Voitures électriques : le cauchemar du câble coupé qui vous laisse en panne et la parade radicale d'un opérateur

427 plaintes et 9 millions d’euros de dégâts : les vols de câbles de recharge transforment les aires d’autoroute en pièges pour conducteurs. Engie Vianeo parie désormais sur un câble annoncé incoupable, mais peut-il vraiment enrayer cette spirale ?
Sur une aire d’autoroute, il est minuit passé. Votre voiture électrique n’affiche plus que quelques pourcents de batterie, vous visez la borne rapide comme un point de salut. Sauf qu’en arrivant, vous ne trouvez que des câbles sectionnés qui pendent des bornes, impossibles à utiliser. Pas de plan B immédiat, pas de prise lente disponible à proximité, juste l’angoisse de finir la nuit sur la bande d’arrêt d’urgence ou d’appeler en urgence une dépanneuse.
Ce qui relevait du fait divers isolé devient un sujet de préoccupation nationale. En France, on recense déjà 427 plaintes liées aux vols de câbles de recharge, pour un préjudice cumulé estimé à 9 millions d’euros. Depuis le début de l’année, au moins 650 stations ont été ciblées pour plus de 14 millions d’euros de dégâts, avec un coût moyen d’environ 20 000 € par station. Dans ce paysage tendu, un opérateur commence à déployer des câbles présentés comme impossibles à couper.
Vols de câbles de recharge : un fléau chiffré sur les autoroutes
Au cœur de cette vague se trouve toujours le même métal : le cuivre, surnommé « or rouge ». Dans les reportages et les témoignages d’opérateurs, il se négocie entre 6 et 8 euros le kilo, voire autour d’une dizaine d’euros chez certains ferrailleurs. Or un câble de borne rapide contient plusieurs kilos de cuivre. Ces câbles interressent donc de plus en plus les voleurs, qui peuvent emporter en quelques minutes de quoi revendre plusieurs centaines d’euros, en découpant tout simplement les cordons qui pendent des bornes. Les gendarmes décrivent des équipes capables de sectionner les câbles d’une borne en une trentaine de secondes et de faire un périple sur trois stations en une dizaine de minutes. « C’était ciblé, c’était grâce à nos techniques spéciales d’enquête. Le véhicule était placé ici et nos militaires étaient en observation. Je ne vous dirai pas où sur le parking, mais ils étaient déjà prêts pour matérialiser la commission des faits », explique un chef d’escadron de la gendarmerie, cité par TF1info. Dans certains dossiers, les suspects sont soupçonnés d’avoir endommagé 16 stations en Haute-Garonne et dans les départements limitrophes, pour un préjudice total d’environ 300 000 €.
Pour les exploitants de bornes de recharge, l’équation est tout autre. Le remplacement d’un câble et la remise en état d’un point de charge peuvent atteindre jusqu’à 8 000 €, surtout lorsque l’électronique est arrachée avec violence. Dans les Bouches-du-Rhône, le vol de 52 câbles a représenté environ 120 000 € de dégâts. À Lieusaint, en Seine-et-Marne, huit bornes mises à nu ont généré près de 260 000 € de facture, tandis qu’une série d’une quinzaine de vols autour de Toulouse a été évaluée à 300 000 €. Sur l’autoroute A62, près de Toulouse, un vol coordonné a mis 14 bornes rapides Engie Vianeo hors service d’un seul coup. Certains conducteurs ont dû appeler une dépanneuse, incapables de trouver une solution de secours à temps. Un automobiliste résume cette galère : « J’ai voulu recharger rapidement et tous les câbles étaient sectionnés. J’ai galéré, j’ai dû chercher, je roulais tout doucement pour ne pas consommer. » Dans un pays qui compte environ 150 896 points de recharge publics, dont près de 20 % en charge rapide, chaque station vandalisée se répercute immédiatement sur le quotidien des usagers. Engie Vianeo estime à elle seule son préjudice à environ 350 000 €.
| Indicateur | Valeur | Périmètre | Impact pour le réseau |
|---|---|---|---|
| Plaintes déposées pour vols de câbles | 427 | France, début 2026 | Signale un phénomène national |
| Préjudice cumulé recensé | 9 millions d’euros | Réseau de bornes publiques | Forte charge financière pour opérateurs |
| Stations de recharge visées par un gang | Au moins 650 | France, depuis le début de l’année | Dégâts supérieurs à 14 millions d’euros |
| Coût moyen estimé par station vandalisée | Environ 20 000 € | Estimations issues d’un gang arrêté | Chaque coupure pèse lourd par site |
| Facture maximale par point de charge | Jusqu’à 8 000 € | Remplacement câble et remise en état | Rallonge les délais de remise en service |
| Préjudice cumulé pour Engie Vianeo | Environ 350 000 € | Stations rapides de l’opérateur | Accélère les investissements sécuritaires |
Engie Vianeo mise sur des câbles impossibles à couper et de nouveaux outils
La riposte commence à s’organiser. Confronté à ces vols à répétition, Engie Vianeo a décidé de faire appel à une technologie beaucoup plus robuste. L’opérateur affirme avoir trouvé « un modèle de câbles impossible à couper », selon Challenges, pour équiper ses stations les plus exposées. Une décision présentée comme radicale, à la hauteur d’un préjudice déjà évalué à 350 000 € pour l’entreprise rien que pour ces vols de câbles. Certains fabricants comme Kempower misent aussi sur des solutions de dissuasion : leurs câbles peuvent être recouverts d’un traceur liquide invisible, qui marque les mains, les vêtements et les outils en cas de coupe. Ces traces restent détectables sous lumière UV et résistent au lavage, ce qui facilite l’identification des voleurs une fois le cuivre revendu.
Les réseaux renforcent en parallèle la vidéosurveillance de leurs stations, installent des capteurs d’arrachement sur les points de charge et coopèrent plus étroitement avec les forces de l’ordre. La justice commence aussi à durcir le ton : le tribunal d’Évry-Courcouronnes a ainsi condamné un auteur de vols de câbles de recharge à 12 mois de prison ferme sous bracelet électronique, et son complice à 12 mois avec sursis. Des organisations professionnelles comme MOBILIANS alertent sur la multiplication de ces attaques dans certains départements, tandis qu’au Sénat des questions sont posées sur la traçabilité du cuivre et le contrôle des ferrailleurs, afin de compliquer l’écoulement de ce métal volé. En attendant que ces mesures produisent leurs effets, les automobilistes peuvent limiter les mauvaises surprises. Avant un long trajet, consulter les applications de recharge, les photos et les commentaires récents permet de repérer une station éventuellement vandalisée et d’identifier un plan B à proximité. En cas de câble volé ou endommagé, les opérateurs recommandent de ne pas manipuler l’installation, de relever l’identifiant de la borne puis d’appeler le numéro d’assistance indiqué. Diversifier, quand c’est possible, les lieux de charge – domicile, travail, bornes AC où l’on utilise son propre câble – réduit enfin la dépendance à une seule station rapide.
Sources
En bref
- En 2026, la France enregistre déjà 427 plaintes et plus de 9 millions d’euros de préjudice liés aux vols de câbles de recharge, avec des stations d’autoroute comme l’A62 particulièrement touchées.
- Attirés par la valeur du cuivre, des gangs sectionnent en quelques minutes les câbles de bornes rapides, paralysant jusqu’à 14 points de charge d’un coup et faisant exploser les coûts pour les opérateurs comme Engie Vianeo.
- Face à cette vague, câbles dits impossibles à couper, traceurs UV, vidéosurveillance et premiers jugements se multiplient, tandis qu’un ensemble de réflexes simples peut aider les conducteurs de voitures électriques à limiter la casse sur leurs trajets.









