L'absence de remords chez les ex-membres de Daech : un défi pour la justice et la sécurité en France

Par Paul Graph - Publié le

Au camp de Roj, des figures françaises de Daech vivent sans remords apparents. Entre procès et rapatriements, la question du repentir reste en suspens.

L’absence de remords chez les ex-membres de Daech : un défi pour la justice et la sécurité en France

Au nord-est de la Syrie, derrière les clôtures du camp de Roj, une question s’impose à chaque entretien, chaque audience, chaque rapatriement : les anciens membres de l’organisation expriment-ils des regrets, ou pas. Dans ces tentes blanches et bleues, au milieu de familles étrangères, vivent aussi des Françaises connues des services antiterroristes, certaines devenues des figures du camp.

Dorothée Maquere, qui demande à être appelée Khadija, y est arrivée il y a quatre ans. Veuve de Jean-Michel Clain, l’une des voix de la revendication des attentats du 13‑Novembre avec son frère Fabien, cette quadragénaire française est régulièrement citée parmis les détenues les plus remarquées. Le passé pèse, les trajectoires se croisent, et un constat revient en filigrane. Remords, vraiment ?

Roj et Al-Hol, veuves de Daech et absence de remords

Au camp de Roj, non loin de la frontière irakienne, cohabitent 2147 femmes et enfants étrangers, dont une quinzaine de familles françaises. Dans ce paysage aride, la vie quotidienne est rythmée par les contrôles des forces kurdes et la promiscuité. Plus au sud, Al-Hol concentre aussi des milliers de détenus liés à l’EI. Les deux sites restent des poudrières où l’idéologie circule, parfois sans filtre.

Le discours public en porte la trace. « Sérieusement, les musulmans qui vivent à l’Ouest feraient mieux de faire leur hijra (migration religieuse). Allah nous a offert un califat, il n’y a pas d’excuses », twittait une jeune veuve de Daech d’origine britannique, selon Franceinfo. Sur le terrain, des équipes de reportage ont récemment obtenu un accès rare à Roj et Al-Hol, évoquant 60 000 détenus au total et annonçant des témoignages d’épouses françaises, dont la veuve et la belle-sœur de Fabien Clain. Le mot qui revient chez certaines, c’est la continuité plus que la prise de distance.

Procès, rapatriements et trajectoires françaises

À Paris, la justice ausculte ces parcours. Trois femmes, dont Jennyfer Clain, nièce de Jean-Michel et Fabien Clain, doivent répondre devant la cour d’assises spéciale d’ »association de malfaiteurs terroriste ». À leurs côtés, Christine Allain et Mayalen Duhart. Les magistrats décrivent un itinéraire installé de longue date dans l’idéologie salafo-jihadiste. Deux accusées sont aussi poursuivies pour avoir exposé leurs enfants à une zone de guerre, des faits passibles de lourdes peines, jusqu’à trente ans de réclusion.

Hors des prétoires, d’autres trajectoires se prolongent loin de la France. Hayat Boumeddiene, veuve d’Amedy Coulibaly, serait toujours vivante en Syrie, dissimulée dans la poche d’Idlib, au milieu de groupes armés et de familles étrangères. En miroir, des retours s’organisent au compte‑gouttes. À ce jour, seuls 52 femmes et enfants ont pu regagner l’Hexagone. Sur la table, des avocats, dont Marie Dosé et Matthieu Bagard, plaident le retour des mineurs, tandis que des rapports de recherche rappellent le rôle actif de certaines femmes de Daech dans la propagande, loin de l’image d’épouses passives. Entre camps kurdes, prétoires et rapatriements au rythme heurté, l’ombre de l’absence de remords continue de s’inviter dans le débat sécuritaire et judiciaire.