Il perd 2323 bitcoins dans son divorce : cette erreur de sécurité sur sa phrase de récupération lui a tout coûté

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Il perd 2323 bitcoins dans son divorce : cette erreur de sécurité sur sa phrase de récupération lui a tout coûté

À Londres, le divorce de Ping Fai Yuen et Fun Yung Li se transforme en bataille judiciaire autour de 2 323 BTC transférés grâce à une seed phrase. Entre vidéos, wallets saisis et juge prudent, l’affaire révèle la fragilité juridique et sécuritaire du Bitcoin.

Au Royaume Uni, un divorce oppose un couple pas tout à fait comme les autres : il porte sur plus de 2 323 BTC, soit entre 192 et 216 millions d’euros environ au moment des faits. Ping Fai Yuen affirme que son épouse séparée, Fun Yung Li, a détourné ses bitcoins après avoir mis la main sur sa phrase de récupération, ces 24 mots qui permettent de restaurer un portefeuille crypto sur n’importe quel appareil.

Dans un jugement de procédure rendu le 10 mars 2026, la Haute Cour de Londres estime ses chances de succès « très élevées », tout en écartant l’un des fondements juridiques invoqués. L’affaire met en lumière à la fois la fragilité d’une seed phrase mal protégée et les limites du droit classique face aux actifs numériques, au point que tout se joue sur une simple suite de mots.

Bitcoin, divorce et 2 323 BTC : les faits retenus par la Haute Cour

Selon le jugement, les fonds étaient stockés sur un portefeuille matériel Trezor protégé par un code à six chiffres, mais la seed phrase de 24 mots permettait de restaurer l’accès ailleurs. Ping Fai Yuen soutient que son épouse a obtenu cette phrase en l’enregistrant en secret, alors que le couple envisageait déjà le divorce. Alerté par sa fille aînée, il a lui même installé des enregistreurs audio au domicile familial. Les conversations des 29 et 31 juillet 2023 portent sur les transferts, leur traçabilité et les difficultés à convertir ces montants en monnaie fiduciaire.

Les bitcoins quittent l’adresse principale le 2 août 2023 et se retrouvent dispersés sur 71 adresses différentes. Au moment du jugement, ils n’avaient plus bougé depuis le 21 décembre 2023. Après la découverte des transferts, le mari a agressé son épouse et a été condamné le 13 septembre 2024 après avoir plaidé coupable. La police a arrêté Fun Yung Li le 23 décembre 2023, saisissant dix portefeuilles matériels et cinq phrases de récupération, mais l’enquête pénale restait suspendue dans l’attente de nouvelles preuves, pendant que la procédure civile suivait son cours.

Date Événement Montant Détail clé
29 juillet 2023 Enregistrements au domicile N/A Discussions sur transferts et traçabilité
2 août 2023 Sortie des bitcoins 2 323,28 BTC Envoi vers 71 nouvelles adresses
21 décembre 2023 Dernier mouvement connu 2 323,28 BTC Fonds figés depuis cette date
23 décembre 2023 Arrestation de l’épouse N/A Saisie de 10 wallets et 5 seeds
13 septembre 2024 Condamnation du mari N/A Agression liée à la découverte du vol
10 mars 2026 Jugement interlocutoire 160 à 180 M£ Valorisation estimée des BTC en litige

Une phrase de récupération qui contourne Trezor et interroge la loi

Au centre du dossier, la seed phrase joue le rôle d’élément décisif. Le code PIN du Trezor protège l’accès à l’appareil, mais la phrase de 24 mots permet de recréer le portefeuille sur un autre support et de déplacer les actifs sans jamais toucher au matériel d’origine. C’est ce contournement qui est reproché à l’épouse. Cette configuration illustre la règle souvent rappelée par les spécialistes selon laquelle celui qui connaît une phrase de récupération détient de fait les cryptos. Pour limiter ce risque, ils recommandent de ne jamais la photographier ni la stocker dans le nuage, mais de l’écrire sur papier ou sur acier, en deux lieux séparés, et de ne pas la conserver sur un vieux smartphone. Le fondateur de OneKey, Wang Yishi, rappelle ainsi que « la faille du BootROM seule ne donnera pas accès à votre seed phrase, car votre code de verrouillage et le Secure Enclave restent en travers du chemin », avant de préciser que ces modèles plus récents, « et si jamais il en apparaît un, Apple pourra encore le corriger par une mise à jour », comme il l’a expliqué sur X, cité par Cryptoast. La seed phrase devient donc un élément à part entière du patrimoine numérique, aussi indispensable qu’indispenssable à sécusriser.

Sur le plan juridique, le juge Cotter reconnaît que le Bitcoin constitue un bien, mais rejette l’action fondée sur la « conversion », un délit civil anglais historiquement réservé aux biens corporels. Il estime que la jurisprudence existante ne lui permet pas d’étendre cette notion aux actifs numériques, même après l’adoption du Property (Digital Assets etc) Act 2025. L’affaire continue toutefois sur d’autres terrains, comme l’enrichissement injustifié, la violation de la confidentialité et la restitution des actifs, appuyés par une ordonnance de préservation qui impose des obligations aux défendeurs sans bloquer techniquement la blockchain. Le magistrat refuse aussi d’exiger de Ping Fai Yuen une garantie de près de 679 000 livres pour couvrir les frais de justice de son épouse, jugeant ces coûts surestimés et la probabilité de succès du demandeur très élevée au vu des éléments versés au dossier ; une appréciation qui reste provisoire tant que la responsabilité exacte du détournement des 2 323 BTC n’a pas été tranchée au fond.

En bref

  • Au Royaume-Uni, le litige oppose depuis 2023 Ping Fai Yuen à son épouse séparée Fun Yung Li, accusée d’avoir fait transférer 2 323 BTC lors d’un divorce explosif.
  • Les bitcoins, initialement stockés sur un Trezor, auraient été déplacés via la phrase de récupération vers 71 adresses, menant à une arrestation, des saisies et un jugement interlocutoire en 2026.
  • En toile de fond, la décision de la Haute Cour éclaire les limites de l’action en conversion et rappelle qu’une seed phrase mal protégée peut suffire à faire basculer tout un patrimoine.
À propos de l'auteur
Gary Assouline

Journaliste, je suis responsable du pôle Audience de Reworld Media. Je rédige des articles sur Bourse Inside et sur d'autres sites du groupe comme Marie France, Pleine Vie ou Aufeminin sur les sujets de la vie quotidienne : consommation, argent, finance, société...

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