Harvard et les cryptomonnaies : l'université investit massivement dans l'ETF Bitcoin de BlackRock, un tournant pour les institutions académiques

Par Paul Graph - Publié le

Harvard surprend le monde académique en augmentant massivement son investissement dans l'ETF Bitcoin de BlackRock. Ce mouvement audacieux pourrait-il inspirer d'autres universités à suivre le même chemin?

Harvard et les cryptomonnaies : l’université investit massivement dans l’ETF Bitcoin de BlackRock, un tournant pour les institutions académiques

Sur les campus américains, les fonds de dotation bougent. Longtemps prudentes face aux cryptomonnaies, des institutions académiques se dotent d’une exposition visible via des produits régulés. Le symbole du moment revient à Harvard : sa dotation a renforcé sa position sur l’ETF Bitcoin IBIT de BlackRock.

En l’espace de quelques mois, l’université a fait passer une position initiale à plus de 100 millions de dollars à plusieurs centaines de millions, tout en augmentant aussi son allocation à l’or. D’autres campus, comme Brown University, ont suivi avec des montants plus modestes. Un basculement discret, mais parlant.

Universités et Bitcoin : Harvard entraîne le mouvement

Premier jalon au deuxième trimestre 2025 : Harvard Management Company a déclaré à la SEC détenir environ 1,9 million d’actions de l’iShares Bitcoin Trust au 30 juin, soit près de 116 millions de dollars, l’équivalent d’environ 107 M€ selon les sources. Cette ligne plaçait alors le Bitcoin parmi les toutes premières positions du portefeuille public déclaré de Harvard, la dotation globale s’élevant à 53,2 milliards de dollars, soit environ 49 Md€.

Au troisième trimestre 2025, la marche est nettement plus haute : environ 6,8 millions d’actions IBIT, valorisées 442,8 millions de dollars, soit près de 407 M€, soit une hausse d’environ 257 % par rapport au trimestre précédent. IBIT devient la plus grande position publique déclarée de Harvard et la place au seizième rang des actionnaires d’IBIT selon les décomptes relayés. En parallèle, l’université a presque doublé ses parts de SPDR Gold Shares pour atteindre 235 millions de dollars environ, soit 216 M€, tout en rappelant que cette exposition au Bitcoin reste proche de 1 % des actifs totaux. En toile de fond, l’économiste Kenneth S. Rogoff avait estimé en 2018 que le bitcoin avait davantage de chances d’aller vers 100 dollars que vers 100 000 dollars d’ici 2028, une prédiction déja mise à rude épreuve au regard des plus hauts récents.

IBIT de BlackRock, chiffres et citations clés

Du côté des produits, IBIT s’est imposé comme l’ETF Bitcoin de référence, avec plus de 86 milliards de dollars d’actifs sous gestion, soit environ 79 Md€. Au global, les ETF Bitcoin au comptant américains ont attiré 58,85 milliards de dollars de flux nets cumulés, près de 54 Md€, pour des encours combinés de 125,34 milliards de dollars, environ 115 Md€, représentant 6,67 % de la capitalisation de Bitcoin. Le marché reste pourtant chahuté : sur une semaine récente, les ETF BTC ont enregistré 1 111,7 millions de dollars de sorties nettes, environ 1,02 Md€, tandis que le prix du bitcoin est revenu vers 95 000 dollars, soit près de 87 000 €.

La logique de ces dotations face à la volatilité tient aussi à leur philosophie de long terme. Comme l’a résumé Robert Kaplan, professeur à Harvard : « La dotation et sa répartition d’actifs sont conçues pour anticiper des périodes de forte volatilité », a-t-il expliqué selon Brave New Coin. Côté cadre de marché, la SEC a élargi le plafond de contrats d’options autorisés sur ETF Bitcoin de 25 000 à 250 000, un ajustement qui facilite les stratégies de couverture des grands institutionnels. À noter enfin l’entrée de Brown University sur IBIT à hauteur de 13 millions de dollars environ, soit 12 M€.

Jusqu’où les institutions académiques iront-elles ?

Pour les fonds de dotation, passer par un ETF coche des cases de gouvernance et de conformité, tout en simplifiant la garde des actifs. Plusieurs motivations ressortent, souvent citées par les gestionnaires de dotation.

  • Diversification de portefeuille et réduction de corrélation, via une poche crypto encadrée.
  • Couverture potentielle contre l’inflation, Bitcoin étant parfois qualifié d’« or numérique ».
  • Accès régulé, liquidité quotidienne et auditabilité, sans gérer clés privées ni stockage.

Ce mouvement n’est pas sorti de nulle part : Harvard explore les cryptos depuis des années. En 2019, la dotation a investi entre 5 et 10 millions de dollars dans des jetons Blockstack, soit environ 4,6 à 9,2 M€, et des sources indiquent des achats directs de bitcoins dès 2019, dans le sillage d’autres universités de l’Ivy League comme Yale et Brown. Reste une évidence pour les marchés : chaque nouveau dépôt 13F des grandes universités éclaire un peu plus l’appétit académique pour les actifs numériques.