minage numérique stratégique qui entreront en vigueur le 1er août 2026. Elles réservent ce statut à des data centers d’au moins 150 mégawatts, équipés de machines capables de délivrer au minimum 150 TH/s chacune. En échange de quotas d’électricité dédiés, les entreprises concernées doivent transférer une partie de leurs actifs numériques minés à Astana Hub, le cluster d’innovation du pays, afin de constituer une réserve crypto stratégique gérée sous l’égide de la Banque nationale du Kazakhstan et de sa filiale de gestion d’actifs.
| Date | Acteur | Événement | Chiffre clé | Effet sur la centralisation |
|---|---|---|---|---|
| 10 juillet 2026 | Poolin | Arrêt des opérations Texas | Deux sites Pyote, Tarbush | Actifs repris par des acteurs plus gros |
| 22 juillet 2026 | Poolin | Dépôt Chapter 11 | 173,1 M$ de dettes | Point de défaillance d’une grande pool |
| Offre initiale | Poolin | Vente Pyote, Tarbush | 52 M$ pour les deux sites | Valeur concentrée dans l’accès à l’énergie |
| 18 juillet 2026 | Kazakhstan | Règles de minage stratégique | Résolution gouvernementale n° 638 | Minage lié aux choix de l’État |
| 1er août 2026 | Kazakhstan | Entrée en vigueur des règles | Mines sous quotas d’électricité | Barrières d’entrée élevées |
| Critères techniques | Kazakhstan | Data centers de grande taille | ≥150 MW, ≥150 TH/s | Avantage structurel aux très gros acteurs |
Cette logique d’industrialisation ne concerne pas que l’Asie centrale. En France, une plainte déposée à New York affirme que le mandat confié par MARA à François Garcin couvrait dès 2025 le développement de data centers destinés au minage de Bitcoin, alors que le rachat d’Exaion, ex‑filiale d’EDF, a surtout été présenté au public sous l’angle du cloud sécurisé, de l’IA et du calcul haute performance. La même plainte décrit un projet de lettre diplomatique destinée à la direction d’EDF affirmant qu’ »EDF représente un partenaire stratégique majeur pour MARA, tant en Europe et en France que sur d’autres marchés », et souhaitant établir « un partenariat global, allant des électrons à la tokenomics ». Pour convaincre les autorités françaises, Fred Thiel aurait demandé à François Garcin de « fermer la porte » aux autres candidats « avec un énorme fracas », en présentant l’arrivée de MARA comme un avantage stratégique plutôt qu’un cheval de Troie américain. Interrogé par Cryptoast, Bastien Desteuque, président de l’Institut National du Bitcoin, résume l’enjeu politique de ce type de dossier : « Vont-ils juste ignorer l’affaire ? » Cela dépendra de l’écho. Lorsque toute la classe politique s’est mobilisée contre le rachat, notamment avec la clause de non-concurrence […] le gouvernement a fait retirer cette clause en disant que c’était grâce à son action. », a-t-il indiqué à Cryptoast. Pendant que certains pays utilisent le minage pour valoriser leurs surplus électriques et constituer des réserves en BTC, des innovations comme le protocole Stratum V2 cherchent à redonner aux mineurs individuels la main sur la sélection des transactions dans les blocs ; mais la question de savoir qui contrôle les mégawatts nécessaires au minage reste au cœur du débat sur la décentralisation de Bitcoin.
En bref
- En juillet 2026, l’ex-géant chinois Poolin se place sous Chapter 11 aux États-Unis tandis que le Kazakhstan adopte la résolution n° 638 sur le minage numérique stratégique.
- Entre faillite d’un opérateur privé surendetté et quotas d’électricité réservés à d’énormes data centers étatiques, l’accès à l’énergie devient le véritable centre de gravité du minage de Bitcoin.
- Reste à savoir si Stratum V2, la concurrence entre juridictions et la pression politique suffiront à contenir cette centralisation progressive sans fragiliser l’écosystème Bitcoin.








