Plafond du Livret A à 30 000€ en 2027 : pourquoi cette "bonne nouvelle" pour l'épargne fait bondir les économistes

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Plafond du Livret A à 30 000€ en 2027 : pourquoi cette « bonne nouvelle » pour l'épargne fait bondir les économistes

Annoncé pour le 1er février 2027, le relèvement du plafond du Livret A à 25 000–30 000 euros promet des milliards pour routes, écoles et climat. Mais entre épargne liquide, dette publique et manque à gagner fiscal, qui a vraiment intérêt à cette mesure ?

Bonne nouvelle affichée pour les épargnants, casse-tête pour les experts : le gouvernement prévoit de relever le plafond du Livret A, aujourd’hui fixé à 22 950 €, à une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000 € à compter du 1er février 2027. Objectif officiel : mobiliser davantage d’épargne pour financer l’adaptation des infrastructures publiques au dérèglement climatique, des lycées aux réseaux d’eau, en réponse aux revendications des manifestants.

Ce geste intervient alors que le livret préféré des Français traverse un léger désamour. Son taux, porté à 1,7 % en août, est jugé peu attractif, et l’encours atteignait tout de même 442,7 milliards d’euros fin septembre, avec 1,52 milliard de retraits nets sur le mois. Sur quelque 58 millions de Livrets A recensés en 2025, seuls 15 % sont remplis au maximum, d’après la Banque de France. Derrière ce changement de plafond, un débat dense s’est donc ouvert : pourquoi cette mesure dérange-t-elle autant d’acteurs économiques ?

Relèvement du plafond du Livret A : ce que prévoit le gouvernement en 2027

Dans sa communication, l’exécutif met en avant un ajustement à la fois technique et politique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé vouloir « augmenter, relever le plafond du Livret A », en le faisant passer de 22.950 euros « à entre 25.000 et 30.000 euros », et ce en « février en même temps que la mise à jour du taux qui lui aussi sera amené à augmenter ». Le plafond concerne les versements, pas le solde total lorsque les interets capitalisés le dépassent, ce qui peut prêter à confusion chez certains épargnants.

En toile de fond, près de 60 % des fonds placés sur les Livrets A, mais aussi sur les LDDS et LEP, sont centralisés à la Caisse des dépôts et consignations. Une partie de cette épargne sert déjà à « financer le logement social, la politique de la ville », mais aussi « la redynamisation des centres villes, les réseaux d’eau ou de chaleur, la rénovation thermique de bâtiments publics comme les écoles, les transports propres, les universités ou les hôpitaux », précise la CDC. Sébastien Lecornu a rappelé que ce livret « historiquement, permettait de financer le logement social », tout en évoquant la volonté de l’État de l’utiliser aussi « pour financer le plan et le programme d’adaptation au changement climatique du bâtimentaire public, des infrastructures ». Dans cette logique, « Le livret A est un des moyens par lesquels la population française utilise déjà son épargne pour financer l’État », explique à l’AFP Éric Dor, directeur des études économiques à l’école de commerce IÉSEG. Pour lui, « Avec un taux attractif et un plafond relevé, ça pourra sans doute drainer davantage d’épargne. (…) Et ça coûtera quand même moins cher à l’État ou aux collectivités locales que si elles doivent emprunter elles-mêmes », dans un contexte de taux élevés.

Pourquoi le nouveau plafond du Livret A fait débat

Si le gouvernement espère « Une dizaine de milliards d’euros » supplémentaires sur le Livret A, qui pourraient générer près de 5 milliards d’euros de crédits supplémentaires pour l’État et les collectivités, certains économistes redoutent les effets collatéraux. Dans une note, Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, estime que ces nouveaux prêts liés aux investissements réalisés grâce à cette épargne « aboutira à une hausse de l’endettement public (…), au moment où il est demandé de le maîtriser ». Il souligne aussi que ces sommes, placées sur un produit défiscalisé, représentent pour l’État « une perte potentielle » par rapport à une épargne investie sur des supports fiscalisés ou dépensée en consommation assujettie à la TVA.

Point de friction Acteur cité Pourquoi ça dérange Chiffre ou repère Impact évoqué
Épargne liquide défiscalisée Emmanuel Moulin Faveur à la liquidité plutôt qu’à l’épargne longue 442,7 Md€ d’encours Livret A Moins de capitaux pour entreprises et retraite
Endettement public Philippe Crevel Nouveaux prêts publics augmentent la dette « Une dizaine de milliards d’euros » en plus Hausse de l’endettement à contenir
Manque à gagner fiscal Philippe Crevel, banques Épargne défiscalisée remplace placements imposables et consommation 2,45 Md€ d’intérêts défiscalisés (2025) Recettes publiques potentiellement plus faibles
Ciblage des gros livrets Banque de France, économistes 15 % des livrets seulement au plafond 58 M de livrets, 15 % remplis Mesure surtout utile aux épargnants aisés

Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, l’a résumé en une formule : « Je regarde cette proposition avec un certain scepticisme ». Pour lui, la question centrale est de savoir « Est-ce qu’on veut épargner sur des produits liquides disponibles, défiscalisés, ou est-ce que l’on souhaite une épargne à plus long terme, qui permet de financer l’innovation, les entreprises et qui prépare aussi la retraite ? ». D’autres, comme Marc Campi, managing director de Square Management, estiment que « le véritable enjeu pourrait finalement se situer ailleurs » : le taux actuel de rémunération reste « inférieur à l’inflation », et sa prochaine révision « constituera donc un élément déterminant » pour l’attractivité réelle du Livret A.

Les banques commerciales, de leur côté, critiquent ce relèvement de plafond qu’elles jugent être une mauvaise solution, évoquant un détournement de l’épargne des ménages vers un produit centralisé à la CDC, au détriment de leurs propres ressources pour financer crédits et entreprises. La mesure soulève aussi une question de justice : sur 58 millions de Livrets A, seuls 15 % sont aujourd’hui au plafond, ce qui signifie que le relèvement bénéficiera surtout aux détenteurs déjà fortement dotés. Parallelement, la défiscalisation des intérêts du Livret A représentait environ 2,45 milliards d’euros en 2025, selon les estimations relayées par les acteurs du secteur. Entre financement du logement social, des infrastructures et besoin de soutenir l’épargne longue, le relèvement du plafond continue donc d’alimenter un débat serré parmis les responsables publics, les économistes et les banques à l’approche du 1er février 2027.

En bref

  • Annoncé début novembre 2026 par Sébastien Lecornu, le relèvement du plafond du Livret A de 22 950 € à une fourchette 25 000–30 000 € doit entrer en vigueur le 1er février 2027.
  • Gouvernement, Banque de France, économistes et banques s’affrontent sur les effets de cette mesure sur l’allocation de l’épargne, la dette publique et les finances de l’État.
  • Entre 58 millions de livrets et seulement 15 % au plafond, l’article décrypte qui profite vraiment du nouveau plafond et pourquoi il alimente un bras de fer économique et politique.
À propos de l'auteur
Gary Assouline

Journaliste, je suis responsable du pôle Audience de Reworld Media. Je rédige des articles sur Bourse Inside et sur d'autres sites du groupe comme Marie France, Pleine Vie ou Aufeminin sur les sujets de la vie quotidienne : consommation, argent, finance, société...

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