Netflix, Steam, YouTube : cette nouvelle taxe à 5,5 centimes par Go qui va alourdir discrètement toutes vos factures

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Netflix, Steam, YouTube : cette nouvelle taxe à 5,5 centimes par Go qui va alourdir discrètement toutes vos factures

Votée d’une voix dans un hémicycle clairsemé, la taxe au gigaoctet de 5,5 centimes vise les données envoyées par Netflix, YouTube ou Steam aux foyers français. Entre projections choc et plafonds ignorés, son impact réel sur vos factures reste entouré d’incertitudes.

En pleine nuit parlementaire, une petite ligne du projet de loi de finances pour 2027 pourrait bouleverser vos soirées Netflix et vos téléchargements Steam. Le vendredi 30 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté de justesse l’amendement I‑1358, qui crée une taxe au gigaoctet de 5,5 centimes sur les volumes de données envoyés aux internautes français par les grandes plateformes numériques.

Concrètement, chaque gigaoctet de vidéo Netflix, de flux YouTube, de sauvegarde dans le cloud ou de mise à jour Windows transité vers une box en France serait taxé à 0,055 € par Go. De quoi faire grimper la facture des géants du numérique, avec un risque réel de répercussion sur le prix des abonnements et des téléchargements. Reste à savoir qui finira par payer.

Taxe au gigaoctet de 5,5 centimes : ce que prévoit l’amendement I‑1358

Dans la nuit du 30 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté l’amendement I‑1358 au projet de loi de finances pour 2027, porté par le député socialiste Laurent Lhardit. Ce texte crée une taxe de 0,055 € par gigaoctet sur toutes les données numériques acheminées vers les abonnés internet situés en France. Le vote s’est joué à 11 voix pour et 10 contre, avec seulement 35 députés présents sur 577, alors même que le gouvernement et le rapporteur général du budget y étaient opposés. Pour défendre la mesure, Laurent Lhardit a expliqué devant l’hémicycle : « Cet amendement propose d’instaurer une taxe sur les flux de données numériques émises par les fournisseurs de contenus, à la charge de ces derniers. Son rendement est estimé à 10 milliards d’euros. La taxe serait principalement acquittée par les géants mondialisés du numérique, puisqu’ils émettent l’immense majorité des flux adressés aux abonnés internet en France. »

Dans les faits, la taxe ne viserait pas les particuliers directement, mais les fournisseurs de contenus et d’applications : services de streaming comme Netflix, YouTube, Disney+, Prime Video ou Twitch, boutiques de jeux vidéo comme Steam, l’Epic Games Store, le PlayStation Network ou le Xbox Network, plateformes de télévision et de replay, réseaux sociaux, outils de communication (Instagram, X, Discord, Teams, Zoom), services de cloud et de synchronisation (Google Drive, iCloud, OneDrive, Dropbox), sans oublier les mises à jour de systèmes d’exploitation. Les fournisseurs d’accès à internet auraient pour mission de mesurer chaque trimestre les volumes transmis, puis de transmettre des statistiques consolidées et anonymisées à l’Arcep et à la Direction générale des finances publiques. Selon le texte officiel, « aucun relevé relatif au contenu des données ni à leur destination ne peut être exigé ». Dans une évaluation reprise par les députés, l’Arcep évoque « 200 milliards de gigaoctets le trafic annuel vers les abonnés français, soit 11 milliards d’euros de taxe au tarif retenu, avant plafonnement ». Afin de contenir l’addition, chaque entreprise verrait sa facture plafonnée à 15 % du chiffre d’affaires réalisé en France ou 2 % du chiffre d’affaires mondial ; l’exposé des motifs de l’amendement souligne d’ailleurs : « Au taux de 0,055 € par giga, un rendement de 10 Md€ est attendu ».

Combien cette taxe au gigaoctet pourrait peser sur Netflix, YouTube ou Steam ?

Officiellement, la taxe reste entièrement à la charge des plateformes, pas des abonnés. Mais l’équation économique parle d’elle-même : plus un service envoie de données, plus la note grimpe. Le visionnage d’un seul film en définition 4K nécessite en moyenne 14 à 15 Go de données, ce qui générerait jusqu’à 0,77 euro de taxe brute par visionnage. Pour les amateurs de jeux vidéo, le téléchargement d’un fichier lourd oscillant autour de 100 Go représenterait une charge de 5,50 euros pour la boutique ou la plateforme. Un exemple largement repris dans la presse évoque le futur jeu GTA 6 (200 Go), qui atteindrait plus d’une dizaine d’euros de coût fiscal par téléchargement. Dans un foyer très connecté consommant plusieurs centaines de gigaoctets par mois entre séries, visioconférences et sauvegardes dans le cloud, l’enjeu devient vite significatif pour les acteurs du streaming et du jeu en ligne.

Usage Données consommées (Go) Taxe brute (0,055 €) Remarque
Film 2h Netflix 4K 14 à 15 Go jusqu’à 0,77 € par visionnage
Film 2h HD environ 6 Go ≈ 0,33 € par visionnage
Jeu vidéo 100 Go (Steam) 100 Go 5,50 € par téléchargement
Mise à jour lourde 50 Go 50 Go 2,75 € système ou jeu
Foyer 500 Go / mois 500 Go 27,50 € / mois streaming et cloud cumulés

Ces montants restent des ordres de grandeur théoriques : ils supposent une répercussion intégrale de la taxe et ne tiennent pas compte du plafonnement à 15 % du chiffre d’affaires en France ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, qui limite mécaniquement la facture finale de chaque groupe. Le ministre délégué aux Comptes publics David Amiel a d’ailleurs signalé qu’environ la moitié du rendement pourrait peser sur des acteurs plus petits, y compris français. La survie même de la taxe n’est pas garantie : le texte doit encore être examiné au Sénat, où une suppression de l’amendement reste possible, avant un éventuel recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour finaliser le budget 2027. Entre un vote arraché à une voix, un député La France insoumise affirmant s’être trompé de bouton et une première version déjà rejetée en commission des finances, une chose est apparament sûre : le débat sur le prix réel de chaque gigaoctet ne fait que commencer.

En bref

  • Le 30 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté de justesse l’amendement I-1358 au PLF 2027, instaurant une taxe au gigaoctet de 5,5 centimes sur les données envoyées aux abonnés internet français.
  • La taxe serait payée par les fournisseurs de contenus comme Netflix, YouTube ou Steam, calculée à 0,055 € par Go mesuré par les FAI, avec des exemples allant jusqu’à 0,77 € par film 4K ou 5,50 € par téléchargement de jeu de 100 Go.
  • Malgré ces montants théoriques élevés, un plafonnement à 15 % du chiffre d’affaires en France ou 2 % du chiffre d’affaires mondial et un parcours législatif encore incertain laissent planer le doute sur l’ampleur réelle des hausses de prix pour les utilisateurs.
À propos de l'auteur
Gary Assouline
Gary Assouline

Journaliste, je suis responsable du pôle Audience de Reworld Media. Je rédige des articles sur Bourse Inside et sur d'autres sites du groupe comme Marie France, Pleine Vie ou Aufeminin sur les sujets de la vie quotidienne : consommation, argent, finance, société...

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